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Ce catalogue contient la description de tous les tableaux du maître exécutés soit à la détrempe, soit à fresque, que nous avons pu voir nousmême, surtout durant le voyage que nous fimes en Italie dans le cours de l’année 1835 pour réunir les matériaux de ce livre. De plus, on y trouvera des notices sur plusieurs ouvrages de ce peintre, qui ont disparu ou qui lui sont faussement attribués. Nous ajoutons à la description de chaque tableau quelques remarques spéciales; quant à notre jugement sur la manière, les qualités et le mérite du peintre, nous renvoyons le lecteur au chapitre que nous avons consacré à la vie de Giovanni Santi, en tête de l’histoire de son fils Raphaël d’Urbin.
Peintures à la détrempe.
4, L'Annonciation, tableau d’autel, à la Brera, à Milan.
Sous un portique, dont la perspective ne manque pas d’habileté, la Vierge est représentée se soulevant à la vue de l’ange qui vient lui annoncer sa divine mission; au-dessus, dans une gloire circulaire, Dieu le Père envoie sur la terre le petit Jésus portant une croix. Un paysage
pour fond. Sur une des marches du portique est écrit : IOHANNES. SANTI. VRB. P. Figures de grandeur naturelle. La tête de la Vierge se distingue par une expression de candeur admirable, mais la tête de l'ange est insienifiante : le dessin en est dur et la couleur peu harmonieuse. Pungileoni croit que ce tableau, qui a été fait pour l’église de Sainte-Madeleine, à Sinigaglia, pourrait avoir été commandé par Giovanna Feltria et par son mari Giovanni della Rovere, seigneur de Sinigaglia, préfet de Rome, à l’occasion de Ja naissance de leur fils Francesco Maria, le jour de l'Annonciation de l’année 1490.
2. La Visitation de la Vierge, tableau d’autel, dans l’église Santa Maria Nuova, à Fano.
Sainte Élisabeth recoit la sainte Vierge; saint Joseph, ayant la barbe grise, et deux femmes, dont l’une est jeune et l’autre vieille, se tiennent à droite ; de l’autre côté, se trouvent deux autres femmes, dont l’une vêtue de blanc rappelle la mauière de Cosimo Roselli: Pour fond, une jolie maison et un paysage. Sur le terrain de l’avant-plan, brun de ton, on lit, sur une petite feuille blanche pliée, l’mscription suivante : IOHANNES. SANTIS. DI. VRBINO. PINXIT. Ce tableau parait être une œuvre de la jeunesse de Giovanni, d'autant plus que l’exécution à quelque chose de timide et que les draperies manquent d’ampleur. Les figures, quoique élancées de forme, sont un peu moins grandes que nature ; les mains et les pieds, d’ailleurs corrects de dessin, sont très-effilés. Les têtes ont une expression digne et vraie ; celle de la Vierge est même admirable par le sentiment d’humilité qu’elle exprime; celles des autres femmes sont pleines de charme. Le tableau occupe à présent le premier autel à gauche de l’église S. Maria Nuova, à Fano. Rosini, dans sa Storia della pittura italiana, en a donné une gravure. PI. CCVI.
