‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 1866-1870Chapitre 88 sur 150 · I. — ORGANISATION DES DEUX CLERGÉS · texte numérisé non relu

I. — ORGANISATION DES DEUX CLERGÉS

La Confédération de l’Allemagne du Nord, non compris le grand-duché de Hesse, compte 29,500,000 habitants, dont 19.500,000 appartiennent au culte évangélique et 9,500,000 au culte catholique. C’est le rapport de 2 à 1 environ, rapport qu’on retrouve également dans l’armée de la Confédération, si on compare les nombres des soldats des deux cultes. Aussi a-t-il fallu que l’armée comprit un clergé évangélique et un clergé catholique.

L’organisation du premier n’a jamais donné lieu à aucune difficulté, mais il n’en a pas été de même de celle du clergé catholique. Le gouvernement prussien s’est vu obligé de lutter contre ce qu’il appelait les prétentions du Saint-Siège. D’un côté, le Pape désirait jouir d’un pouvoir presque absolu en ce qui touche la nomination des aumôniers de l’armée ; de l’autre, le roi de Prusse, comme souverain d’un pays

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où le culte évangélique domine, ne pouvait consentir à laisser au Pape une latitude trop grande ; et de là un désaccord qui, après avoir duré plus de trois ans, ne s’est terminé que tout récemment. Une bulle papale adressée au gouvernement prussien , et non encore publiée, règle définitivement toute chose à la satisfaction des deux parties. Le Saint-Père, avec l’agrément du roi , a désigné monseigneur Nanczanowski, évêque in parlibm, comme aumônier en chef de l’armée, en lui conférant tous ses pouvoirs. Ce prélat nommera aux emplois catholiques dans l’armée , mais toujours à la condition de s’entendre avec le ministre de la guerre et celui des cultes. On espère éviter tout conflit en n’envisageant de part et d’aulre que l’intérêt du service.

Voici quel est le mode d’organisation des deux clergés évangélique et catholique :

Clergé divisionnaire. — L’armée de la Confédération de l’Allemagne du Nord compte 24 divisions d’infanterie, la division hessoise non comprise. Chaque division a en moyenne 3 et par conséquent chaque corps d’armée G ministres évangéliques et aumôniers catholiques; mais le rapport du nombre des premiers au nombre des seconds n’est pas constant pour tous les corps d’armée. Dans ceux qui sont afférents à des provinces où le culte évangélique domine, comme le 1" (province de Prusse) et le 3' (province de Brandebourg), le nombre des soldats

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protestants l’emportant de beaucoup sur celui des soldats catholiques , on ne comptera qu’un seul aumônier catholique, tandis qu’il y en aura deux dans les corps d’armée qui, comme le 5' ( province de Posen) et le 8' (province du Rhin), sont composés en majeure partie de catholiques. En somme, il y a, pour les 2 4 divisions , 50 ministres évangéliques et 21 aumôniers catholiques. Total : 71.

Chaque ministre et chaque aumônier est assisté d’un desservant.

Le traitement des ministres et des aumôniers divisionnaires varie selon leur ancienneté dans l’armée, entre 500 et 800 thalers (1,875 fr. à 3,000 fr.), et il est le même à égalité d’ancienneté pour les représentants des deux religions. On avait songé à. réduire le traitement des aumôniers catholiques par la raison qu’ils n’ont pas, comme les membres du clergé évangélique, à subvenir aux besoins d’une famille; mais on est revenu sur cette idée, dans la crainte d’être accusé de favoriser un culte aux dépens de l’autre. Dans chaque corps d’armée, et quelle qu’y soit la proportion des nombres de soldats des deux cultes, l’un des ministres évangéliques divisionnaires ( c’est généralement le plus ancien ) porte le titre de premier ministre ou premier prédicateur ( Oberprediger ) et jouit d’un traitement de 900 thalers (3,375 francs) à 1,200 thalers (4,500 francs).

Le ministre en chef de l’armée et l’aumônier en chef

ont chacun un traitement de 2,200 tlialers (8,250 fr.) Traitement des desservants tant évangéliques que catholiques : 200 thalers ( 750 francs). Les ministres, les aumôniers et leurs desservants ont en outre l’indemnité de logement : 540 thalers (2,050 fr.) pour le ministre et l’aumônier en chef et 324 à 144 thalers ( 1,230 à 550 francs) pour les ministres et aumôniers divisionnaires.

