BRONZE, ACIER, FER
L’artillerie et la marine prussiennes ont suivi avec intérêt les récentes expériences faites au Stein-
PLACES FORTES
feld près de Vienne, avec des pièces de gros calibre, tant pièces en acier que pièces en bronze. Les officiers d’artillerie de la Commission d’essais avec qui je m'entretenais de ces expériences ne doutaient pas que l’Autriche ne finît par adopter, pour armer ses bâtiments de guerre, les canons d’acier de Krupp. La Prusse a en effet précédé les autres puissances dans les essais comparatifs de tir des canons de bronze et des canons d’acier de gros calibre. Les expériences du 11 octobre dernier au Steinfeld, où des pièces de bronze furent tirées avec succès aux charges de 11 et même de 13 kilogrammes, n’étaient pas nouvelles pour l’artillerie prussienne, qui a tiré le canon de 8 pouces en bronze avec des charges pareilles il y a plusieurs années. Mais elle avait reconnu que ces charges sont insuffisantes, et qu’il fallait absolument, pour atteindre le but qu’on se propose (celui de percer la plaque de 6 pouces), pouvoir les porter à 17 ou 18 kilogrammes. La question consistait donc à savoir s’il est possible de construire des canons en bronze capables de supporter ces fortes charges, sans qu’il s’ensuive des dimensions et un poids incommodes. On ne saurait dire que le problème ait été résolu, car si on considère que la pièce de 2fi en acier et celle de 8 pouces en bronze produisent à peu près le même effet, celui de percer la plaque de 6 pouces (expériences de septembre 1868 à Tegel, et d’octobre 1869 au Stein-
feld), on sera frappé de la différence des poids des deux pièces :
Poids du canon de 24 pouces prussien... 3,250 kilog.
Poids du canon de 8 pouces autrichien.. . 9,000 —
Si mes informations sont exactes, l’Autriche aurait décidé, à la suite des expériences du Steinfeld, d’adopter pour sa marine les pièces en acier de Krupp, et déjà elle armerait sa nouvelle frégate cuirassée, la Lissa , avec des canons d’acier de 9 pouces se chargeant par la culasse. En Prusse on est très-fier de ce résultat, qu’on regarde comme une> nouvelle victoire de l’intelligence et de l’industrie prussiennes, et on répète avec orgueil qu’ aujourd’hui quatre puissances ont adopté les canons de Krupp , savoir : l’Allemagne, la Russie, la Belgique et l’Autriche.
Cependant il se mêle à ce sentiment la crainte que le problème de l’armement des navires de guerre ne soit résolu ailleurs par l’emploi d’un autre métal moins coûteux que l’acier fondu, ce qui ferait regretter à la Prusse les grandes dépenses qu’elle a faites ou qu’elle fait encore, et ce qui porterait un coup mortel à l’industrie si développée de M. Krupp. Aussi suit-on ici avec un mélange d’intérêt et d’anxiété les expériences qui se font en Suède, à Finspang, avec des canons en fer. On sait que dans ces expériences la pièce de IJ pouces, et même celle de 9 pouces,
PLACES FORTES
ont. percé de part en part une plaque en fer de 10 pouces (26 centimètres) d’épaisseur, et que ces pièces en fer sont adoptées à l’heure qu’il est, nonseulement par la Suède et la Norwége, mais encore par la Hollande et le Danemark.
L’Autriche a-t-elle effectivement adopté comme pièces de marine les canons en acier de Krupp, ou a-t-elle donné la préférence aux canons anglais? Ce que je puis donner comme certain, c’est que le gouvernement autrichien a fait à - M. Krupp une commande de canons de 96 (calibre 9 pouces), dont la fabrication est aujourd’hui terminée, et, comme le chiffre de cette commande s’élève à 20 pièces environ, il s’agit évidemment d’autre chose que de procéder à de nouveaux essais de tir.
Je n’ai eu connaissance que par le journal militaire, intitulé Militàr-Wochenblatl, des essais qui ont été faits à Berlin, par ordre du ministre de la guerre, avec le pétrole comme préservatif contre les mites. J’ignore si de semblables expériences ont eu lieu en France, et j’envoie ci-joint le n° 106 du Mililar- Wochenblalt qui rend compte des résultats obtenus ici. On y trouvera l’énoncé de l’avis de la commissir-i chargée des essais.