‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 107 sur 150 · I. — RÉORGANISATION DU SERVICE DE TÉLÉGRAPHIE MILITAIRE · texte numérisé non relu

I. — RÉORGANISATION DU SERVICE DE TÉLÉGRAPHIE MILITAIRE

Le service télégraphique militaire vient d’être réorganisé sur de nouveaux principes. La raison en est que son importance a été mieux appréciée dans la guerre de 1866, et qu’on n’a pas été complète ment satisfait de la manière dont il a fonctionné. La lrc armée ( prince Frédéric-Charles) est en effet la seule où , grâce au zèle des officiers d’état-major, le service télégraphique ait convenablement rempli sa lâche; mais ailleurs il a laissé beaucoup à désirer. C’est ainsi que j’ai pu constater, lors de la mission dont l’Empereur m’avait chargé en Bohême [tendant l’armistice de 1866, que sur divers points les

poteaux des télégraphes avaient été utilisés comme bois de chauffage , et les fils comme cordeaux pour attacher les chevaux.

La Prusse est trop vigilante et trop avide de perfectionnements pour ne pas avoir cherché, en profitant de l’expérience acquise en 1866, à améliorer ce service important. Elle y travaillé depuis trois ans; l’année dernière , aux manœuvres d’automne de la garde, quelques essais avaient été faits dans cette voie : ils ont été repris cette année aux grandes manœuvres du 2* corps d’armée en Poméranie, et, comme ils ont pleinement satisfait, la réorganisation peut être considérée aujourd’hui comme achevée et adoptée.

La modification essentielle qu’on a fait subir à l’ancienne organisation consiste à avoir scindé le service télégraphique d’une armée en deux autres distincts :

4“ Celui des divisions télégraphiques de campagne;

2’ Celui de la division télégraphique dite d’étapes.

La division d’étapes assure les communications sur les derrières de l’armée avec le réseau télégraphique de l’État, tandis que les divisions télégraphiques de campagne, affranchies de ce soin , sont attachées à l’armée et employées exclusivement aux opérations militaires.

3is

Dans la guerre de 1866 les divisions télégraphiques cumulaient ces deux services; mais, l’expérience ayant prouvé qu’il était très- difficile et trèsfatigant pour elles de suivre les mouvements de l’armée et de surveiller en même temps les lignes déjà, établies, la modification indiquée ci-dessus a été jugée indispensable.

Mon intention était de faire un Rapport spécial sur la réorganisation du service télégraphique de l’armée de la Confédération de l’Allemagne du Nord; mais pendant que je réunissais les éléments nécessaires, a paru le 22' volume du Recueil intitulé Milit&rische /Haller, 5e cahier, novembre 1869, qui contient un chapitre détaillé sur la matière, et rend ainsi mon travail superflu. Je joins un exemplaire de ce 22' volume au présent Rapport. Le chapitre dont il s’agit est écrit par un officier du génie qui faisait partie de la division télégraphique attachée au 2e corps d’armée pendant les grandes manœuvres d’automne, où fut expérimenté le nouveau système. Il explique la réorganisation , indique la composition des divisions de télégraphie de campagne, en personnel et en matériel , ainsi que les résultats obtenus. Cet article mérite d’être traduit pour l’instruction de nos officiers en général , et particulièrement de ceux qui sont chargés d’étudier le service télégraphique de l’armée. J’ai envoyé le 20 septembre dernier une carte du terrain de manœuvres du 2e corps d’armée,

laquelle pourra servir à suivre le récit des opérations télégraphiques contenu dans les Militdrische Bldtler.

Je me bornerai à dire ici qu’en principe , au cas d’une grande guerre, les 13 corps d'armée de la Confédération du Nord formeraient quatre armées dont chacune aurait son service télégraphique particulier, ou, comme on dit en Prusse, sa colonne télégraphique. Chaque colonne se composerait de 3 divisions : l’une, la division télégraphique d'étapes , aurait pour mission d’établir et d’assurer les communications du grand quartier général avec les derrières et le réseau de l’Etat (comme il a été dit plus haut), et les deux autres, c’est-à-dire les divisions télégraphiques de campagne, seraient chargées du service relatif aux opérations mêmes de l’armée : reconnaissances, subsistances, communications du quartier général avec les divers corps d’armée , service de sûreté, etc.

Un détail passé sous silence dans le chapitre déjà cité des Militdrische Bldtler, c’est que les 9‘2 pionniers ( voir page 373 ) qui font partie du détachement de télégraphie sont pris dans la landwehr. On retrouve ici l’application de ce principe constant que j’ai eu souvent occasion de rappeler, à savoir qu’en Prusse le personnel des divers services exceptionnels (compagnies de porteurs de blessés, compagnies de chemins de fer, divisions télégraphiques)

sc forme, pour une guerre, sans diminuer les effectifs de l’armée active, et en puisant dans la landwehr comme dans un immense réservoir.

On attache une telle importance au service télégraphique, qu’il est question d’augmenter le nombre déjà si grand des établissements d’instruction militaire de la Prusse d’une Ecole spéciale de télégraphie. Aujourd’hui déjà la télégraphie est une branche de l’instruction dans toutes les Écoles militaires, et on a décidé de faire faire en hiver pour les officiers, dans les grandes garnisons, par un employé supérieur du service télégraphique ordinaire, un cours théorique et pratique de télégraphie.

