DE JULES II
(Académie de Saint-Luc, à Rome.)
Si, dans les Madones et Saintes Familles de la période florentine, Raphaël a souvent sacrifié l'expression des sentiments religieux à celle de sentiments pure-
ment humains, tels que l'amour maternel, les joies de l'enfance, dans les compositions exécutées à Rome la religion reprend tous ses droits. Le maître revient ainsi aux préoccupations de l'Ecole ombrienne, quelque éclat, quelque puissance que son style ait d'ailleurs acquis depuis l'époque où il suivait la bannière du Pérugin. Travaillant sous les yeux du chef de l'Eglise, s'adressant
ETUDE POUR LA VIERGE DE LA MAISON D ALBE (Musée Wicar.)
à la chrétienté tout entière, il s'efforce de donner aux dogmes fondamentaux du christianisme toute, l'élévation dont il se sent capable; il cherche à se surpasser lui-même et il y parvient. Une série de pages immortelles nous montre tour à tour Marie comme reine des cieux, trônant au milieu d'une gloire d'anges, ou comme la mère de l'Ecriture, embrassant son fils avec une tendresse virginale, à laquelle se mêle le pressentiment des épreuves à venir. Depuis les créations de la primitive Église, si grandes et si austères, depuis les puissantes explosions de foi du moyen âge, la peinture n'avait plus parlé un langage aussi admirable. Grandeur de la conception, beauté des types, éclat du
LA VIERGE AU DIADEME (Musée du Louvre.)
colons, tout concourt à faire des Madones romaines de Raphaël la plus parfaite formule de l'art chrétien.
D'autres compositions, d'une valeur non moins haute, quoique consacrées à des sujets différents, complètent ce cycle, qui seul, indépendamment de tant de chefs-d'œuvre appartenant à l'art profane, suffirait pour faire de Raphaël le premier de tous les peintres. Dans les Loges, le maître a retracé les événements les plus marquants de l'histoire sainte; dans le Portement de croix et la Transfiguration, les miracles et les souffrances du Christ; dans les tapisseries, les Actes des apôtres et la propagation des doctrines du christianisme; dans la Sainte Cécile et la Sainte Marguerite, les triomphes des martyrs. Est-il, dans les annales de l'art religieux, un ensemble plus pur, plus sublime ?
Dans la Vierge au diadème (ou plus exactement le Sommeil de V enfant Jésus), au musée du Louvre, Raphaël se montre préoccupé du désir de composer une scène bien équilibrée, dans laquelle les figures et le paysage forment un ensemble parfait. A gauche, au premier plan, le « bambino » repose tranquillement sur un manteau bleu qui lui sert de coussin; une de ses mains est étendue le long de son corps, l'autre est placée sous sa tête par un geste aussi vrai que gracieux : on croit entendre sa respiration douce et régulière. Marie s'approche de lui, se met a genoux et soulève d'une main le voile qui couvre le dormeur, tandis que de l'autre elle attire vers lui le petit saint Jean qui s'est agenouillé à côté d'elle. La ferveur de ce dernier, son enthousiasme enfantin, contrastent avec le sérieux de la Vierge, qui regarde son fils avec une tendresse mêlée de recueillement. On constate dans cette composition une recherche de l'effet plus grande qu'à l'ordinaire : Raphaël ne s'est pas contenté de composer un beau groupe, il a voulu créer un tableau complet. Cette préoccupation se traduit jusque dans le paysage, dont de belles ruines antiques forment l'élément principal. Pour la première fois nous voyons l'antiquité s'introduire dans ces compositions jusqu'alors pures de tout mélange.
La Madone de Lorette, qui n'est plus connue que par des copies anciennes (on en compte une vingtaine prétendant toutes au titre d'originaux!), représentait la Vierge, levant le voile qui couvre l'Enfant, couché sur un coussin, et saint Joseph contemplant la scène avec attendrissement.
Dans la seconde Madone de la galerie Bridgeiuater , Raphaël est revenu aux Vierges représentées à mi-corps : l'enfant Jésus, couché sur les genoux de sa mère, a saisi le voile qui recouvre sa tête et la regarde avec amour.
La Madone de la maison d'Albe (musée de l'Ermitage, à Saint-Pétersbourg) rappelle, par la composition comme par le style, les Vierges de la période florentine. Assise à terre, au milieu d'un riche paysage, Marie tient d'une main