‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 2 sur 131 · BINDO ALTOVITI ET LES ALTOVITI · texte numérisé non relu

BINDO ALTOVITI ET LES ALTOVITI

Les Altoviti appartenaient à cette aristocratie commerciale et financière qui tint, au xV siècle, une si grande place dans l'Etat florentin. Ils étaient nobles en même temps que riches, portaient de sable au loup rampant d'argent^ ^ avaient palais à Florence et palais à Rome dans le quartier del Ponte*. Bindo, fils d'Antonio Altoviti, naquit le 26 septembre 1491. Les premiers échos de la voix de Savonarole arrivèrent-ils jusqu'à son berceau; les généreuses utopies du réformateur frappèrent-elles son esprit à peine ouvert;

4. Voir Silvestro Petra Sancta, Tesserœ gentililiœ, p. 364, 4.

t. C'est dans le Ponte que Ja plupart des négociants et des banquiers de Florence, de Sienne et de Gênes avaient àxé Jeur résidence.

ces impressions, quoique inconscientes encore, déposèrent-elles en lui le germe d'un ardent amour pour la liberté? Ce qui est certain, c'est que, cinquante ans plus tard, sa passion patriotique lui mit les armes à la main. Il refusa de se courber sous l'odieuse tyrannie du grand-duc Côme I"; de banquier il devint condottiere^ et soutint les dernières luttes de l'indépendance italienne. Vaincu, il fut déclaré rebelle, vit tous ses biens confisqués, et mourut à Rome, à l'âge de soixante-cinq ans, le 22 janvier 1556. En ce temps-là, un de ses neveux, Antonio Altoviti, était un des prélats les plus écoutés du concile de Trente*, tandis que naissait en Provence la célèbre Marseille Altoviti, qui allait illustrer jusque dans notre France un des beaux noms de la Renaissance florentine*.

4. Antonio Altoviti, né en 4541, fut nommé archevêque de Florence en 4548, mais ne put entrer en fonction que dix-neuf ans après, à cause des soupçons que le grand-duc conservait contre les Altoviti. Philosophe et théologien remarquable, il mourut en 4573.

2. Marseille était fille de Filippo Altoviti et petite-nièce de Bindo. Elle naquit à Marseille en 4550 et fut tenue sur les fonts baptismaux par le corps municipal, qui lui donna le nom de la ville. Quant au nom d* Altoviti ou d^Altovilis, il devint en provençal Altouviti ou Altouvitis. Marseille Altoviti fut célèbre par son érudition, et laissa des poésies italiennes et françaises. L'abbé Goujet a recueilli, dans le tome XIII de sa Bibliothèque française (n"* 444 ) , une ode composée par Marseille à la louange de Louis Belland et de Pierre Paul, les deux restaurateurs de la poésie provençale. Elle mourut, en 4606, dans la ville qui lui avait donné son nom, et fut inhumée dans Téglise des Grands-Carmes. Jean de Brémond composa son épitaphe.

En 1513, Bindo avait vingt-deux ans et tout lui souriait dans la vie. Le monde ne lui avait encore montré que « sa face d'amour, » comme dit le poète persan^. Il habitait Rome, oii il avait su se faire déjà une situation considérable. Sa culture d'esprit attirait à lui les érudits, son goût éclairé des arts et la beauté de ses traits captivaient les artistes. Ce fut très probablement au cours de Tannée 1513 que Raphaël, dont le pape et les grands de la terre se disputaient les œuvres, peignit entièrement de sa main le portrait du brillant Florentin*.

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