Dans ces mêmes garnisons on instruit à la télégraphie des sous-officiers des divers régiments, qui, en cas de mobilisation, seraient affectés au service télégraphique des lignes de l'Etat, où ils remplaceraient des employés civils, qui, de leur côté, passeraient dans l’armée pour y être attachés au service télégraphique. Il est alloué à ces sous-officiers un supplément de solde, comme encouragement.

II. — COMMUNICATIONS T 15 Lli G R A PH 1 Q U ES MILITAIRES DANS BERLIN.

Depuis le commencement de ma mission en Prusse j'ai plusieurs fois signalé, me trouvant à Paris, tant à l’Empereur qu’au ministre de la guerre et à d’au-

très personnes, un fait qui m’avait paru mériter toute attention et valoir la peine d'être étudié. Il existe sûrement des raisons pour qu’il n’ait pas été donné suite a mon observation, mais, comme je les ignore, je reviendrai encore une fois sur ce sujet. Je veux pailti de 1 existence a Berlin d une communication télégraphique directe de toutes les casernes avec le cabinet du Boi, le ministère de la guerre et la grande garde. Chaque régiment compte 12 sous-officiers exercés au maniement de l’appareil, qui alternent entre eux par semaine pour le service télégraphique.

En temps ordinaire cette institution n’est pas d une grande utilité. Mais peut-on nier les services qu elle est susceptible de rendre en d’autres circonstances, comme à une époque de troubles intérieurs à prévenir ou à réprimer? Ils sont trop évidents pour qu il soit nécessaire de les énumérer. On dira peutêtre qu’en temps de trouble la communication télégraphique serait bien vite rompue ; mais qu’est-ce qui empêcherait de l’établir sous terre, à l’abri des tentatives de destruction?

U y a d’ailleurs des, circonstances fréquentes, même en temps de calme, où le mode de communication télégraphique tel qu’il existe à Berlin présentera des avantages incontestables. Je m’entretenais 1 an dernier sur ce sujet avec un des princes de la cour de Prusse. « Ces télégraphes dans l’intérieur

R AP P01I TS MILITAIRES

de Berlin, me dit- il, n’ont pas exigé de grands frais de construction , et vous ne vous douteriez jamais des profits qu’ils nous ont rapportés , ou plutôt des dépenses d’autre sorte qu’ils nous ont épargnées. Une grande revue est ordonnée, je suppose, et quelques heures avant le moment où le Roi doit la passer, le temps se met à la pluie. La revue pourra-t-elle avoir lieu, oui ou non? Ayant à sa disposition le télégraphe, qui de son cabinet communique avec les différentes casernes, le Roi peut attendre avant de se décider, jusqu’au moment où les troupes doivent sortir pour se rendre sur le terrain, et s’il le faut, il envoie le contre-ordre à temps. Nous évitons ainsi que les armes et les effets de 8 ou 10,000 hommes soient endommagés par la pluie et par la boue. Cela représente une somme assez ronde, et, si on voulait calculer ce que l'État a économisé de la sorte depuis que nous possédons nos télégraphes de caserne , on verrait que leur construction a été une dépense productive. »

Quand on songe aux avantages de toute nature que présenterait à Paris l’établissement, si peu coûteux d’ailleurs, de pareils télégraphes, on a peine à comprendre que nous n’imitions pas l’exemple donné par la Prusse.

Une des qualités distinctives de la nation prussienne, c’est la prévoyance. Elle veut être incessamment prêle à tout, et, pour qu’à, tout événement elle

se trouve sur pied le plus promptement possible , elle a organisé et préparé d’avance ce qui est nécessaire ou utile. En France nous nous disons, par exemple, que, si nous étions impliqués dans une grande guerre, nous aurions bien vite, en cas de besoin, établi dans nos places fortes de Paris, Lyon, Melz et autres, un réseau télégraphique pour relier ces places avec les forts détachés qui les entourent. Ici on raisonne autrement : on se dit qu’au moment où une guerre éclate, le nombre des mesures à prendre et celui des difficultés à résoudre est déjà bien assez grand, et on organise autant que possible tout à l’avance. C’est ainsi que Mayence, Coblence, Cologne et plusieurs places de la Silésie sont munies de réseaux télégraphiques, soit achevés, soit en cours d’exécution, qui mettent ces villes en communication avec les forts détachés ; c’est ainsi encore que tout est prêt dans les divers magasins militaires de la Confédération de l’Allemagne du Nord, et pour ainsi dire jusqu’au dernier manche d’outil et jusqu’au dernier clou.

J’ajouterai qu’à Berlin la préfecture de police est également en communication télégraphique avec les postes de police et avec les postes de pompiers. Je causais il y a peu de jours avec le préfet de police, M. deWurmb, qui revenait de Paris où il était allé étudier l’organisation de la police française. Il s’étonnait que nous n’eussions pas à Paris un réseau

télégraphique pour les besoins de la police, et il me disait avoir exprimé son étonnement aux autorités parisiennes. « Que vous a-t-on répondu? lui dis-je. — Nous n’en avons pas besoin.»

Page 1