LES FRESQUES DE LA MAGLIANA
profane et recueilli, cher, pendant plus de cent ans, à une succession de vingt papes... Le dix-septième siècle, en ouvrant à la papauté une ère d'abaissement et de dépendance politiques, la contraignit à une plus grande apparence d'austérité. Les papes, mis désormais dans l'impossibilité de faire la guerre, renoncèrent du même coup au plaisir de la chasse, et la Magliana n'eut plus de raison d'être. Aussi, à partir de Clément V'III, commença-t-elle à être délaissée. Moins d'un siècle après, l'abandon fut complet, si complet, que la Chambre pontificale se déchargea de la propriété entre les mains des religieuses de Sainte- Cécile. Dès lors la ruine se mit de la partie »
C'est entre i5i3 et i52o que se place l'exécution des fresques qui ornaient la chapelle de la Magliana, fresques dont on a souvent fait honneur à Raphaël : le Martyre de sainte Cécile (aussi appelé Martyre de sainte Félicité) et le Père éternel bénissant le monde. La première d'entre elles fut détruite aux trois quarts, en iS3o, par le fermier Vitelli, un vandale qui aurait mérité d'être cloué au pilori. Ne voulant pas être mêlé à ses domestiques pendant la célébration de la messe, ce barbare se fit construire une tribune spéciale dont la porte fut percée au milieu du Martyre de sainte Cécile. Heureusement, la gravure de Marc-Antoine nous permet d'étudier, dans ses parties les plus essentielles, la composition de Raphaël : nous y vo3^ons la sainte plongée dans une chaudière remplie d'huile bouillante; le juge l'exhorte à abjurer; les bourreaux lui tendent les têtes de ses parents ou amis exécutés avant elle, ou- attisent le feu. Mais la courageuse jeune fille, insensible à ce spectacle, comme à la souffrance physique, n'a d'yeux que pour l'ange qui descend des cieux en lui apportant la palme et la couronne du martyre.
La seconde fresque a été mieux partagée. Après bien des vicissitudes, le Père éternel a trouvé, en 1873, un asile définitif au Louvre. Nous ne rappellerons pas ici les incidents auxquels a donné lieu cette acquisition, faite moyennant la somme considérable de 207 5oo francs. Que la peinture ait été exécutée d'après les dessins de Raphaël, c'est ce que personne n'a jamais songé à contester; mais qu'elle provienne de la main même du maître, c'est ce que l'on admettra plus difficilement. Le catalogue du Louvre la classe parmi les ouvrages de l 'Picole de Raphaël, et cette opinion est aujourd'hui celle de tous les juges éclairés