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Rapports Et Resolutions Des Congres Ouvriers de 1876 a 1883

De 1876 à 1883, il s'est tenu en France six Congrès ouvriers nationaux, à Paris en 1876, à Lyon en 1878, à Marseille en 1879, au Havre en 1880, à Reims en 1881, à Roanne en 1882, et de nombreux Congrès régionaux.

Les deux premiers Congrès nationaux n'ont d'importance que comme manifestation du réveil de la classe ouvrière. Après les grands massacres de la réaction bourgeoise qui avaient fauché à Paris les représentants les plus énergiques du prolétariat; après la longue et lourde réaction versaillaise, qui écréma la classe ouv.nère et força ceux qui échappaient aux chassepots et au bagne, à se réfugier dans Vexil ouà ne plus se mêler du mouvement, cette première manifestation de la classe ouvrière ne pouvait se faire que sous une forme timide : c'était ceux qui n'avaient pas pris part à la lutte, ceux dont les idées socialistes n'était qu'un prolongement des idées radicales de la bourgeoisie, qui pouvaient seuls prendre la parole. Si ces deux Congrès sont importants, comme indiquant que, quoique saignée à blanc, la classe ouvrière reprenait ses forces, ils sont insignifiants et mômes réactionnaires quant aux idées émi- "^ ses. Ces deux Congrès ne furent en défini-

i tive que des Congrès de coopérateurs et de

J mutuellistes proudhoniens. On y discuta

à perte de vue sur lacoopération, sur le crédit mutuel, et l'on s'occupa à peine de ce qui intéressait réellement les travailleurs.

C'est du Congrès de Marseille que date le Parti ouvrier ; il ouvrit une nouvelle époque : pour la première fuis, le prolétariat français arbora Tétendard de la Révolution ouvrière.

Jusqu'ici les salariés n'avaient ambitionné que de marcher à la suite des chefs les plus avancés de la bourgeoisie ; mais à Marseille ils rompirent violemment avec toutes les traditions et toutes les habitudes du passé; à Marseille, ainsi que l'avait fait l'Internationale, ils déclarèrent que les ouvriers ne devaient compter que sur eux-mêmes pour s'émanciper, qu'ils devaient se former en parti politique de classe et prendre pour but de la révolution l'expropriation de la classe capitaliste et la socialisation de tous les moyens de production ; et que, pour préparer cette révolution, ils devaient employer tous les moyens : — moyens légaux : élections, propagande par la plume, par la parole, organisations ouvrières, grèves, etc., moyen révolutionnaire : — la révolte à main armée.

Tous les Congrès qui suivirent Marseille ne firent qu'étudier, développer, compléter et accentuer ces résolutions. Bien entendu qu'on ne peut compter dans la série des Congrès ouvriers nationaux, le Congrès de Saint-Etienne, qui ne fut qu'un Congrès de bourgeois et d'ouvriers radicaux. Après avoir calomnié d'une manière infâme ceux qui avaient été les plus fermes défenseurs du programme socialiste révolutionnaire affirmé à Marseille et formulé au Havre, les Possibilistes de Saint-Etienne le déchirèrent et le remplacèrent par des considérants de

l'Internationale qui n'avalent plus leur raison d'être, et ils les noyèrent dans un galimatias de phrases vieillotes et à double entente, pour permettre leurs tripotages électoraux.

Même un tel programme leur parut une gêne ; dans leur congrès prétendu national de 1883, où la province ne figurait que par une demi-douzaine de délégués, ils le lâchèrent ainsi que le titre de Parti ouvriei\ Voilà donc les Possibilistes aussi libres que Gambetta quand il eut renié son programme de 1869. Maintenant qu'ils ont lâché toutes les résolutions des Congrès ouvriers, ils peuvent à leur aise trahir la cause ouvrière et la révolution. Et dire que c'était pour conquérir cette liberté de trahir qu'ils ont entrepris cette guerre de personnalités qui a divisé et affaibli la partie du prolétariat déjà organisée (1) I

(1) L*histoire du petit groupe possibiliste est bonne à connaître. Parmi ceux qui reprirent le mouvement, en 1876, se trouvaient dfes braillards, qui, comme Pau lard, une fois lucrativement placés, rentrèrent dans l'ombre d'où ils ne sortent que pour lancer des calomnies sous le masque de Bonhomme Misère, et d'autres que nous néglijjeons de nommer, qui sont gonflés de phrases ridicules. Ces gaillards essayèrent de s'emparer de VEgaLité\ ayant échoué, ils se rejetèrent sur le Prolétaire ; mais la propagande collectiviste et communiste de J'JSffaUté eiae son croupe avait été si énergique qu'ils durent rentrer leur modérantisme et attendre des renforts. L'amnistie les leur donna. Quand rentrèrent Jofl'rin-qui-ne-mentjamais, Malon qui n'aspirait qu'à se caser dans une boîte radicale, et Brousse, qui, embarrassé de son passé d'anarchiste tapageur, ne demandait qu'à trouver des compagnons pour marcher au radicalisme, les Paulard et les Deynaud prirent courage ;

A Marseille et dans les autres Congrès ouvriers, tant nationaux que régionaux, de nombreuses questions intéressant la classe ouvrière ont été agitées et ont donné lieu à des rapports et à des résolutions. Ces documents, bien que recueillis dans les comptes rendus officiels des Congrès et dans les journaux socialistes {l'Egalité et le Citoijen), ne sont pas à la portée de tous les membres du Parti ouvrier; et cependant il serait utile que tous en eussent connaissance afin de savoir ce qui a été fait et comment les théories collectivistes ou communistes révolutionnaires ont été lentement élaborées dans ces grandes assises ouvrières. Je crois servir mon parti en profitant des loisirs forcées que m'a donnés la condamnation de la cour d'assises de Moulins pour réunir et classer les résolutions les plus importantes et les rapports les plus complets qui ont été présentés et pris dans nos Congrès ouvriers.

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