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employée en Allemagne, Autriche, Italie et Amérique.
Nous avons dit dans quelles conditions les auteurs étrangers recommandaient l'avortement provoqué.
Pour légitimer l'interruption de la grossesse les interventionnistes partent de ce principe énoncé par Kaminer au Congrès de médecine interne de Berlin de 1901 : Le médecin a le droit de pratiquer l’avortement toutes les fois que la grossesse a sur la maladie de la mère une influence aggravante.
A ce sujet, Küttner soutient la légitimité de l’avortement contre la loi catholique qui, par un décret pontifical du 24 juillet 1894, interdit de provoquer l’avortement même pour les cas où il serait la seule chance de salut pour la mère. C’est dans cet esprit que dans les Facultés catholiques d'Allemagne il est défendu d’enseigner toute opération ayant pour objet de tuer le fœtus.
Küttner fait ressortir, que tout en respectant les convictions d'autrui, on ne peut légitimement demander à un être vivant de se sacrifier, pour le salut d’un autre être, d'existence encore incertaine.
Avec l’auteur allemand nous pensons que la vie de la mère passe avant celle de l'enfant et nous ne nous arrêterons pas à la discussion du point de vue catholique, qui est au moins inhumain. Il serait donc logique d'interrompre la grossesse dès qu’elle produit ou aggrave une maladie de la mère ? Oui, certainement, si la suppression de l’état de grossesse devait supprimer le mal engendré ou aggravé par ce même état.
Si l'intervention devait assurer le salut de la mère, nous ferions bon marché de la vie de l’enfant.
En est-il jamais ainsi ?
Les Allemands disent oui et n'hésitent pas à attribuer à l'avortement provoqué une heureuse influence dans l’évolution des lésions laryngées.
Nous pensons que le nombre d’avortements provoqués est encore trop restreint pour en dégager une conclusion solide.
De plus, l'amélioration d’une tuberculose du larynx et son évolution favorable peuvent être consécutives à l’avortement sans, pour cela, lui être redevables.
Est-il certain qu’une laryngite bacillaire évoluant sans accidents après un avortement provoqué, n’eût pas eu les mêmes suites favorables au cours de la grossesse ?
Malgré l’opinion des auteurs étrangers, nous pensons que les paroles du D° Pinard au Congrès de Rome n’ont pas encore été démenties :
« Existe-t-il un fait qui démontre d’une façon nette que l'expulsion prématurée du produit de conception ait retardé l’évolution de la maladie et la terminaison fatale ? Je n’en connais pas. »
C’est là, en effet, le point capital.
Au contraire, à la question : existe-t-il des faits dans lesquels l’expulsion prématurée n’a pas empèché lévolution rapide des lésions on peut répondre résolument par l’affirmative.
Les cas sont déjà nombreux où l'intervention obstétricale n’a pas été plus efficace que la thérapeutique locale.
A la Société berlinoise de laryngologie, Meyer rap-
semaines après. /
porte l'observation d’une femme chez laquelle, malgré l'avortement artificiel, la tuberculose n’a pu être enrayée.
Alexandre cite un cas analogue.
Sokolowsky rapporte le cas de deux patientes qui moururent bientôt après l'avortement provoqué. Les progrès de la maladie ne purent être arrêtés.
Meyer mentionne un cas où ?’accouchement prématuré artificiel par l’opération césarienne n’a pas amené une amélioration de la tuberculose laryngée.
Alexander rapporie un cas où, après l'avortement provoqué, l’état de la malade s’est considérablement aggravé.
Ce sont là des cas d’interruption artificielle de la grossesse ; mais l’avortement spontané lui-mème qui a lieu quelquefois dans la tuberculose du larynx, nous fournit des arguments contre l'efficacité de l’interruption.
En effet, dans les cas où l’avortement se produit spontanément nous ne voyons pas que les femmes ainsi débarrassées par la nature au cours de la gestation en retirent aucun avantage.
C’est ainsi que la femme de l’observation VII avorta
au deuxièmemois,c'est-à-dire dans les meilleures con-
ditions de temps et n’en mourut pas moins quelques è
On peut encore opposer aux interventionnistes que les cas de tuberculose laryngée compatibles avec une
bonne santé ne sont pas exceptionnèls :
A la Société de laryngologie de Londres Ch. Parker
rapporte le cas d’une femme atteinte de tuberculose pulmonaire au cours de sa cinquième grossesse. Dans la suite le larynx fut pris (œdèmes, ulcérations). La malade fut traitée par la créosote et l'acide ‘lactique. Les lésions s'améliorèrent du côté du poumon et du larynx et la femme devint enceinte quatre fois depuis.
Dans nos observations, sur onze accouchements, cinq fois l'état de la mère est plus ou moins satisfaisant et nous comptons sept enfants bien portants. IL est douteux que l'avortement provoqué eût beaucoup abaissé la mortalité maternelle et sept existences auraient été à coup sûr supprimées.
