MACHINES SPECIALES
Si les machines à usage spécial échappent, par leur destination même, aux considérations générales que nous avons pu faire ressortir en parlant des machines-outils d'un usage courant, elles n'en sont pas moins d'un grand intérêt, et, sous ce rapport aussi, nous aurions beaucoup de particularités à signaler. Au reste, cette spécialité de certaines machinesoulils n'exclut pas les grandes dimensions, et l'on peut dire qu'une des plus belles entre toutes est la machine à percer les longerons de locomotives, exposée par l'usine de Graffeustaden. On trouve dans ce puissant appareil, et jusque dans les plus petits détails, cette entente de la construction et cette simplicité de manière qui caractérisent la plupart des œuvres de l'éininenl ingénieur qui dirige cet établissement et quia, de sa personne, tant contribué aux progrès des machines-outils dans notre pays.
L'Exposition de 1805 nous avait fait voir une machine du même genre; celle de Graffeustaden est plus automatique et satisfait mieux aux conditions du problème.
Nous aurions pu placer dans le chapitre précédent le frappeur mécanique de M. Davies , si sa nouveauté môme ne nous avait pas innosé une grande réserve. Que l'on se figure
MACHINKS-OI TU S. l.il
une machine à vapeur placée dans un grand anneau horizontal et actionnant la queue d'un lourd marteau. A l'aide d'une pédale, on règle la succession et l'énergie des coups que l'on veut appliquer sur une pièce de forge. Si l'on veut donner une autre inclinaison au marteau, la machine tourne dans son anneau; si on veut abaisser ou relever le centre d'articulation, l'anneau obéit, dans un plan vertical, à l'action d'une pression hydraulique ; il tourne aussi autour d'un axe vertical, et la rapidité du travail est telle qu'une enclume est insuffisante pour utiliser toutes ses forces ; il en faut disposer tout autour rinq ou six, sur lesquelles les forgerons apportent tour à tour les pièces que cet ingénieux appareil doit façonner. Nous prédisons un grand succès au frappeur mécanique de M. Davics.
Un ingénieur français, M. Bouquié, avait imaginé de fabriquer des chaînes dont les maillons seraient formés de deux parties annulaires de section semi-circulaire, superposées à joints croisés et sans soudure; mais leur réunion devait être assurée au moyen d'une languette régnant dans toute la longueur de la lace de raccordement. Ses idées ont été interprétées par M. Ueny, qui a> exposé une maehine à l'aide de laquelle les l'ers sont approchés, courbés, sertis, anneau par anneau, et d'où la chaîne sort toute faite et prête à être emplovée.
.MM. Kvrard et Boyer font des charnières de toutes pièces aveeuwe machine qui s'alimente d'elle-même du cuivre et du til de fer nécessaires à la confection de ces pièces et qui sont, par avance, approvisionnés sur des bobines spéciales. Le fil est introduit, les plaqHes sont découpées, pliées, ebanfreinées, {•ercées et fraisées dans des opérations successives que l'œil ne pe»t suivre, et dont le résultat est le déversement presque continu de charnières entièrement confectionnées.
Cette machine nous rappelle la machine à clous américaine dcM.Wickcrshani , qui mérite aussi une mention spéciale. Les clous américains sont découpes dans de la tôle; au lieu d'être cylindriques comme nos pointes de Paris, on se borne à arrondir un peu les arêtes, et, il faut le «lire, les clous que l'on obtient
liH Gnoui'K vi. — citasse 54. — section i.
ainsi occasionnent moins de fentes que les nôtres, lorsqu'on les introduit dans les planches minces, perpendiculairement aux libres. Voici comment la machine opère : Le profil du clou est tel que révidement de la pointe correspond à l'élargisscmeivt de la tète ; des découpoirs, placés les uns à côté des autres découpent sur toute la largeur de la tôle les profils latéraux de dix clous, placés tête-bèehe, c'est-à-dire que les découpoirs ont alternativement le profil de l'un et de l'autre profil latéral des clous; puis la tôle se déplace tout à la fois d'une longueur de clou en largeur, d'une épaisseur de clou dans le sens de l'avancement, et découpe ainsi, face par face, et sans aucun déchet de tôle, environ dix clous par seconde, qui tombent en véritable pluie dans une trémie disposée pour les recevoir.
Des évolutions aussi curieuses, mais beaucoup plus précises, sont encore nécessaires dans les petits découpoirs de l'industrie parisienne, particulièrement dans ceux que M. Prat exécute avec une délicatesse infinie pour obtenir les maillons de ces « haines de fantaisie, auxquelles l'enchevêtrement de ces petits maillons donne «les apparences si variées et si élégantes.
Si nous voulions citer encore, nous trouverions mille choses à dire sur ces machines spéciales que le besoin fait inventer et qui sont bien faites pour montrer tout ce que peut le génie de la mécanique, qui sait vaincre aujourd'hui toutes les difficultés qu'on lui propose. Voilà quels sont les fruits des efforts individuels des mécaniciens de notre époque. Ils n'attendent ni les expositions, ni les récompenses pour marcher en avant, et c'était un devoir pour nous de faire connaître au moins les fruits de ces labeurs ignorés, qui ont pour résultat certain de demander de plus en plus à la machine à vapeur de varier l'emploi de toutes ses forces, en enlevant chaque jour à la population ouvrière une de ses fatigues, et en la remplaçant chez elle par une nouvelle satisfaction de l'esprit.
SECTION II