‹ Raphaël, peintre de portraitsChapitre 64 sur 133 · PÉTRARQUE · texte numérisé non relu

PÉTRARQUE

et qu'elle ait été peinte, ainsi qu'on le prétend, avant 1339, c'est-à-dire avant le départ de Simone pour Avignon ^ , il est impossible de croire qu'elle contienne le portrait de Pétrarque, puisque ce fut en Provence seulement que le maître siennois vit le poète pour la première fois. On ne peut donc prendre au sérieux le prétendu portrait introduit dans la Chapelle des Espagnols et voilà dès lors à néant le document auquel on attribuait le plus d'autorité ^

A défaut de portraits dus à des maîtres connus, il faut recueillir avec soin les témoignages anonymes laissés dans certains manuscrits contemporains du poète. Tel est le précieux portrait en miniature encadré dans une des lettres majuscules (la lettre S) d'un des manuscrits latins de la Bibliothèque nationale de Paris ^ La tête de Pétrarque se montre là tout encapuchonnée, de trois quarts à droite, empreinte d'un sentiment profond. Les traits sont graves et sévères, mélancoliques et presque ascétiques, marqués déjà par la vieillesse, fatigués et comme découragés de la vie, sans trop de contradictions d'ailleurs avec ce qu'ils sont dans le

\. Vasari, t. II, p. 90, note 4.

2. On cite également, dans cette fresque, le portrait de Laure, qu'il serait tout aussi difficile dV rencontrer que celui de Pétrarque. Dans cette figure de femme habillée de vert, avec une petite flamme brûlant entre la poitrine et la gorge, le peintre aurait fait allusion aux plaisirs sensuels, et il se serait autorisé, pour cette représentation, d'images analogues par lesquelles les anciens personnifiaient quelquefois Vénus. (Vasari, t. II, p. 90, note 1.)

1o8 RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.

Parnasse, mais bien loin de la majestueuse sérénité qu'ils ont dans cette fresque. Toutes proportions gardées entre la forme sèche et guindée d'un obscur trecentisla et l'art achevé du plus grand des peintres à l'apogée de la Renaissance, on peut avec profit rapprocher ces deux portraits et trouver entre eux certaines analogies ^ — On signale encore un portrait de Pétrarque, de profil à droite, dans un autre manuscrit latin de notre Bibliothèque nationale ^ ; mais cette image, outre qu'elle n'est déjà plus contemporaine du poète , est à une trop petite échelle et d'une exécution trop sommaire pour qu'on puisse se prononcer sur la ressemblance. — 11 en est de même du portrait gravé par Baccio Baldini, dans sa représentation figurée des Planètes ^ — Quant aux portraits placés dans les plus anciennes éditions de Pétrarque, sans leur attribuer une grande autorité, on peut affirmer qu'ils prouvent également en faveur de l'interprétation de Raphaël. — Restent le portrait que l'on montre dans la sacristie de l'église Sainte-Justine à Padoue* et les portraits gravés d'après divers tableaux provenant des galeries Domenico Manni, Bianconi, etc., etc., ayant tous entre eux

1. Le portrait du manuscrit latin e>t reproduit, en chromolithographie, dans le Moyen âge et la Renaissance, t. II, pL XX. Il a été d'ailleurs photographié sur le manuscrit môme à l'occasion du centenaire de Pétrarque, et se trouve, ainsi reproduit, dans la collection des portraits de la Bibliothèque nationale.

t. Nouvelles acquisitions latines. N« Ml.

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