Et à ce sujet nous ne pouvons souscrire à la condamnation des enfants issus de tuberculeuses.
Quelques interventionnistes, en effet, donnent celte raison qu'il importe peu de supprimer une mauvaise graine qui n’aboutira à l’éclosion que pour disparaitre aussitôt ; dont l’existence, en cas de survie, sera précaire et vouée à toutes les déchéances.
Nous ne pensons pas que la descendance de tuberculeux soit fatalement mauvaise, ou du moins nous lui accordons une vitalité suffisante pour réagir à l’infection pourvu que le milieu où elle se développe lui soit favorable.
« Tout enfant se développant dans l'utérus d’une femme enceinte tuberculeuse, dit Pinard, n’est pas fatalement tuberculeux, loin de là, heureusement ».
… L’hérédité, au contraire de ce qu'on avait cru, est exceptionnelle, L'enfant ne naît pas tuberculeux. S'il le devient, c’est plus tard par voie de contagion.
Barthas 5
SO
« Qu'on dise que flenfant, sans naître tuberculeux, présente le terrain favorable à l'invasion de la tuberculose, cette assertion ne signifie pas grand'chose. Un terrain 8e modifie soit en bien, soit en mal. Un enfant bien portant et né de parents sains peut devenir tuberculeux à la suite d’une mauvaise hygiène et d’affections débilitantes, de même qu'un enfant né de parents tuberculeux, mais élevé dans de bonnes conditions hygiéniques a toutes chances de prospérer et de vivre. » Budin.
Pinard cite le cas d’une femme accouchée dans son service pour la neuvième fois. Les neufs enfants ailaités par elle étaient vivants et bien portants. Or, la mère de cette femme était morte tuberculeuse à 40 ans et sa grand mère était morte tuberculeuse à 3% ans. « Une de nice elientes, ajoute-t-il, vient d’accoucher de son sixième enfants; les cinq autres sont vivants et bien portants. Or, ses deux sœurs aînées sont mortes célibataires et tuberculeuses .» |
Nous venons d'exposer les principaux arguments qui nous font repousser l'avortement provoqué. Ils se fondent sur l'impuissance de celui-ci à sauver la mère ; ce sont des arguments de fait, à forme scientifique. Il en est d’autres, qui ne sont pas négligeables, tirés du point de vue social.
Le professeur Pinard, au Congrès de Rome, s’élevait énergiquement contre l'interruption de la grossesse dans la tuberculose quelles que soient ses localisations.
« J'ai protesté, disait-il, et je proteste encore contre
LRO cette manière de faire, d'autant que je vois apparaitre les conséquences extrèmes de cette doctrine. N’a-t-on pas proposé la ligature des trompes pour produire la stérilité des femmes chez lesquelles on a fait le diagnostie de tuberculose pulmonaire. >»
De plus, il est à prévoir que la pratique médicale de l'interruption de la grossesse serait l’excuse souvent invoquée pour couvrir des avortements criminels.
« Ceux-ci échapperaient à la loi dans les cas de diagnostic délicat, puisqu'ils auraient pour excuse d’avoir été pratiqués pour sauver la vie de la mère. »
Pour toutes ces raisons, nous repoussons l’avortement et l’accouchement prématuré provoqué chez une femme enceinte atteinte de tuberculose du larynx.
Le médecin luttera donc avec le secours de la thérapeutique médicale. La trachéotomie rendra parfois d’utiles services. Mais il est une mêésure qu'il est souhaitable de voir se généraliser. C’est l’examen systématique du larynx des femmes enceintes tuberculeuses, et l’interrogatoire, au sujet d’une grossesse possible, de toutes les femmes en traitement pour une laryngite bacillaire. Le mal précocement dépisté serait, sans doute, moins inaccessible à la thérapeutique.
Malheureusement, les malades se présentent généralement avec des lésions déjà anciennes.
Au point de vue prophylactique nous déconseillons la grossesse dans tous les cas de tuberculose laryngée.
Nous la déconseillons dans les cas de tuberculose pulmonaire quand le larynx est ou a été le siège de
lésions quelconques.
AT Ru
Nous pensons que si dans la tuberculose pulmonaire l'interdiction de la maternité est une mesure prudente, elle devient, dans le cas de localisation laryngée, une mesure nécessaire.
A cette fin, on a proposé d'interdire chez les femmes mariées les rapports conjugaux.
Nous ne croyons pas à l'efficacité de cette défense. Le plus souvent méconnue, elle est ici particulièrement illusoire en raison du psychisme génital particulier aux tuberculeux.
Sous aucun prétexte, les mères ne devront allaiter.
Enfin, on devra soustraire l’enfant au foyer de contagion familiale et, si c’est possible, l’élever à la campagne.