‹ Rappel historique et considérations embryologiques: À propos de la pathogénie d'un kyste vrai de la rateChapitre 19 sur 25 · ESSAI D'INTERPRÉTATION EMBRYOLOGIQUE · texte numérisé non relu

ESSAI D'INTERPRÉTATION EMBRYOLOGIQUE

Dans les observations recueillies dans Ia littérature nous avons vu les auteurs passer successivement en revue les principales théories se rapportant à la pathogénie des kystes non parasitaires ; on à cherché dans chaque cas une explication éliologique satisfaisante. Pour les uns, les kystes sont dus à la transformation d’un hématome provoqué par rupture traumatique ou spontanée d’un vaisseau de la rate : les parties solides du sang se déposent en couches superposées sur les parois, le liquide clair formant le contenu du kyste. Mais là, point n'est question du revêtement épithélial qui borde la paroi de tissu conjoncüf du kyste.

Pour d’autres il s’agit de l'évolution d’un Iymphangiome ou d'un ramollissement localisé du parenchyme splé-

nique consécubif à l’occlusion d'un vaisseau dégénéré,

ou bien encore de la rupture de la capsule, avec protru-

sion de la pulpe et fermeture de la cavité ainsi produite

et développement d’un kyste.

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Pour d'autres enfin, les kystes vrais seraient dus à une invaginalion de l’endothélium périlonéal qui évolue à un? moment donné et constitue le point de départ de la formation d'un kyste. La couche simple de cellules épithéliales cubiques bordant les kystes est la même que celle qui compose le périloine si ce n’est que l'endothélium péritonéal s'est aplati sous la pression des organes voisins. Et l'origine de ces kystes remonte à la période embryologique où l'endothélium de la cavité péritonéale se présente avec ses caractères cubiques primitifs. Cette dernière explication est parfaitement acceptable et bien -qu'encore hypothétique c’est à elle, comme on va le voir, que nous nous rattachons, le cas observé par nous fournissant une preuve à notre avis, et qui manquait jusqu'à présent de la réalité de cette manière de voir. Fowler disait fort bien, après avoir passé en revue les hypothèses de Renggli, de Beneke, de Rhamdor et Schmidt : « La lumeur peut être considérée comme provenant de cellules embryonnaires qui se sont mal placées et qui si elles sont douées de pouvoirs exceptionnels de proliféralion peuvent donner lieu à une telle croissance autonome. »

Cette pathogénie doit selon nous s'appliquer à l’observation originale rapportée par Santy à la Société de Chirurgie de Lyon et dont l'examen histologique nous a permis de décrire avec une très grande exactitude et d'une façon complète le revêtement épithélial qui borde la paroi du kyste.

Nous allons essayer maintenant de montrer pourquoi ce kyste vrai de la rate. dont nous n'avons retrouvé nulle

part le semblable dans la littérature, possède une paroi

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conjonctive bordée d'un épithélium pluristratifié à trois couches dont les cellules les plus superficielles, remarquables par leur forme et leur disposition, rappellent de très près le revêtement caractéristique des organes d’origine Wolffienne. La raison de cette formation épithéliale particulière repose uniquement sur lembrvyologie de Ta rale.

Mais avant d'aborder cette question nous croyons utie de rappeler brièvement la structure histologique de l'organe qui nous occupe. |

Comme on le sait, il existe deux enveloppes et un tissu propre. L'enveloppe séreuse, dépendance du péritoine, entoure la rate dans la plus grande partie de son étendue. Elle est formée de deux couches : a) une couche superficielle de nature épithéliale formée par des cellules aplaties minces transparentes à contours polygonaux disposées sur une seule rangée ; leurs bords très irréguliers sont tantôt rectilignes, tantôt sinueux et chacune de ces cellules présente soit à son centre soit sur un point plus ou moins rapproché de ses bords un noyau ovalaire. Au milieu des grandes cellules endothéliales on trouve de loin en loin d’autres cellules beaucoup plus petites arrondies ou ovalaires isolées ou groupées, cellules différant par leurs formes et leurs dimensions du fait qu'elles sont à un stade évolutif différent. b) une couche conjonctive fort mince dont la face superficielle sert de base à l'endothélium : elle est formée de fibres conjonctives et de rares fibres élastiques.

