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LE MASSACRE DES INNOCENTS

(Académie des Beaux-Arts de Venise.)

dans l'atelier du Pérugin dès 1495. Mais, selon toute vraisemblance, il ne se fixa sous la discipline de ce maître que quatre ou cinq années plus tard, vers i5oo.

Comment fut rempli l'intervalle qui sépare la mort de Giovanni Santi du départ de Raphaël pour Pérouse? Il est probable que l'enfant reçut dans sa ville natale les leçons de son compatriote Timoteo Viti. Ce peintre habile, dont il faut, d'ailleurs, se garder d'exagérer la valeur, était revenu à Urbin en 1496, après de fortes études faites à Bologne dans l'atelier de Francia. Une tendre amitié ne tarda pas à unir les deux artistes. Au milieu des grandeurs, Raphaël n'oublia pas le compagnon de ses jeunes années, il l'appela auprès de lui à Rome, et lui demanda son concours pour l'exécution des Sibylles et des Prophètes de l'église de la Pace.

A côté des leçons directes de Giovanni Santi et de Timoteo Viti, il faut signaler l'influence exercée sur l'enfant par les peintures du Flamand Justus de Gand (Raphaël copia,- dans le recueil de dessins conservé à Venise, la plupart des portraits de philosophes exécutés par Justus pour la bibliothèque du palais d'Urbin). Les Sciences et les Arts, peints par Melozzo da Forli pour le même palais (aujourd'hui conservés, les uns au musée de Berlin, les autres dans la « National Gallery » de Londres et au château de Windsor), ont très certainement aussi fixé l'attention du débutant. Quand nous aurons mentionné en outre, parmi les modèles mis à contribution par le fils de Giovanni Santi, les estampes de Mantegna et de Martin Schœn, enfin, par-dessus tout, l'admirable palais d'Urbin, aux lignes si pures, si harmonieuses, on comprendra que si une chose a embarrassé le débutant et entravé ses progrès, c'est la difficulté de s'orienter et de choisir entre tant de directions diverses.

Fragment delà Sainte Famille de l'église Saint-Dominique, à Cagli, par Giovanni Santi.)

ETUDE POUR L ADORATION DES MAGES (Musée de Stockholm.)

Raphaël à Pérouse. — La Ville et les Habitants. — Le Pérugin et l'Ecole ombrienne. — Les Fresques du Cambio. — Collaboration du Pérugin et de Raphaël. — Retour du Pérugin à Florence. — Le Livre d'Esquisses de Venise.

i la nouvelle résidence de Raphaël était inférieure à Urbin pour la distinction des moeurs, la culture intellectuelle, l'éclat de la vie, elle lui offrait quelques dédommagements au point de vue de la beauté du paysage, de la grandeur et de la variété des impressions. Ici encore le jeune artiste allait respirer l'air vif et fortifiant des montagnes, se retremper au contact d'une nature pleine de poésie. Située au cœur de l'Ombrie, dominant la plaine environnante, Pérouse, l'antique « Augusta Perusia », forme comme le centre d'un immense amphithéâtre. Une route superbe conduit, par de longs circuits, au sommet de la montagne qui couronne la ville. La vue dont on jouit de tous les points de cet observatoire, haut de cinq cents mètres, est admirable. Transportons-nous sur la place de Saint -Pierre -hors -les -Murs, en avant du massif de chênes verts : peu de panoramas, dans l'Italie entière, peuvent se comparer à celui qui se déroule devant nous. De trois côtés, le regard plane librement; il n'est borné que du côté de la ville. Au loin, s'étend un océan de montagnes ondulées, fuyant les unes derrière les autres jusqu'au point où elles forment comme un rempart infranchissable et bordent l'horizon par une ligne irrégulière, mais néanmoins harmonieuse; à l'arrière-plan, faisant face à Pérouse,

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