PORTRAIT DE BINDO ALTOVITI
(Pinacothèque de Munich.)
Bramante avait longtemps vécu dans la misère, sans que sa gaieté en fût altérée; aussi mérita-t-il d'être appelé fils patient de pauvreté. S'il faut en croire un contemporain, Jules II dut même recourir aux menaces pour faire accepter à son architecte favori des bénéfices, ainsi que l'emploi si lucratif de membre de la corporation chargée de sceller les bulles.
Telle est la masse des problèmes abordés et résolus par Bramante dans le vaste domaine de l'art de bâtir, que l'on pourrait être tenté de ne voir en lui
PORTRAIT DE BRAMANTE (Musée du Louvre.)
qu'un architecte de génie, et non une de ces belles organisations de la Renaissance, si riches, si vibrantes, et, disons le mot, vraiment encyclopédiques. Il n'en est rien. Comme la plupart de ses contemporains, Bramante ne se bornait pas à exceller dans un seul art : il était à la fois architecte, ingénieur militaire, peintre et graveur. Quelque négligée qu'eût été son instruction première, il s'essaya même dans la poésie. Ses biographes nous parlent de la facilité avec laquelle il improvisait. Le style de ses compositions (une vingtaine de sonnets sont parvenus jusqu'à nous) n'est pas toujours d'une correction, d'une clarté, parfaites, mais il témoigne d'une vraie facilité de versification et d'une bonne humeur à toute épreuve. L'artiste y plaisante sur sa détresse, mais les rigueurs