‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 33 sur 100 · LA VIERGE AU BALDAQUIN · texte numérisé non relu

LA VIERGE AU BALDAQUIN

gazon et jouant naïvement avec son enfant, mais la reine des cieux entourée d'anges et recevant l'hommage d'apôtres, de saints ou de docteurs. La scène

LA VIERGE AU BALDAQUIN ( Palais Pitti.)

a un caractère de solennité auquel l'artiste ne nous avait depuis longtemps plus accoutumés. Au fond d'une niche, supportée par deux colonnes et terminée par une coupole à caissons, s'élève le trône sur lequel la Vierge est assise avec son enfant. Deux anges, planant dans les airs, écartent, comme pour livrer le couple

n8 CHAPITRE VII.

divin à l'admiration des fidèles, les rideaux du baldaquin qui surmonte le trône. Malgré une telle mise en scène, l'attitude de Marie est modeste et recueillie ; elle baisse timidement les yeux, et concentre toute son attention sur son fils. Celui-ci fixe les regards d'un air à la fois enjoué et affectueux sur saint Pierre, qui, debout sur le devant du tableau, discute gravement avec son voisin, un chartreux (probablement saint Bernard). L'attitude de l'enfant est indescriptible, tant elle a de vie, de liberté et de grâce. Ce n'est point une figure abstraite, comme chez la plupart des prédécesseurs de Raphaël : il a vécu; l'artiste l'a vu, et il l'a vu dans l'attitude dans laquelle il l'a représenté; car, on a beau dire, il est des traits qui ne s'inventent pas. Deux autres enfants, deux anges, tout aussi vivants, mais plus recueillis, se tiennent devant le trône ; ils chantent un air noté sur une banderole de parchemin. Ils remplacent les anges portant des instruments de musique, qui, généralement, dans les autres « Conversations sacrées », occupent cette place. A droite, l'apôtre du fond, saint Jacques Majeur, regarde avec ferveur, les mains croisées sur son bourdon de pèlerin, l'Enfant divin. Quant à saint Augustin, il étend la main vers lui, en se retournant vers le spectateur, comme pour proclamer ses mérites.

Dans cette page monumentale, la plus considérable qu'il ait exécutée pendant son séjour à Florence, Raphaël se montre complètement rompu aux difficultés du métier, complètement familiarisé avec les secrets de l'art : groupement et coloris, connaissance de la draperie et connaissance du nu, raccourcis, expression, il n'est plus aucune partie de la peinture qu'il ne possède en maître, aucun obstacle dont il ne se joue avec une sûreté consommée.

La multiplicité des copies exécutées d'après ces tableaux, du vivant même de Raphaël, prouve avec quelle faveur ses Madones furent accueillies dès leur apparition. Beaucoup d'artistes en apprécièrent de bonne heure les qualités transcendantes. Mais Raphaël eut certainement pour lui toutes les mères : jamais encore la maternité n'avait été glorifiée avec une poésie, avec un éclat si grands.

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