PORTRAIT DE THOMAS INGHIRAMÏ
Behaim, Goritz de Luxembourg*, Reuchlin*, Copernic', Érasme et Ulrich de Hùtten. Dans celte société grisée de pédantisme littéraire, Thomas Inghirami occupait une des premières places. Il était écrivain, mais l'éloquence lui constituait une véritable supériorité. On le regardait comme le Cicéron de son temps*. Il
4. Goritz, fort au courant des affaires des Borgia, était rapporteur des suppliques et approchait journellement Lucrèce, dont on se servait très souvent pour arriver jusqu'au pape. II rassemblait, dans sa maison du Forum Trajan, la société la plus instruite et la plus recherchée de Rome. Sous Jules II et sous Léon X, il continua d'être le favori de tous les académiciens.
2. Reuchlin vint à Rome en 1498 et descendit chez Goritz de Luxembourg.
3. Ce fut en 4500 que Copernic quitta les rives les plus reculées de la Prusse pour venir à Rome, où il fit des leçons publiques de mathématiques et d'astronomie.
4. Voici ce qu'en dit Érasme : Romœ, — Cognovi et amavi Phœdrum, lingua verius quam calamo celebrem : mira erat in dicendo lum copia, lum aulorilas. Magna feliciiatis pars est Romœ innotuisse, ille primùm innotuit ex Senecœ tragedia, cui titulus Uippolylus, in qua reprœseniavit personam Phœdrœ, in area quœ est anle Palatium cardinalis Raphaelis Georgiani. Sic ex ipso Cardinali didici, unde et Phœdra cognomen additum, Is obiit minor annis, sic fallor, quinquaginta, diclus sui sœculi Cicero. (Erasmus, Epistola V, libri XXIII, pag. 4240.) — Pienis Valerianus rend également hommage à Téloquence de Thomas Inghirami : Neqite diu felix fuit Thomas Phœdrus affluentissimum eloquentiœ flumtn, quo non alius eo tempore orando clarior, neque vehèmentior fuit. Romance ipse quoque cathedrœ decus et omamentum. { Pierus Valerianus, De litterat, infelicit., lib. I, pag. 25.). — Parrhasius renchérit encore sur ces éloges. — Pierre Bembo loue beaucoup aussi l'éloquence d'Inghirami. (Voir la 3« lettre du IV* livre, datée de Venise, 43 janvier 4505.) — Sado-
avait en outre un talent extraordinaire de comédien. Un jour que, sur le théâtre du cardinal Riario, il jouait le rôle de Phèdre dans VHippolyte de Sénèque, les cris de Bravo Phœdra! retentirent avec un tel ensemble, que le nom de Phèdre lui resta, La faveur dont il jouissait sous Alexandre VI devait grandir encore sous Jules II, qui le, nonuna bibliothécaire du Vatican, garde des archives secrètes du château Saint- Ange, chanoine de Saint-Jean-de-Latran et évêque de Raguse^ En 1513, il était secrétah'e du conclave. Il avait antérieurement vécu dans Tintimité du cardinal Jean de Médicis et resta l'ami de Léon X. Raphaël le trouvait au premier rang de cette société de beaux esprits, dont le nouveau pape était devenu le protecteur, on pourrait presque dire rinspfrateur.
En 15 j&, les temps étaient loin où Thomas Inghirami passionnait Rome dans le rôle de la fille de Minos et de Pasiphaé. Il ne lui restait plus de Phèdre que le nom. A la place du svelte et frais jeune homme qui pouvait, au temps des Borgia, rivaliser d'élégance et de grâce avec la sœur d'Ariadne, il n'y avait plus qu'un savant humaniste alourdi par une obésité précoce. Inghirami comptait à peine quarante-quatre ans, et, depuis plus de dix ans déjà, l'embonpoint l'avait envahi. Le 13 janvier 1505, Pierre Bembo, répondant
let, enfin, donne une marque particulière d'estime à Phèdre en le choisissant pour un des interlocuteurs de son Dialogue sur les études philosophiques,