3. La Vierge avec quatre saints, tableau d’autel dans l'église S. Croce, à Fano.
La Vierge, assise sur un trône, a sur ses genoux l’enfant Jésus. Celui-ci donne la bénédiction, en regardant le spectateur; il tient un œæillet de la main gauche. Il est presque nu, avec un bandeau rouge au-dessous de la poitrine et une chaîne de corail au cou. Sa mère le contemple, la tête inclinée, en levant la main gauche , mouvement assez fréquent chez les Madones de Giovanni. A gauche, l’impératrice sainte Hélène, couverte d’un manteau pourpre, ayant sur la tête un voile jaune que surmonte une couronne de forme pointue, tient la croix et montre un des clous de la Passion. Derrière elle, le patriarche Zacharie, de Constantinople, vieillard à longue barbe blanche, enveloppé dans un manteau vert; il tient une petite croix et un livre. Vis-à-vis, à droite, saint Roch, avec son bourdon, montrant douloureusement ses ulcères. Plus en arrière à côté de lui, saint Sébastien, dont le profil est d’une finesse ravissante et d’une expression
vraiment raphaélesque. Deux charmantes figures d’anges sur des nuages soutiennent le tapis derrière la Vierge ; l’un regarde en haut, l’autre en bas. Le fond offre un paysage avec des collines, et dans l’azur du ciel courent de petits nuages fortement éclairés et comme frisés, si lon peut s'exprimer ainsi. Sur la première marche du trône on lit : IOHANES. SANTIS. VRBI. F. Ce tableau , bien supérieur au précédent, doit dater d’une époque postérieure. Les draperies sont disposées en grandes masses; la couleur des chairs est vive, d’un brun clair dans les ombres, rosée dans les demi-teintes, avec des lumières blanchâtres, tout à fait dans la manière de Raphaël. H n’y a que le corps du saint Sébastien qui fasse exception ; car les ombres y sont accusées avec un ton gris et lourd, ton qui se retrouve assez souvent dans les peintures de Giovanni. Les figures très-élancées sont d’un assez beau dessin, quoique les contours en soient noirs et durs. Les auréoles ne sont pas dorées, mais peintes en couleur jaune; celle de l’enfant Jésus a trois rayons. Ce tableau est très-bien conservé, sauf quelques légers dégâts faciles à réparer.
4. La Vierge de la Miséricorde, dans l’oratoire de l’hospice à Montefiore.
La Vierge, debout dans une niche richement ornementée, tient sur ses bras l'enfant Jésus qui donne la bénédiction de la main droite et porte le globe terrestre de sa main gauche. Deux anges étendent le manteau de la Vierge, sous lequel sont agenouillés à gauche quatre hommes de la confrérie , à droite trois autres hommes et une femme qui fait adorer à son enfant la sainte Vierge, en la lui indiquant du geste. Toutes ces figures-portraits sont prises sur la nature, et leur expression naïve est si bien rendue, que l’on ne peut s'empêcher de sourire en les voyant. Quant à la femme avec l’enfant, c’est un groupe qui ne manque ni de beauté ni de grâce. À gauche, l’apôtre saint Paul et l’évangéliste saint Jean, et à droite saint Sébastien et saint Francois, Au haut, dans les coins , deux anges, d’une physionomie ravissante, sont agenouillés sur de petits nuages.
5. La Vierge avec des saints, dans l’église de Gradara, près de Pesaro.
La Vierge, assise sur un trône élevé, a sur ses genoux l’enfant Jésus. Celui-ci, à demi nu, avec un collier de corail, regarde gaiement un chardonneret qu’il tient de la main gauche. Le tapis qui forme le dossier du trône est soutenu par deux petites figures d’anges; un autre ange au milieu contemple cette scène. A gauche, saint Étienne, en costume de diacre, tissu d’or; derrière lui, sainte Sophie, patronne de Gradara, tenant dans la main le modèle de cette église. De l’autre côté, saint Jean-Baptiste montrant le Sauveur, et l’archange saint Michel, armé avec l'épée et le bouclier. Les figures, presque de grandeur naturelle, ont ce caractère grave et doux qui convient, à la peinture religieuse. Le terrain, du même ton brun qui reparaît dans tous les tableaux de Giovanni, est semé de
quelques brins d'herbe. Un fond de montagnes se dessine entre les rochers escarpés qui s'élèvent des deux côtés. Sur la marche du trône est écrit : GRADARIE. SPECTANDA FVIT IMPENSA ET INDVSTRIA VIRI D. DOMINICI DE DOMINICIS VICARII ANNO D. MCCCCLXXXIHIE DIE X APRILIS ET PER DVOS PRIVS TEMPORE D. 10. CANOCI RECTORIS EC- CLIE SVPHIE. IOANNES. SAN. VRB. PINXIT.
