CHAPITRE V
intlucncc. Mais supposons un instant qu'il nous ait montre le héros grec debout entre les deux figures traditionnelles : quelque talent qu'il eût déploAX', il ne se serait certainement pas élevé au-dessus d'une allégorie plus ou moins froide, plus ou moins banale. Ici il y a quelque chose de plus. Par un trait de génie, le jeune maître, laissant de côté la mythologie, a cherché son inspiration dans une tradition moins éloignée, et, on a beau dire, plus vivante. Il a puisé dans ces siècles si riches en poésie, dans ce moyen âge que Pulci et Boïardo venaient de ressusciter ; il a évoqué cette chevalerie dont les aspirations généreuses, les hauts exploits pouvaient, somme toute, rivaliser avec ceux des héros antiques. La forme de songe, de vision, donnée à la scène, ajoute encore, s'il est possible, à ce que la conception de l'artiste a de délicat et de profond. Épuisé par les fatigues d'une longue route, un chevalier, aussi riche de jeunesse que d'illusions, s'est endormi au pied d'un laurier. En vrai guerrier, il n'a point quitté son armure, et c'est son bouclier qui lui sert d'oreiller. Pendant son sommeil, deux femmes lui apparaissent, toutes deux d'une beauté merveilleuse, quelque différente que soit d'ailleurs l'expression de leur visage. L'une, sérieuse et grave, quoique ses traits respirent une douceur, une bonté touchantes, présente au jeune dormeur une épée et un livre, comme pour l'inciter à la fois aux exercices guerriers et à l'étude. Sa tunique jaune, sa longue robe de pourpre, ajoutent encore à sa noblesse. L'autre, sa rivale, porte un costume plus mondain : les tons rouges de sa tunique font ressortir l'éclat de sa robe bleue à reflets roses; un collier de corail fait le tour de son cou; une écharpc blanche flotte derrière sa tète; elle tient à la main une fleur, emblème des jeux, des plaisirs, des distractions profanes. C'est la Volupté, mais la volupté telle que la concevait l'imagination virginale de Raphaël, l'ennemie de l'austérité, plutôt que celle de l'innocence, et, pourquoi ne pas hasarder ici une h3'pothèse qui n'est pas trop en contradiction avec les idées du temps, le génie antique opposé à celui du christianisme. Au moment de quitter l'Ombrie, de pareilles pensées durent plus d'une fois assaillir l'esprit du jeune artiste. Non qu'il hésitât jamais entre le travail et le plaisir. Mais enfin un monde nou-
bicn rJullL-niciit voulu représenter Hercule entre la \''ertu et la \'olupté. Mais est-il admissible qu'en plein seizième siècle Raphaél n'ait même pas su donner au héros grec ses attributs les plus caractéristiques : la massue et la peau de lion ! Une ignorance aussi absolue de la mythologie serait bien faite pour nous surprendre, d'autant plus qu'Hercule est précisément, de toutes les divinités de l'Olympe, celle que le moyen âge connaissait le mieux et qu'il représentait le pins correctement. Nous persistons donc à maintenir au tableau de la National (îallery son litre consacré : le Si):i<^c du chevalier.