‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 18 sur 105 · LE SONGE DU CHEVALIER · texte numérisé non relu

LE SONGE DU CHEVALIER

un collier de corail fait le tour de son cou ; une écharpe blanche flotte derrière set tête; elle tient à la main une fleur, emblème des jeux, des plaisirs, des distractions profanes. C'est la Volupté, mais la volupté telle que la concevait l'imagination virginale de Raphaël, l'ennemie de l'austérité, non. l'ennemie de l'innocence, et, pourquoi ne pas hasarder ici une hypothèse qui n'est pas trop en contradiction avec les idées du temps, le génie antique opposé à celui du christianisme. Au moment de quitter l'Ombrie, de pareilles pensées durent plus d'une fois assaillir l'esprit du jeune artiste; non qu'il hésitât jamais entre le travail et le plaisir; mais enfin un monde nouveau allait s'ouvrir à lui, une société essentiellement profane l'attendait à Urbin, à Florence. Que de convictions ne lui faudrait-il pas sacrifier! Ce sont ces luttes intimes, d'une nature si complexe, que Raphaël a voulu rendre dans le Songe du chevalier. Mais, croyant n'interpréter que ses sentiments personnels, il a tracé une page d'une vérité, d'une éloquence éternelles. Tel est le privilège du génie.

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