L'enveloppe fibreuse sous-jacente à la précédente entoure complètement l'organe ; elle se montre constituée par des fibres conjonctives avec quelques fibres

élastiques.

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Quant au tissu propre de la rate il se loge dans les aréoles formées par les prolongements trabéculaires qui se détachent de l'enveloppe fibreuse, constituant : 1°) la pulpe blanche représentée par les corpuscules de Malpighi ; 2°) la pulpe splénique proprement dite ou pulpe rouge qui remplit tout l'intervalle que laissent entre eux les travées conjonctives, les vaisseaux de gros calibre, les corpuscules de Malpighi. Elle comprend des vaisseaux sanguins et des éléments cellulaires libres se ramenant aux trois groupes suivants : groupe lymphoïde, groupe hématique, érythrocytes, le tout renfermé dans les mailles du réticulum pulpaire.

Pour Kolliker, Kuss, Laguesse le réticulum est exclusivement formé par des cellules conjonctives à prolongements ramifiés et anastomosés, ces derniers constituant les travées du réliculum ; quant aux noyaux des cellules conjonctives ils seraient situés aux points nodaux.

Pour d’autres Ranvier, Renaut, les travées du réticulum sont formées par du tissu conjonctif en faisceaux très fins et revêtus ça et là sur leur face libre par des cellules endothéliales.

De ces deux opinions la dernière est celle qui tend à prévaloir aujourd'hui parmi les histologistes.

Voyons maintenant quelle est l’origine de ces éléments. Au début du développement embryonnaire, l'endoderme est directement appliqué contre la chorde dorsale ; plus tard, une lame mésodermique s'insinue, de chaque côté du corps, entre l'aorte primitive et l'endoderme. Ces deux lames s’avancent régulièrement l’une vers l’autre et arrivées sur la ligne médiane, au devant de la chorde, elles se soudent, formant la suture mésen-

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térique. Cette dernière, une fois achevée, engendre une lame mésodermique plus où moins étendue qui rattache l'intestin au rachis ; c’est le mésentère vrai ou dorsal. Ce dernier s'étend depuis le cardia en haut jusque vers la partie terminale du gros intestin, mais, en plusieurs points, il peut rester très court, tandis qu'il atteint ailleurs des dimensions considérables. Il est très développé au niveau de l'estomac où il forme le mésogastre postérieur. | |

La rate occupe le bord libre de ce dernier. Elle est reconnaissable sur l'embryon du 38° jour, d’après Robin, et même plus tôt au stade de 7°**, d’après His. Pour expliquer son origine des auteurs comme Kuppfer estiment que l’ébauche splénique résulte de la dissociation d'une partie des bourgeons pancréatiques en voie d’accroissement ; elle proviendrait donc de l’épithélium intestinal : d’autres comme Maurer arrivent à cette conclusion que certaines cellules de l’épithélium intestinal émigrent le long des vaisseaux mésentériques et s'’accumulent près de l'estomac pour constituer la rate. Mais les premiers ne -parlent que des recherches faites chez l'Esturgeon, les seconds de celles faites chez les Batraciens. Ces explications sont-elles valables pour l'embryon humain ? Il semble que non du moins d’après les recherches beaucoup plus approfondies faites par Laguesse et Tonkoff.

En 1891, Laguesse dans son travail sur le « tissu splénique et son développement », émet l'opinion que l'ébauche de la rate paraît sous la forme d’un foyer mésenchymateux condensé au niveau du mésogastre postérieur. L'épithélium qui forme le mésoderme viscéral et qui ta-

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pisse la face externe du tube digestif est d’ailleurs probablement le point de départ de ce foyer mésenchymateux.