Ce tableau, qui fut un don pieux du vicaire Domenico de’ Dominici à sa paroisse, est couvert de crevasses ; mais sa conservation était néanmoins assez satisfaisante lorsque nous le vimes dans l’église pour laquelle il à été peint et dont il faisait encore le plus bel ornement en 1835. Depuis, on nous a dit qu’il avait été enlevé par un amateur français, en échange de douze écus romains et d’une figure en cire de sainte Philomène, cette sainte de date récente qui a eu tant de vogue en Italie dans ces derniers temps! Ainsi une précieuse et vénérable relique de l’art a été remplacée dans l’église de Gradara par une ridicule poupée de cire!
6. La Vierge avec des saints, des anges et le comte Carlo Oliva, au couvent de Monte Fiorentino.
Ce grand tableau d’autel se trouve dans l’église du couvent des Minorites, situé dans un endroit sauvage des Apennins, près d'Urbania. La Vierge, assise sur un trône formant niche, a sur ses genoux l'enfant Jésus et lui soutient la tête avec sa main droite. A gauche du tableau, saint Crescentius est représenté jeune, couvert d’une armure brillante, avec une chaîne d’or richement décorée de pierres précieuses ; son heaume, surmonté d’une plume de paon, est posé à terre devant lui. Près de ce saint, on reconnaît saint François portant un crucifix et, derrière eux, deux anges en adoration, dont l’un offre une grande ressemblance avec le petit Raphaël, quoique ce ne puisse être un portrait proprement dit; car le fils de Giovanni avait à peine cinq ans à l’époque où ce tableau fut achevé, tandis que l'ange en question accuse au moins le double de cet âge. A droite, saint Jérôme et saint Antoine de Padoue, derrière lesquels on voit aussi deux anges en adoration. Devant eux est agenouillé le comte Carlo Oliva, vu de profil, couvert d’armes d'acier. De chaque côté du trône s'étendent des parois de marbre blanc, au-dessus desquelles on aperçoit des anges jouant de divers instruments de musique, et des têtes ailées de chérubins voltigeant dans l'air. Sur un éeriteau, au bas du tableau, on lit : CAROLVS OLIVVS PLANIANIT COMES DIVAE VIRGINI AC RELIQVIS CELESTIBVS. IOANNE SANCTO PICTORE DEDICA VIT. MCCCCLXXX VIT.
La predella contient deux médaillons entiers et deux moitiés de médaillons, dans lesquels sont figurés trois franciscains et saint Pierre martyr.
Par sa disposition générale ce tableau rappelle des sujets analogues de l'école florentine du même temps. Mais la couleur en est bien différente, car elle tire vers le gris dans les carnations, tandis que les draperies ont
une teinte très-foncée dans les ombres. Le dessin du nu n’est pas toujours heureux; ainsi les pieds et les mains de l'Enfant sont très-négligés : on n’y sent pas l'étude d’après nature; mais, en revanche, limitation est admirable dans la plume de paon et dans les armures, surtout dans celle du saint Crescentius, qui reflète tous les objets environnants. Quoi qu’il en soit, ce tableau est une belle œuvre du maître ; son état de conservation ne laisse rien à désirer. La chapelle où il se trouve appartient à présent au noble Federico Gozzi de Marino, héritier des comtes Oliva.
