ÉTUDE POUR LA MUSE CALLIOPE
(Collection Albertiiie.i
l'archet sur son violon ' et s'abandonne, les yeux levés au ciel, à ses
I. On s'est souvent demandé pourquoi Raphaël, au lieu de placer dans les mains d'Apollon la lyre traditionnelle, l'a représenté jouant du violon. D'après Passavant {Raphaël, t. I, p. 119), le maître aurait été entraîné à cet anachronisme soit par le pape soit par un autre grand personnage désireux de perpétuer de la sorte le portrait de quelque habile virtuose, peut-être de Giacomo Sansecondo, dont Castiglione, dans son Courtisan, loue avec une distinction toute particulière le talent musical. N'est-ce pas là chercher bien loin ? Avant Raphaël,
divins transports. Autour de lui sont rangées les Muses, les unes recueillies, les autres pleines d'enthousiasme : ce sont les personnifications les plus parfaites de la grâce, de la noblesse, de la poésie; on admirera surtout le geste, d'une tendresse infinie, par lequel Tune d'elles appuie sa tète sur l'épaule de sa sœur. Les autres acteurs s'abandonnent avec plus de liberté à leurs propres impressions. Debout,
le front haut, le geste pathétique, le sublime aveugle, Homère, récite un chant de Ylliade, qu'un jeune homme assis à côté de lui écoute et transcrit avec avidité. Derrière Homère, le doux Virgile montre à Dante, dont le sombre profil se détache sur l'azur du ciel, le maître par excellence, Apollon. Au fond, à l'endroit le moins en vue, se tient un adolescent timide et recueilli, dans lequel on a cru reconnaître Raphaël. Plus bas, au premier plan, on aperçoit quatre personnages debout, causant gravement, tandis qu'assise sur un rocher, Sapho écoute leurs doctes conversations. (On croit retrouver dans cette figure le portrait de la fameuse courtisane romaine Imperia, l'amie d'Augustin Chigi, morte le i5 août i5ii, à peine âgée de vingtsix ans. Mais ici encore la critique se trouve en présence d'un mystère difficile à éclaircir). L'un de ces quatre poètes, celui qui est placé au fond, derrière le laurier., est sans contredit Pétrarque; mais quels sont ses voisins? Faut-il voir en eux, comme on l'a fait pendant longtemps, Alcée, Anacréon et la belle Corinne? Le champ ouvert aux hypothèses