‹ Raphaël (volume 3)Chapitre 61 sur 105 · LA DISPUTE DU SAINT SACREMENT · texte numérisé non relu

LA DISPUTE DU SAINT SACREMENT

foi, depuis l'extase jusqu'à la conviction fortifiée par la critique, il ne lui restait, pour compléter cette image de la vie théologique, qu'à peindre l'hérésie et l'indifférentisme. On s'accorde à reconnaître Bramante dans le vieillard chauve et imberbe qui tourne le dos à l'assemblée et discute avec opiniâtreté sur le contenu du volume qu'il tient devant lui, appuyé sur une balustrade. Mais, tout en indiquant le dissentiment, Raphaël ne pouvait se dispenser, dans une composition aussi solennelle, de résoudre jusqu'aux moindres dissonances. Il n'a pas manqué à ce devoir. Des croyants, à droite un chrétien de la primitive Église, portant encore le costume des philosophes antiques, à gauche un adolescent rayonnant de beauté, attirent l'attention des sceptiques sur le spectacle du fond; un instant encore et leurs efforts seront couronnés de succès. Si nous n'assistons pas à cette conversion, nous sommes du moins en droit de la prévoir, car l'artiste, par une de ces pudeurs qui lui sont propres, a voulu laisser au spectateur le soin de compléter sa pensée et de composer lui-même la dernière scène du drame.

Telle est cette composition célèbre, qui passe à bon droit pour la plus haute expression de la peinture chrétienne, pour le résumé le plus parfait des quinze siècles de foi compris entre les fresques des Catacombes et celles des réalistes florentins. La Dispute est plus qu'un chef-d'œuvre : elle marque une date décisive dans le développement de l'esprit humain.

En dépit de la beauté de la conception, en dépit de l'ampleur du style, la Dispute du Saint Sacrement offre encore des traces d'inexpérience; on a critiqué avec raison le paysage qui sert de fond à la composition : il n'est pas digne du sujet qu'il encadre, et se ressent encore trop de l'influence des quattrocentistes. Dans la partie inférieure de gauche, les figures prêtent également à la critique : elles sont disposées sur un trop grand nombre de plans différents; leur ensemble n'offre ni la pondération, ni le rythme, qui deviendront dans la suite, aux yeux de Raphaël, la première des lois. On constate aussi une certaine inexpérience dans la technique; l'artiste n'était évidemment pas encore assez familiarisé avec les procédés si délicats de la fresque. Mais que sont ces défauts, en comparaison de tant de conquêtes splendides, réalisées ici pour la première fois ?

En face de la Dispute du Saint Sacrement, se développe Y Ecole d'Athènes ; en face du triomphe de la religion, celui de la science. Platon et Aristote font pendant à saint Jérôme et à saint Augustin, et ils n'ont pas moins de majesté. Heureuse époque que celle où le doute n'avait pas envahi les esprits, où l'on pouvait admirer les génies sublimes du paganisme, sans éprouver le besoin de battre en brèche les enseignements traditionnels, où l'on croyait que l'étude de Platon était nécessaire à l'intelligence des dogmes du christianisme ! Cet âge d'or de la tolérance n'a, hélas! que trop vite passé.

Platon et Aristote n'avaient cependant pas été des étrangers pour les peintres du moyen âge. Les Byzantins eux-mêmes, malgré leur sévérité en matière d'art, leur avaient donné place dans les compositions religieuses, non point, il est vrai, comme représentants de la philosophie antique, mais comme précurseurs du Christ.

Dans l'art occidental aussi, les deux coryphées de la philosophie grecque avaient depuis longtemps reçu le droit de cité, quoiqu'ils fussent bien éloignés encore de ce degré de gloire où ils atteignirent grâce à Raphaël. La Renaissance voua aux deux philosophes une admiration enthousiaste. Platon surtout

|^fiiÈ>f>^-"7"' :"- ■ ^^si-IklÀs? '-

Mm WBÊSÊf

WêwF^VS'

r^DB^ji

JBKHSafcJ -

■: '..■■. 'If

T"*~j.l— r r"iW*rTwiiiite^ m

^^temm*M

Page 1