Clergé de garnison . — Indépendamment des 7 1 ministres et aumôniers divisionnaires, il y a 15 ministres et 12 aumôniers dits de garnison, qui résident dans les grands centres où se trouvent des garnisons nombreuses : ce sont généralement des places fortes telles que Magdebourg, Danzig, Graudenz, Coblence, etc. Ils appartiennent ù l’armée et ne doivent pas exercer leur ministère en dehors. Ils jouissent des mêmes traitements que les membres du clergé divisionnaire, ont chacun un desservant, mais ils ne sont pas appelés à suivre l’armée à la guerre et peuvent être pris parmi les gens âgés ou infirmes, contrairement aux ministres et aumôniers de division qui, ayant à faire campagne, doivent pouvoir monter à, cheval au besoin et supporter les privations.

Les deux clergés dont il vient d’être question ( le clergé divisionnaire et celui de garnison) appartiennent à l’armée; en outre il y a un certain nombre de pasteurs et de curés qui, sans être dans le même cas, n’en figurent pas moins au budget de la guerre.

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Ce sont ceux qu’on charge dans les petits centres de population des soins religieux en faveur des soldats qui s’y trouvent par détachements peu nombreux. Ils reçoivent pour cela une indemnité du ministre de la guerre et sont désignés sous le nom de clergé civil , pour les distinguer du clergé appartenant à l’armée. Ce clergé civil est porté au budget pour 32,600 thalers (47,250 francs).

Lors d’une entrée en campagne , les deux chefs des services religieux de l’armée, protestant et catholique , s’adjoignent autant de ministres ou d’aumôniers supplémentaires qu’il leur convient. « Il s’en est présenté une nuée au début de la guerre de 1866, me disait la semaine passée un pasteur protestant; presque tous ont suivi l’armée. » L’État fournit à chacun d’eux, pour lui et son desservant, 2 chevaux de trait, 1 voiture et 1 conducteur.

Les chiffres que j’ai donnés dans le présent travail sont ceux des traitements ecclésiastiques tels qu’ils viennent d’être fixés. Presque tous les anciens traitements ont été augmentés. Il en résulte au budget de la guerre un accroissement de dépenses d’un peu plus de 10,000 thalers (environ 40,000 francs). Autrement dit : le clergé militaire, qui avait coûté en 1868 un peu plus de 90,000 thalers (337,500 fr. ), exigera à partir de 1869 la somme d’au moins 100,000 thalers (380,000 francs environ).

î:g rapports militaires.

II. — EXERCICES d'hiver P 01' R LES HOMMES DE LA RÉSERVE ET DE LA LANDWEHR.

Le 19 novembre dernier, le Roi a signé un Ordre de cabinet qui montre une fois de plus tout le soin qu’on prend ici pour que les liommes en position de congé perdent le moins possible de l’instruction militaire qu’ils ont acquise pendant leurs 3 années de service actif. Comme on sait, les hommes de la réserve sont tenus de participer pendant leur temps de réserve à 2 exercices, dont chacun ne doit pas durer plus de 2 semaines, et les hommes de l’infanterie de la landwehr peuvent être rappelés 2 fois, pendant leurs 5 années de landwehr, pour assister à des exercices de 8 à 15 jours chacun. Toutes les dispositions à cet égard, et en général toutes celles qui concernent l’organisation des autorités landwehriennes et les obligations des hommes en position de congé, sont contenues dans le Règlement du 5 septembre 1867, dont j’envoie ci-joint un exemplaire. Il arrivait jusqu’ici que beaucoup de ces hommes ne prenaient pas part aux exercices d’été, parce qu’on les en exemptait par divers motifs prévus au paragraphe 53 dudit Règlement. L’Ordre de cabinet du 19 novembre 1868 a pour objet de remédier à, cet inconvénient. Il prescrit que les hommes en position de congé qui ne participent pas aux exercices d’été seront rassemblés et exerces en janvier et février 1869 d’après les règles indi-

I)FS DEUX CLERGÉS.

quées aux paragraphes 49, 50 et 51 du Règlement du 5 septembre 1867.

Le ministre de la guerre a porté récemment cette décision 5, la connaissance de l’armée , en ajoutant qu’à l’avenir ces exercices d’hiver auront lieu chaque année.

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