DANS LA COLLECTION CROZAT
Nous citerons seulement ceux qui nous sont connus par le catalogue de vente et par l’ouvrage de Richardson, à l’exception de 66 feuilles que nous avons déjà citées plus haut dans différentes collections.
Une des plus riches collections d'objets d’art en tous genres, qui ait jamais existé, fut celle de Joseph-Antoine Crozat, à Paris. Il ne cessa de l’augmenter avec un zèle infatigable, depuis l’année 1683 jusqu’à sa mort, survenue en 4740. A l’exception des pierres taillées et des dessins, il la légua au marquis du Châtel. Les dessins devaient être, selon sa volonté testamentaire, vendus publiquement et la valeur distribuée aux pauvres. Il résulte de cette vente que ces dessins sont dispersés aujourd’hui dans le monde entier; beaucoup d’entre eux furent acquis par l’impératrice Catherine II, de Russie. P. J. Mariette cite, dans le catalogue de cette collection, 150 feuilles de Raphaël. Toutefois, il n’en décrit en détail pas plus d’un tiers.
Quant à la façon dont M. Crozat avait formé sa splendide collection de dessins, Mariette nous donne les renseignements suivants que nous empruntons à la préface de sa Description sommaire des dessins des grands maîtres d'Italie, des Pays-Bas et de France, du cabinet de feu M. Crozat (Paris, 4741, in-8°) :
«..…. Dès l’année 1683, c’est-à-dire dans le temps qu'il était encore à Toulouse, il avait commencé à acquérir des dessins de La Fage. Mais, quand M. Crozat fut venu à Paris, et qu’il eut vu entre les mains des principaux curieux les dessins des grands maîtres d'Italie, alors il n’épargna ni peines ni dépenses pour se procurer des ouvrages de ces maîtres du dessin. M. Jabach, dont le nom subsistera pendant longtemps avec honneur dans la curiosité, en vendant au roi ses tableaux et ses dessins, s'était réservé une partie des dessins, et ce n'étaient pas certainement les moins beaux ; M. Crozat les acquit de ses héritiers. Il eut encore une partie de ceux qui avaient appartenu à M. de La Nouë, l’un des plus grands curieux que la France ait eus, et bientôt il réunit à son cabinet les dessins que l’illustre mademoiselle Stella avait trouvés dans la succession de M. Stella, son oncle, et qu’elle avait conservés précieusement toute sa vie. L’abbé Quesnel avait acheté les dessins de M. Dacquin, évêque de Séez, parmi lesquels il y en avait d'excellents de Jules Romain ; il avait eu les débris de la fameuse collection de dessins du Vasari ; il céda l’un et l’autre à M. Crozat, qui acheta encore, des héritiers de M. Pierre Mignard, deux volumes de dessins des Carraches, que cet habile peintre avait rapportés de Rome. Après la mort de M. Bourdaloue, de M. de Montarsis, de M. de Piles et de M. Girardon, tous noms célèbres dans la curiosité, M. Crozat choisit à leur vente ce qu’il y avait de plus singulier en dessins dans leurs cabinets. S'il fallait suivre M. Crozat dans toutes les acquisitions de dessins qu’il fit en France, on ne finirait point ; car tout allait à lui, et il ne laissait rien échapper.
« Le sieur Corneille Vermeulen, fameux graveur d'Anvers, faisait assez
régulièrement tous les ans le voyage de Paris et il ne manquait guère d'apporter avec lui des dessins singuliers. Ces dessins étaient presque toujours pour M. Crozat ; et c’est ainsi que sont entrés dans son cabinet plusieurs dessins de Raphaël et d’autres grands maîtres, d’une singulière “beauté, et tous ces grands et superbes dessins de Rubens qui sortaient du cabinet d'Antoine Triest, évêque de Gand.
« Si quelque vente considérable de dessins était indiquée dans les pays étrangers, M. Crozat ne manquait pas d’y envoyer ses commissions. La vente du cabinet de milord Sommers, à Londres, et celle de M. van der Schelling, à Amsterdam, ont augmenté son cabinet d’une infinité de dessins capitaux.
« Avec quel regret ceux qui ont connu particulièrement M. Crozat ne lui ont-ils pas souvent entendu parler du célèbre cabinet de M. Flinck de Rotterdam, que milord duc de Devonshire lui avait enlevé!
« Telles sont à peu près les acquisitions que M. Crozat a faites en France et dans les Pays-Bas ; mais, tout importantes qu’elles sont, elles ne paraissent pas cependant encore comparables à celles qu’il a faites en Italie. Dans le voyage qu'il y fit en l’année 1714, il rapporta de ce pays-là des trésors en fait de dessins. En passant à Bologne, il acheta des héritiers des sieurs Boschi leur cabinet tout entier, qui venait originairement du comte Malvasia. Il trouva à Venise, chez M. Checkelsberg, des têtes au pastel et d’autres dessins du Baroche qui sont sans prix, À Rome, il recueillit la collection de dessins de Carle degli Occhiali, celle d’Augustin Scilla, peintre sicilien, qui contenait un grand nombre de dessins de Polidor de Caravage, et celle du chanoine Vittoria, Espagnol, élève et intime ami de Carle Maratte. Mais l’occasion où il fut, ce semble, le mieux servi par la fortune, ce fut dans la découverte qu’il fit à Urbin d’une partie considérable de dessins de Raphaël, tous d’une condition parfaite, qui se trouvaient encore dans les mains d’un descendant de Timothée Viti, l’un des plus habiles disciples de ce grand peintre. J’ignore en quel temps M. Crozat vit passer dans son cabinet les dessins qui viennent des sieurs Mozelli de Vérone, et le recueil qu'avait formé un cardinal de la maison de Santa Croce, qui vivait à Rome dans le dernier siècle ; mais ce qui est certain, ces deux collections ne contenaient que des dessins excellents. M. Crozat, de retour à Paris, continua d'entretenir des correspondances en Italie, et il en fit venir en différents temps la collection entière du sieur Pio de Rome, celle du sieur Lazari de Venise, du chevalier Ascagne della Pennas de Pérouse, dont 1l est parlé avec éloge dansda Description des peintures de cette ville, par le père Morelli, et enfin le beau choix de dessins que Laurent Pasinelli, fameux peintre de Bologne, s'était fait pour lui-même avec un goût digne de son savoir ; à quoi il faut ajouter ies dessins de don Livio Odescalchi, qui furent donnés à M. Crozat
ve
lorsque S. A. R. monseigneur le duc d'Orléans, régent, acheta les tableaux de ce prince, etc., etc. »
Les dessins qui suivent sont probablement une partie de ceux qui avaient été acquis à la vente, par ordre de Catherine Il; ils doivent en grande partie se trouver aujourd'hui dans la collection impériale à Saint-Pétersbourg. Nous ajouterons à chaque article le numéro qu’il porte dans le catalogue de P. Mariette.
Sujets de l’Ancien estament.
886. Jacob béni par son pére Isaac. — Esquisse pour la peinture des Loges. Exécutée au bistre et rehaussée de blanc. N° 124, catalogue Mariette.
587. Le Sacrifice d'Abraham. — Dessin en forme de frise, pour le tableau des Loges. N° 107. Un dessin semblable se trouve dans la collection royale d'Angleterre.
Sujets du Nouveau Testament.
588. La Naissance du Christ. — Marie et Joseph en adoration. N° 120.
589. Le Massacre des Innocents. — Une des trois parties qui furent exécutées en tapisserie. N° 419.