D'après les observations de Laguesse, qui ont porté d'abord sur les Poissons osseux, le développement de l'ébauche splénique se fait selon un schéma applicable aux Vertébrés supérieurs. Le rudiment de la rate est d’abord formé par un amas de cellules mésenchymateuses éloilées disposées en réseau. Dans les mailies de ce réseau s'ouvre un rameau de la veine intestinale c’està dire un affluent de la veine porte. Des artères pénètrent seulement ensuite dans ce rudiment. La rate est donc, à celte époque, un diverticule réticulé et caverneux du système porte ; c'est un endroit où les mailles du mésenchyme continuent la lumière des vaisseaux. Il résulte de ce mode de développement que les cellules du réseau qui Timitent les mailles du mésenchyme peuvent être indifféremment considérées comme des cellules conJonctives ou comme un endothélium vasculaire imparfait et incomplet. Mais ces mailles ne sont point vides. Elles renferment des éléments mésenchymateux libres, des globules blancs. Avec le réticulum qui limite les mailles, ces globules libres forment les deux éléments d’un tissu lymphoïde véritable, qui est la pulpe blanche de la rate. Au début le tissu Iymphoïde est encombré partout dans toute l'étendue de la rate par des éléments libres analogues à des globules blancs. Plus tard, l'ouverture des vaisseaux dans les cavités du réticulum splénique et VE nondation de ces cavités ont deux conséquences : balayer les globules blancs qui encombrent les mailles du réseau, amener les globules rouges qui les remplissent désormais. La pulpe blanche se transforme ainsi en pulpe

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rouge. Ainsi donc le réticulum splénique est d’abord formé de véritables cellules anastomosées par leurs prolongements en un réseau. Les progrès du développement font disparaître la structure cellulaire de ce réseau qui se durcit et se modifie chimiquement devenant ainsi un système de travées dont la nature cellulaire ne peut plus être décelée. De même, à partir des éléments libres improprement et vaguement qualifiés de globules blancs se forment de$globules blancs parfaits de diverses variétés.

En 1899, Renaut reprend la question. Après avoir passé en revue toutes les hypothèses émises par Kuppler, Maurer, il reprenait en détail l'opinion de Laguesse l'admet bien qu'imprécise, s'appuie sur elle, mais note « l'indigence des données existant sur celle question à l'égard des vertébrés supérieurs »,

En 1900, Tonkoff fait paraître un article sur le « Développement de la rate chez les Amniotes » et c'est le chapitre se rapportant à l'embryon humain que nous allons exposer maintenant aussi brièvement que possible mais assez clairement car il est d’un grand intérêt pour nous. AR

La première obsercalion se rapporte à un embryon de 25 à 27 jours dont la taille est de 8 mm. L'épaisseur de la coupe colorée à l'hématoxyline éosine est de 20u. Les pancréas dorsal et ventral déjà ébauchés ne sont pas encore réunis ensemble. Le mésentère dorsal de l'estomac sur une coupe transversale apparaît court et épais en position intermédiaire entre ce dernier et le duodénum. L'épithélium coelomique viscéral est notablement épaissi et recouvre à gauche le duodénum et l'estomac ainsi que

la moitié du mésentère dorsal à ce niveau et est constitué

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par trois où quatre rangées de noyaux. La limite entre l'épithélium épaissi et le mésenchyme est tantôt bien nette, tantôt les tissus sont confondus les uns avec les autres, l'épithélium coelomique est épaissi dans l'intervalle du côté droit de l'estomac au niveau du mésentère dorsal (fig. 1).

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(d'après la fig. 4 de l’article de W. Tonkoff).

La deuxième observalion se rapporte à un embryon de 30 à 31 jours dont la taille est de 9 mm. L'épaisseur de la coupe colorée au borax carmin est de 15 u. Le mésentère dorsal de l'estomac est notablement allongé dans la direction dorso-ventrale. Il apparaît sur 25 coupes différentes (épaisseur totale 375 u) comme une dilatation qui avance progressivement dans le péritoine sans toutefois dépasser le niveau de ce dernier. L'épithélium coelomique viscéral là où il passe de l'estomac sur la face gauche du mésentère dorsal devient de cubique cylindri-

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