‹ Raphaël (volume 2)Chapitre 35 sur 100 · LES PORTRAITS FLORENTINS · texte numérisé non relu

LES PORTRAITS FLORENTINS

lena Doni, au palais Pitti, Raphaël ne réalise encore que la première partie de ce programme. Il s'y montre uniquement préoccupé de la ressemblance matc-

PORTRAIT DE MADDALENA DONI (Palais Pitti.)

rielle. L'effort se trahit à chaque trait; la liberté d'esprit nécessaire pour résumer les caractères extérieurs des personnages, pour les transporter dans une région supérieure, lui fait encore défaut. Si, malgré ces hésitations, ces tâtonnements, le portrait du mari offre déjà une certaine unité; si l'on y reconnaît

\yi CHAPITRE VIII.

l'amateur bilieux, à la fois très enthousiaste et très avare, que Vasari a si bien défini, en revanche il est difficile de saisir l'expression du visage de sa femme. Le noble sang des Strozzi coule-t-il vraiment dans les veines de cette bourgeoise ? Il se dégage bien de ses traits épaissis une certaine candeur, mais le peintre n'a-t-il pas prêté au modèle ses propres sentiments ?

Peut-être mes critiques révolteront-elles quelques admirateurs des deux portraits du palais Pitti. Aussi ai-je hâte de me retrancher derrière l'autorité d'un juge dont personne ne contestera la partialité en faveur de Raphaël. « Le dessin du portrait d'Angelo Doni, dit un critique, n'est point partout correct; il lui manque encore la pureté que nous trouverons dans les œuvres suivantes du maître. L'expression roide et guindée de ce portrait est celle qu'ont ordinan rement les personnes qui posent devant un peintre.... Quoique dans le portrait de Maddalena le dessin soit mieux soigné et plus finement senti, on n'y reconnaît cependant pas encore un artiste exercé dans ce genre de peinture, et tout y accuse la timidité de son pinceau. Néanmoins, cette peinture a un charme extraordinaire, et elle est faite avec beaucoup d'amour. (Passavant.) »

La comparaison de l'étude dessinée avec le portrait peint ne peut manquer d'être instructive. Dans l'étude, Raphaël, fortifié par le souvenir de la Joconde, perd de vue l'épouse bourgeoise d'Angelo Doni, et nous montre une jeune femme, aux grands yeux rêveurs, à la bouche voluptueuse, digne sœur deMona Lisa Gioconda. Dans le tableau, au contraire, les imperfections et les pauvretés du modèle l'emportent, sans que l'artiste ait la force nécessaire pour résoudre ces dissonances et les transformer en autant d'éléments de succès.

Il y aurait de l'injustice, cependant, à nous séparer des deux portraits sur une pareille impression. Ils témoignent d'un effort très grand et offrent, au point de vue du coloris comme à celui du dessin, d'incontestables qualités. Fraîchement sorti de l'atelier du Pérugin, âgé de vingt et un ans à peine, et, par-dessus tout, inexpérimenté dans ce genre de représentations, Raphaël a créé, somme toute, une œuvre fort méritoire. Ajoutons qu'en 1604, en dehors de Léonard, aucun de ses confrères de Florence n'aurait été capable de faire mieux.

La liberté de facture que nous avons constatée dans l'esquisse de Maddalena Doni se retrouve dans un autre dessin, appartenant, selon toute probabilité, à la même période : le beau portrait d'adolescent, de l'université d'Oxford.

Ce premier séjour à Florence ne semble pas avoir été de longue durée, car dès i5o5 nous trouvons le maître de nouveau à Pérouse, où il passa certainement une grande partie de l'année. Deux œuvres importantes datent de ce séjour, la Sainte Famille du couvent de Saint-Antoine (commencée dès 1604) et la fresque de San Severo. L'artiste reçut en outre, en i5o5, la commande du Couronnement de la Vierge, destiné aux nonnes de Monteluce, près de Pérouse

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