‹ Raphaël (volume 4)Chapitre 48 sur 327 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

naires, il nous faut remonter à VAdo!'atio)i des nia/res qu'un des fondateurs de l'Ecole, Gentile da Fabriano, avait peinte en 1423 pour Palla Strozzi, et qui, dès son apparition, transporta d'enthousiasme tout ce que Florence comptait d'artistes ou d'amateurs. Dans les deux compositions, séparées par un intervalle de quatre-vingts années, même fougue, même exubérance de vie dans les figures d'hommes, même grâce exquise dans la figure de la Vierge, même vivacité dans l'action, qui oftVe toutefois chez l'artiste du seizième siècle une unité plus grande. Raphaël, en effet, a jugé à propos de diminuer le nombre des personnages (une quinzaine au lieu de soixante-dix); il a concentré le récit, au lieu de l'étendre comme son prédécesseur; avec des moyens plus simples, il a produit un effet aussi saisissant.

A droite, près d'une hutte en ruines, est assise la Vierge tenant sur ses genoux l'Enfant divin, auquel un des rois offre de riches présents. Ici, il faut le reconnaître, Gentile l'a emporté sur son jeune émule. Cvhez lui, l'aîné des mages, prosterné avec les marques du respect le plus profond devant l'enfant Jésus, lui baise humblement le pied; l'enfant, à son tour, lui pose gravement la main sur la tête. Cette scène, encore rehaussée par l'éclat des costumes, a une solennité qui manque à l'ceuvre de Raphaël; elle est comme un dernier écho des pompes du mo3X'n âge. Chez Raphaël, la Vierge est rayonnante de joie; quant au « bambino », son visage et son attitude expriment à la fois la curiosité et la surprise. Derrière le groupe principal, Raphaël, par une de ces inspirations hardies qui lui étaient familières, a placé trois bergers : la simplicité de leur costume, la pauvreté de leur offrande un agneau), contrastent avec la pompe des trois rois; mais leur hommage sera-t-il moins bien accueilli de celui qui s'est fait, sa vie durant, le champion de la pauvreté et de l'humilité? Jusqu'alors les deux scènes, l'adoration des mages et celle des bergers, avaient toujours été représentées isolément. En les rapprochant, l'artiste montrait combien il avait pénétré le sens de l'Evangile, combien il savait dégager, dans l'interprétation de CCS belles pages, le côté touchant, le côté humain. Nous aurons plus d'une fois l'occasion de parler de son exégèse biblique; dès cette première tentative, elle s'affirme avec une supériorité, un éclat que l'on ne soupçonnait plus au seizième siècle. — Le reste de la composition est digne de ce début, quoiqu'il soit conçu dans un esprit différent : on v' voit les deux autres rois mases et leur suite, cavaliers hardis, pleins de désin\ olture , et cependant tout recueillis devant le spectacle qui s'offre à eux; des chevaux d'une tournure superbe com-

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