I. Voy. VAthenaum de Londres, il juillet
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délia Robbia le dessin des carrelages émaillés dont celui-ci devait orner les Loges et plusieurs salles de l'appartement papal. Sa double qualité de peintre et d'architecte le rendait particulièrement apte à ces travaux, dans lesquels il apporta le goût exquis qui distingue toutes ses productions. Si nous ajoutons, aux modèles composés en vue de ces différentes industries, les innombrables motifs d'ornementation contenus dans ses fresques et dans ses tableaux, on reconnaîtra sans peine que Raphaël occupe, dans les annales de l'art décoratif, une place tout aussi considérable que dans celles de la peinture proprement dite.
Aux dessins des portes et des boiseries de la salle de la Signature firent pendant les cartons des mosaïques de la chapelle Chigi. Dans cet ouvrage, Raphaël, on ne saurait se le dissimuler, s'inspira des mêmes principes que dans les tapisseries. Il traita ses cartons comme s'ils devaient être traduits en fresques. De là une exubérance de vie qui ne répond peut-être pas entièrement aux exigences de la mosaïque. Cependant, comparés aux cartons que le Titien et d'autres peintres du xvie siècle exécutèrent en vue du même genre de reproduction, ceux de Raphaël peuvent passer pour des modèles de sagesse et de goût.
Une gravure de Marc-Antoine nous montre Raphaël composant le modèle d'une pièce d'orfèvrerie, une cassolette, qui, si nous en jugeons par les fleurs de lis et les salamandres dont elle est ornée, était destinée à François Ier. Quoique cette cassolette dût avoir des dimensions fort réduites, le dessin avait été préparé avec tant d'amour, qu'il pourrait servir à l'exécution d'une œuvre monumentale. On admirera surtout la netteté véritablement plastique des cariatides, le rythme de leurs mouvements, l'habileté avec laquelle l'artiste les a rattachées au vase auquel elles servent de support.
ESQUISSE POUR UN PLAT (Cabinet des estampes de Dresde.)
ENFANTS JOUANT DANS UN BOIS (D'après la gravure du maître au dé.)
Raphaël et Augustin Chigi : La Galate'e. — Les Sibylles.
L'Histoire de Psyché.
Les Planètes.
près Jules II et Léon X, l'amateur qui recourut le plus souvent au pinceau de Raphaël fut l'opulent banquier et le Mécène clairvoyant qui s'appelait Agostino Chigi. Si nombreuses et importantes sont les œuvres qu'il commanda au Sanzio que force nous est de leur consacrer une étude spéciale. L'homme riche et magnifique, j'ai essayé de le caractériser cidessus; il est temps de présenter au lecteur l'homme de goût, l'amateur.
La principale des entreprises de Chigi, la construction de sa villa du Transtévère, suivit de près l'arrivée de Raphaël à Rome. Mais l'achèvement des travaux exigea plusieurs années, et ce ne fut qu'en i5ii-i5i2 que la villa put être livrée à l'admiration des Romains. Balthazar Peruzzi, tout le démontre, est l'auteur de cette œuvre charmante, « née d'un seul jet plutôt que bâtie ».
La décoration de la villa était une merveille. On y voyait, entre autres, un lit garni d'ivoire, d'or, d'argent et de pierres précieuses. Des tapisseries du plus grand prix alternaient avec des vases, des fontaines, en argent massif. Les harnachements des chevaux étaient en or et en argent, leurs housses en soie, et ces chevaux, on n'en comptait pas moins de cent dans les splendides écuries, dont Raphaël fournit le dessin. Tout, d'ailleurs, était réglé chez le banquier
amateur, et l'ordre le plus sévère présidait même à ses prodigalités. C'est ainsi qu'il avait confié à son chapelain le soin d'acheter les médailles ou les antiques, de placer les tableaux ou les statues, bref, de diriger, dans cette vaste administration, le département de l'art et de la science.
Fils de ses œuvres, Chigi manquait d'instruction : il y suppléait par la vivacité de son intelligence, la sûreté de son coup d'œil. Homme de plaisir autant qu'homme d'affaires, il avait l'érudition en horreur; l'histoire seule, lorsqu'il lui arrivait par hasard de lire, l'intéressait. Par contre, il se passionnait pour tout ce qui pouvait contribuer à embellir son existence, à augmenter sa réputation : poètes, musiciens, architectes, peintres, sculpteurs, trouvaient en lui un protecteur ardent. Pour se conformer au goût du siècle, il alla jusqu'à fonder une imprimerie grecque et à réunir un médaillier. Il est permis de croire qu'il n'acquit pas, en matière de numismatique, une compétence fort grande; il apprit du moins fort vite, en ce qui concernait l'art vivant, à distinguer les maîtres réellement éminents de la foule des médiocrités qui assiégeaient son palais, si tant est que, dans ce siècle d'or, on comptât des artistes médiocres. Bien plus, comme il avait ses opinions en matière de politique (il était gibelin, par conséquent favorable aux Espagnols), il voulut aussi en avoir en matière de beaux-arts. Il prit donc fait et cause pour Raphaël contre Michel- Ange, qui, pas plus que son protégé, Sébastien de Venise, n'obtint de lui la moindre commande, une fois la guerre déclarée entre les deux coryphées du monde artiste romain.
Tel que l'avaient fait la nature et le milieu dans lequel il avait grandi, Agostino Chigi a exercé sur les arts une influence considérable. Son nom est indissolublement lié à celui de Raphaël et de ses disciples, des peintres Sebastiano del Piombo et le Sodoma, de l'architecte Peruzzi, pour ne parler que des artistes véritablement supérieurs. Le cortège au milieu duquel le banquier siennois se présente à la postérité est donc presque aussi imposant que celui des papes ses contemporains. Chigi a sa place marquée parmi les Mécènes de tous les temps et de tous les pays. Sachons gré à celui qui, pouvant dominer par l'argent, a demandé aux arts et aux lettres de légitimer son prestige. Que de chefs-d'œuvre ne lui devons-nous pas !
Raphaël était entré en relations avec Chigi peu de temps après son arrivée a Rome. Dès i5io, il exécuta pour lui le dessin de deux plats destinés à être coulés en bronze. Mais la première grande œuvre que l'Urbinate composa sous ses auspices fut la Galatée, peinte à fresque dans une des salles de la nouvelle villa. Cette page mérite une mention particulière.
Dans une lettre célèbre, adressée par Raphaël à son ami le comte Balthazar Castiglione (vers le milieu de l'année i5i-|), l'artiste remercie Castiglione des éloges qu'il a prodigués à son ouvrage. « Quant à la Galatée, lui écrit-il, je me tiendrais pour un grand maître, si elle renfermait seulement la moitié des qua-