OBSERVATION
Service de M. le D' Dumolard (personnelle)
S.. François, 46 ans, terrassier, entrait salle Harvey, le 7 janvier, pour un point de côté, de la fièvre et un toux pénible.
Le malade est un vieux paludéen qui a contracté les fièvres à Palestro (département d'Alger), il y a 15 ans ; cette première atteinte fut très sérieuse et depuis, apparaissent tous Îles ians un certain nombre d'accès très mets, à l’occasion de fatigues, ‘en été surtout. Il y 2 ans, à la suite d'une rechute plus violente, le malade fit une poussée d’œdèmes el en même temps ses urines continrent de l’albumine ; le régime déchloruré et la quinine firent tout rentrer dans l'ordre en peu de temps ; enfin, il y a 5 mois, quelques accès peu graves évoluaient sans fatiguer beaucoup notre homme (pas d'éthylisme ni autres infections ou intoxications).
Le 1* janvier, à la suite de refroidissement, il fut pris d'un frisson violent, de fièvre, de délire et d’un point de côté siégeant dans la région thoracique gauche, douloureux au point que les mouvements respiratoires en devinrent rapidement fort pénibles : du côté du tube digestif, l'anorexie était complète et les selles, diarrhéiques. Peu après, une toux fréquente apparaissait, suivie d’une expectoration peu abondante. Le 7 janvier, l’état s'étant aggravé, le malade entre à l'hôpital.
On se trouve alors em présence d’un malade brûlant de fièvre, délirant, dyspnéique et secoué à intervalles rapprochés de quintes de toux pénibles. Les crachats sont visqueux et ambrés. À l'examen des organes thoraciques, on trouve du côté pulmonaire à gauche de la submatité étendue, au niveau de la base, avec une zone de matité franche sur la ligne axillaire ; à ce niveau on perçoit un souffle tubaire net, des râles crépitants venant par bouffées et de
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la broncho-égophonie, tout autour sont disséminés des râles bronchiques que l’on retrouve également dans l’autre poumon ; du côté du cœur, on constate un affaiblissement notable des bruits, la délimitation de la matité cardiaque montre un cœur droit légèrement dilaté ; le pouls est petit fréquent (100) et irrégulier, la tension très faible (10 au sph. de Potain), le foie gros et uniformément douloureux. La rate ne déborde pas le rebord des fausses-côtes, pas d'æœdème des membres inférieurs, 0,25 d'albumine dans les urines ; le pneumocoque est trouvé dans les crachats.
En présence de cet état hyposystolique, une médication surtout cardiaque est instituée : digitaline 20 gouttes, potion de Todd, en même temps qu’une révulsion thoracique énergique est prescrite. Le lendemain, à la visite, on trouve le malade plus calme, toujours subdélirant, la température a baissé, le cœur est un peu plus énergique, on continue néanmoins la digitaline.
Dans la journée du 8, alors que le malade paraissait en voie de guérison, tout d'un coup éclate un accès de délire onirique excessivement violent avec hyperthermie considérable, 41°2, sans frisson, mais tout rentre dans l'ordre au bout d’une heure,
Le lendemain matin, à la visite, on se trouve en présence d'un malade apyrétique ; la dyspnée a à peu près disparu, l'état local s'est considérablement amélioré, on a la sensation que le malade est guéri, il reste toutefois encore subdélivant ; durant toute la journée, ce bon état se maintient.
Le 10 au matin, même état calme, mais dans l'aprèsinidi, da température s'élève tout d'un coup, encore sans frisson, monte jusqu'à 40°5( en même temps que le délire enirique redevient intense), dans là nuit, le malade sue abondamment, le lendemain, la température est retombée à la normale, le malade cause mieux, se sent bien, l’état ulmonaire s'amende foujours, le souffle ne persiste plus et on entend seulement des râles sous-crépitants de retour, e cœur est en bon état, mais le malade est très affaibli ; m prescrit { gr. 50 de quinine en injection pour le jour nème et la même dose, per os, pendant trois jours de suite, à partir du lendemain. La fièvre me reparaîl plus ; le maade guérit après une longue convalescence, au cours de aquelle on institue un fraitement mixte quinine et cacodylate de soude, toute trace d'albumine disparaît des urines.
Comment interpréter cette histoire elinique : chez un ancien paludéen faisant fréquemment des rechutes, a évolué une pneumonie d'une façon à peu près normale, la deffervescence thermique se faisait en lysis quand tout d'un coup se produisit une ascension fébrile de peu de durée mais à paroxysmre très élevé, à quoi pouvait-on Pattribuer, l'état général semblait s'être amélioré : élaitce une aggravation subite ? Nous ne croyons pas que dans @e cas la fièvre fût montée si haut pour redescendre avec une telle rapidité. Etait-ce un phéonmène critique ? cela paraît peu
probable et la suite devait venir infirmer ces hypo-
en -
thèses. Ktaitce une suppuration ? on n'en trouvait nulle trace. D'autre part la journée d’apyrexie, la reprise d'un accès semblable avec hyperpyrerie el se terminant par des sueurs, sans aucun signe pulmopaire nouveau, enfin la cessation de ces phénomènes après la quinine et les antécédents du malade soni autant de signes qui viennent nous prouver l'intervention de l’élément palustre latent. Un accident nous a empêché d'apporter la preuve microscopique 6 cette interprétation, mais nous pensons que dans vr cas les données cliniques sont suffisamment nettes pour nous permettre cette hypothèse.
En somme, dans ce cas la pneumonie à agi chez ie paludéen comme une cause venant déprimer lorganisme et rendant plus facile un retour offensif d’un agresseur qui n’attendait qu'une occasion pour recommencer à évoluer.
Il est d'observation courante de voir les paludéens, à la suite d'une fatigue, d’un refroidissement, d'une émotion même, faire un réveil de leurs accès : de même, chirurgiens et accoucheurs ont parfois vu leurs opérés refaire des accès dont ils étaient indemnes depuis des temps parfois fort longs, et le médecin ne doit pas s'étonner que chez les paludéens, à la convalescence d’une infection, peu après la chute de la température, l’élément intermittent sommeillant vienne surajouter une phase purement palustre à cette infeclion. Si l'organisme est, en effet, sorti vainqueur du
combat livré au pneumocoque, son pouvoir défensif
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n'en reste pas moins amoindri, et quand il héberge un hôte tel qu'un hématozoaire peu virulent, on ne doit pas être surpris que le parasite n'intervienne qu'au moment où la déchéance phagocytaire est la plus marquée, à la convalescence. Il n'y a donc pas là association mais succession de deux infections.
Le pneumonique qui a résisté au pneumocoque à, au sortir de ce premier combat, à subir l'assaut de l'hématozoaire ; aussi y a-t-il grand intérêt pour le médecin, à connaître cette seconde phase, qui pourra ôtre arrêtée par la quinine. Les antécédents du malade, l'allure oscillante, intermittente et régulière d'une fievre survenant à la fin d’une pneumonie, l’absence de signes de suppuration et enfin l'examen du sang seront les signes qui serviront à établir le diagnostic et à instituer le traitement antipaludique qui sera, en
général, rapidement efficace.