‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 30 sur 105 · ETUDE POUR LA VIERGE AU CHARDONNERET · texte numérisé non relu

ETUDE POUR LA VIERGE AU CHARDONNERET

(Collection Albertine, à Vienne.)

ESQUISSE POUR UNE SAINTE FAMILLE (Musée Wicar, à Lille.)

ii4 CHAPITRE VII.

La facture du tableau mérite de nous arrêter ; le coloris est d'une ténuité, d'une égalité et d'une transparence admirables, sauf dans le manteau de la Vierge — dont le bleu opaque semble trahir la main d'un collaborateur. Il est impossible d'imaginer une peinture plus légère, plus unie et en même temps plus loyale : tout est modelé en pleine lumière, tout est rendu avec un soin également scrupuleux. Fidèle à la tradition des Primitifs, Raphaël n'a entendu sacrifier aucun détail, escamoter aucune difficulté, et il l'a fait avec une sûreté, une aisance, qui tiennent du prodige. Il lui eût été facile, en multipliant les empâtements, de produire un effet plus vigoureux et de passer pour un coloriste. Sa conscience s'y est refusée.

La composition de la Sainte Famille à l'agneau, du musée de Madrid, s'écarte singulièrement de celle des ouvrages que nous avons eu l'occasion d'examiner jusqu'ici, quoiqu'elle témoigne d'une habileté non moins grande. Dans ceux-ci, Raphaël cherchait à grouper ses figures en forme de pyramide ; dans la Sainte Famille à l'agneau, il change subitement de tactique et substitue au triangle des échelons. Les personnages vont en décroissant de droite à gauche : d'abord saint Joseph debout, appuyé sur un bâton et dominant toute la scène; plus bas, la Vierge à demi agenouillée; enfin le « bambino », à cheval sur un agneau qu'il entoure de ses bras et qui se prête de bonne grâce à ses jeux. Un beau paysage sert de fond à cette composition, dont la grâce et la suavité rappellent les œuvres les plus exquises de Léonard.

La Sainte Famille au palmier (galerie Bridgewater — Ellesmere, à Londres ; ancienne galerie d'Orléans) forme, comme la Sainte Famille à l'agneau, une œuvre à part, placée en dehors de la série dont nous avons essayé de déterminer les caractères. Raphaël y montre qu'il n'entendait pas s'assujettir à un mode unique de composition. Si, par le charme qu'elle exerce, cette belle page est encore toute florentine, par sa gravité elle annonce déjà les Madones de la période romaine.

La Vierge dans la Prairie, la Vierge au chardonneret et la Belle Jardinière exigeaient, en leur apparente simplicité, une science extraordinaire. Raphaël, une fois le problème fondamental du groupement résolu, ne fût-ce que pour deux ou trois figures, devait être capable de passer aux thèmes les plus compliqués sans éprouver le moindre embarras. En possession de ce secret, il ne lui en coûta plus de remplacer le tableau de chevalet par le retable monumental, et d'aborder les tâches faites pour effrayer les plus habiles. La Sainte Famille de la maison Canigiani (Pinacothèque de Munich) nous prouve avec quelle facilité il sut faire intervenir deux nouveaux acteurs dans la scène traditionnelle, sans affaiblir le caractère d'intimité si bien fait pour nous charmer, sans renoncer aux lignes à la fois si simples et si savantes de ses Madones antérieures. La composition est plus large à la base, voilà tout. Mais elle n'est ni moins vivante, ni moins pittoresque. Ici encore les figures sont disposées en forme de pyramide. Les deux mères, à moitié agenouillées, l'une vieille, ridée, l'autre resplendissante

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