LA MISE AU TOMBEAU
cette lettre. Je crois que, si on la demande au Préfet de ma part, il ne refusera pas de la faire faire. Recommandez-moi instamment à lui, comme son ancien serviteur et familier. Rien d'autre (pour le moment). Recommandez-moi aussi à maître... (en blanc) et à Rodolphe et à tous les autres, xxi avril MD VIII. Votre Raphaël, peintre à Florence. »
Au moment où Raphaël part pour Rome, au moment où un monde nouveau s'ouvre à lui, jetons un regard sur cette première période, si bien remplie. En i5o8, l'artiste ne compte que vingt-cinq ans, et déjà il a peuplé de ses chefsd'œuvre l'Ombrie, la Toscane, le duché d'Urbin et l'Emilie. Une soixantaine de tableaux, une fresque monumentale, d'innombrables dessins, témoignent de son inépuisable fécondité. Partout où il a passé, il a montré, vis-à-vis des Écoles existantes, une docilité extraordinaire, une facilité d'assimilation sans pareille, sauf à devenir, après une courte initiation, l'émule de ses maîtres de la veille. Le Pérugin et ses élèves, Pinturicchio, Timoteo Viti, Francia, n'ont pas tardé à s'incliner devant ce génie supérieur. Frà Bartolommeo est fier de pouvoir lui donner quelques conseils. Les municipalités, les couvents, les amateurs, de Pérouse, de Città di Castello, ou de Florence, lui prodiguent leurs encouragements; le duc d'Urbin s'honore d'être son protecteur. Compositions religieuses, portraits, scènes mythologiques, allégories, il n'est guère de sujet que le jeune maître n'ait abordé avec un égal succès. Par lui, l'École ombrienne non moins que l'Lcole florentine ont reçu leur consécration suprême. Et cependant, malgré tant de gages certains, malgré tant de triomphes, faits pour réchauffer les cœurs les plus froids, Raphaël promet encore davantage : la vue de Rome va lui révéler, ainsi qu'à l'univers, les trésors cachés qui n'attendent, pour briller de tout leur éclat, qu'une étincelle du feu sacré.
TETE DE VIEILLARD 1 Académie de Venise.)