D'ÉLISABETH GONZAGUE
Il y a lieu de croire également que, vers 1506, Raphaël avait fait un portrait d'Elisabeth Gonzague, femme du duc Guidobalde.
En 1509, un anonyme, qui se nomme lui-même le Pupille (// Pupillo), célébrant la fondation du montde-piété de Fabriano, dédie son poème à Elisabeth Gonzague ainsi qu'à Antonio del Monte, et place en tête de son manuscrit le portrait de la duchesse en costume de cour^ D'après le caractère de cette miniature, on pense qu'il y aurait là une copie d'après un portrait de RaphaëP. L'existence de ce portrait ressor-
'1. Ainsi que le portrait d'Antonio del Monte.
2. C'est Ricci qui a découvert ce manuscrit dans la bibliothèque San Salvatore, à Bologne. {Memorie sloriche délia Marca di Ancona; 1834, t. II, p. 37.)
PORTRAIT D'ÉLISABETH GONZAGUE. m
tirait d'ailleurs du passage suivant de l'Eloge de Balthazar Gastiglione par Antonio Beffa Negrini : « Un portrait d'une très belle et très grande dame de la main de Raphaël Sanzio d'Urbin, accompagné de deux sonnets de Balthazar, écrits par lui-même en 1517, se trouve derrière un grand miroir appartenant à la comtesse Catherine Mondella, sœur du Gastiglione ^ » Au dire des contemporains, cette très belle et très noble dame, dont Balthazar conservait précieusement l'image et à laquelle il écrivait des sonnets, ne serait autre que la duchesse d'Urbin. Une telle figure était de nature, en effet, à exalter le talent de Raphaël.
En 1506, la fille de Frédéric Gonzague et de Marguerite de Bavière ^ avait passé l'âge de la première jeunesse , mais était encore dans tout l'éclat de sa beauté. Le charme de sa personne et la grâce de son esprit passaient pour irrésistibles. Balthazar Gastiglione en parle avec enthousiasme et avec émotion dans son Cortegiano, Elle avait eu sa place d'honneur au
\. « Un ritratto d'una bellissima e principalissima signora di mano di Raffael Sanzio da Urbino con duesonetti di Baldassare scritti di suo pugno nel 4517, trovati dietro un grande specchio délia contessa Gatterina Mondella di lui suora. (Elogt del Casliglione, dans le recueil des Œuvres du comte Gastiglione; Padova, 1733, p. 329.)
2. Élisabeth Gonzague, Glle de Marguerite de Bavière, qui mourut le 14 octobre 1478, et petite-fille du duc de Bavière, Albert le Pieux, avait épousé en 1486 Guidobalde de Montefeltro, duc d'Urbin. Aucun enfant n'étant né de ce mariage, le duc et la duchesse d'Urbin, en 1504, avaient adopté pour fils et successeur François- Marie délia Uovere.
m RAPHAËL PEINTRE DE PORTRAITS.
milieu des plus belles femmes de l'Italie réunies à Ferrare en 1502 , à l'occasion du mariage de Lucrèce Borgia avec Alphonse d'Esté. Au bal qui fut donné le soir du premier jour de ces fêtes dans la grande salle de la résidence ducale \ la duchesse d'Urbin et la duchesse de Mantoue^ étaient assises de chaque côté de la nouvelle duchesse de Ferrare, dans une tribune surmontée d'un riche baldaquin , et les poètes courtisans ne savaient dire a à laquelle des trois Pâris eut remis la pomme de beauté )>. César Borgia, dans une de ses combinaisons diaboliques, avait offert sa main à Elisabeth Gonzague, la poussant au divorce et lui promettant la pourpre pour Guidobalde \ Quel trésor pour l'art que l'image d'une telle femme reproduite par le pinceau de Raphaël ! Et si ce portrait a vraiment existé, quelle irréparable perte !
4. Les fêtes qui célébrèrent ce mariage eurent lieu le 3 février 4 502 et les jours suivants.