7. Tableau d'autel de la famille Buffi, dans l’église des Franciscains à Urbin.
La Vierge, assise sur un trône de marbre blanc en forme de niche, a sur ses genoux l'enfant Jésus, qui lève la main comme pour bénir. A gauche, saint Jean-Baptiste, belle figure pleine de caractère, montrant le Sauveur, et derrière lui, saint François, contemplant l’enfant divin. Vis-à-vis, à droite, saint Sébastien, lié à un arbre, jette un regard douloureux vers le ciel, et derrière lui saint Jérôme en méditation, tenant un livre et une plume : cette figure est d’un grandiose vraiment surprenant. Tout près de ces deux saints, sont agenouillés les époux Buffi avec leur enfant qui a les mains jointes. Dans le haut du tableau on a supprimé le cintre pour rendre le tableau carré. Dieu le Père, demi-figure de grandeur presque colossale, donne la bénédiction : il est entouré d’une gloire formée de douze têtes de chérubins. Deux petits anges se balancent sur des nuages, en tenant d’une main des branches d’olivier et de l’autre main les banderoles d'une couronne qui plane au-dessus de la tête de la Vierge. Un paysage au fond. Une petite feuillé de papier blanc, qu’on voit attachée à la marche du trône, était destinée vraisemblablement à recevoir une inscription concernant le donataire ; on avait supposé, en l’absence de cette inscription, que les fisures-portraits représentaient Giovanni Santi, son épouse et son fils Raphaël, mais une pareille supposition n’est plus admissible depuis la découverte d’une note inscrite dans le livre A des archives de l’église, note ainsi conçue : « Altare S. Sebastianii : imago lignæ perpulchra, ornatum mediocriter, fuit erectum a familia de Buffis, anno 1489. » Ce beau tableau est d’une couleur plus puissante que la plupart de ceux du maître; le dessin y a plus d’ampleur et plus de correction, quoique les figures soient, comme toujours, très-élancées ; les draperies et surtout celle de saint Jean- Baptiste sont dans le goût du Mantegna, que Giovanni paraît avoir étudié vers cette époque. Les petits anges sur des nuages rappellent, au contraire, la manière du Pérugin ; mais on reconnaît le caractère propre à Giovanni Santi dans les têtes des enfants et des saints, les unes si gracieuses, les autres si sévères.
Originairement ce tableau d’autel avait deux autres tableaux à ses côtés, mais on les a enlevés pour les placer à l'entrée du chœur de léglise. Le premier représente l’Archange Raphaël conduisant le jeune Tobie ; le se-
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cond, Saint Roch, le pied sur une pierre et montrant ses ulcères. C’est une ravissante figure de jeune homme ; sa tête est pleine. d'expression, et les boucles de ses beaux cheveux blonds tombent jusque sur les épaules. Suivant une ancienne tradition, ces peintures auraient été exécutées simultanément par Giovanni et par son jeune fils Raphaël; mais ce dernier, alors âgé de six ans, ne savait pas encore manier le pinceau.
8. La Vierge de la famille Mattarozzi, à présent au musée de Berlin.
Giovianni peignit ce tableau pour la chapelle de la maison du comte Mattarozzi, à Castel Durante, nommé à présent Urbania. Par suite de succession et d’après un déplorable système de partage, on avait divisé ce tableau en trois morceaux, qui échurent à différentes branches de la famille et passèrent en différents lieux. Nous vimes, en 1835, la partie du milieu chez madame Maddalena Mattarozzi Batelli, à Fossombrone ; une autre partie chez M. Leonardi Mattarozzi Secondini, à Pesaro, et la troisième chez le comte Mattarozzi, à Urbania. M. le docteur Waagen a eu l'honneur de rassembler et de réunir ensemble ces trois fragments pour le musée ‘de Berlin. — Mais revenons au tableau tel qu'il a été restitué dans son ensemble. La Vierge assise et l'enfant Jésus paraissent être des portraits; ils diffèrent complétement des types ordinaires de Giovanni. Nous avons à regretter seulement que le peintre n'ait pas eu de plus beaux modèles. A gauche, sont debout saint Thomas d’Aquin et un jeune saint tenant le modèle d’une église ; auprès d’eux est agenouillé le jeune comte Mattarozzi. Au-dessus d'eux apparaît une tête d'ange. A droite sont deux figures pleines de dignité, saint Thomas l'apôtre et le Père de l’Église, saint Jérôme. Les contours du dessin ont une dureté remarquable, la couleur est grise dans les chairs et manque de vigueur dans les autres parties, de sorte qu’il faut en conclure que l’exécution de ce tableau appartient à la première époque du peintre.