‹ Raphaël: Peinture de Portraits, Volume 2Chapitre 70 sur 131 · Pierre fat le dernier gonfalonier de sa race · texte numérisé non relu

Pierre fat le dernier gonfalonier de sa race

sentir la honte de cette domination. Corne soutenait de ses libéralités toute une armée de clients ; Pierre s'en fit d'irréconciliables ennemis par son avarice. En 1466, il allait périr sous les coups d'une conspiration de palais, quand Luca Pitti, l'un des conjurés, dénonça ses complices*. Alors commença une période de fer et de sang dans l'histoire des Médicis. Les anciennes luttes entre Guelfes et Gibelins n'avaient pas fait plus de victimes qu'il n'en fallut pour consolider le principat d'une seule famille. Les plus beaux noms florentins furent proscrits. Le parti des exilés, trouvant des alliés chez les Vénitiens, se donna pour chef Bartolommeo Coleoni, tandis que le fils de Corne, soutenu par le roi de Naples et le duc de Milan, confia le commandement de ses troupes au duc d'Urbin, Frédéric de Montefeltro. Les deux armées se rencontrèrent à Molinella, le 25 juillet 1467, et la \îctoire décida en faveur des Médicis. A dater de ce triomphe, Pierre, podagre et goutteux, fut au pouvoir de ses partisans, qui, par leur rapacité, lui firent regretter

1. L'àme de la conjuration était DioHsalvi Nerone, homme taré, qui avait passé sa vie à pêcher en eau trouble au milieu de toutes les révolutions, et que Corne, en mourant, avait eu Timprudence de recommander à son fits. Nerone capta la confiance de Pierre et devint son conseiller intime ; puis il aspira à prendre sa place et ourdit contre lui une conspiration. Ses principaux complices étaient Luca Pitti, âme basse et démesurément ambitieuse, qui aspirait aussi au souverain pouvoir , Niccolo Soderini, qui conspirait par amour de la république, et Agnolo Acciajuoli, qui obéissaità des haines particulières.

ses ennemis. Il voulait rappeler ces derniers, afin de les opposer à ses amis, quand la mort le surprit le 3 décembre 1469. Cet événement fut une délivrance aussi bien pour les Florentins que pour lui^ La tranquillité, du reste, ne fut pas troublée. Les vieux républicains étaient tous tués ou bannis, et la génération nouvelle, façonnée au joug, ne demandait plus qu'un maître. Laurent, fils aîné de Pierre, se présenta. Il n'avait que vingt ans, et n'en fut pas moins acclamé*.

Laurent de Médicis était né le 1" janvier llli48\ La pauvreté du sang paternel lui avait été transmise et l'avait marqué, dès sa naissance, pour une mort prématurée. Sa mère, comme dédommagement, l'avait doué d'une remarquable intelligence, lui avait légué le don de la poésie, l'amour de la science, le goût des arts. Enfin, le génie des grandes alTaires, qui avait fait de Côme, son aïeul, un des grands politiques de son temps, avait sauté d'une génération pour se fixer

4. Si ToQ veut connaître Pierre de Médicis, il faut regarder, au Bargello de Florence, Tadmirable busle en marbre exécuté par Mino de Fiesoie. Le buste de Lucrezia Tornabuoni, dû également à Ali no, se trouve aussi au Bargello.

2. Soderini, qui avait épousé une sœur de Pierre, décida de la fortune de Laurent. Ce fut lui qui persuada aux Florentins que le salut de l'Étal dépendait de la conservation des Médicis.

3. Son frère Julien était de cinq ans plus jeune. Laurent avait en outre deux sœurs : Bianca, mariée à Guglielmo de' Pazzi, le seul des Pazzi qui resta fidèle aux Médicis, et Nannina, mariée à Bernardo ftuccellai. Pierre de Médicis avait eu, de plu^, une fille naturelle, Maria, qui épousa Lionello de* Rossi, et qui fut la mère du cardinal de' Rossi.

en lui. Gentile d'Urbino, chargé de sa première éducation, disposa son âme à la dévotion \ Landino lui enseigna la rhétorique*. Argyropile en voulut faire un péripatétitien, mais Marsile Ficin le gagna définitivement à TAcadémie. Très jeune encore, il visita les principales cours de Tltalie et se concilia l'amitié des princes. Il rencontra à Pise Frédéric d'Aragon en 1465 \ L'année suivante il se rendit à Rome et plut à Paul II, dont la faveur n'était pas facile à gagner. De retour à Florence, il déjoua la conspiration de Luca Pitti; le roi de Naples lui écrivit à cette occasion une lettre pleine des témoignages d'une vive admiration. Dans Florence pacifiée, la chevalerie, la poésie et l'amour se partagèrent alors les loisirs des deux fils de Pierre de Médicis. La Giostra di Lorenzo de Luca Puici et la Giostra di Giuliano d'Ange Politien célèbrent deux tournois fameux dans lesquels, à quelques jours de distance, Laurent et Julien furent proclamés vainqueurs * . Laurent était

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