‹ Rapports militaires, écrits de Berlin, 18661870Chapitre 36 sur 133 · DE · texte numérisé non relu

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Rapport du 28 mai 1868.

I. — CONVIENT-IL D’OPÉRER DN CHANGEMENT DANS LA QUANTITÉ DE MUNITIONS DES ARMÉES.

Quand on songe à la révolution que subit l’armement chez toutes les puissances de l’Europe et à l’influence qu’elle ne peut manquer d’exercer sur la tactique, on se demande s’il ne doit pas s’ensuivre un changement dans la quantité de munitions que les armées transportent avec elles.

De prime abord on est porté à répondre affirmativement; car en admettant que la quantité de munitions qu’une armée traînait avec elle, jusqu’ici, fut la plus convenable, il esta croire qu’il n’en serait plus de même si latactique devait éprouver, par suite du per-

I oi

fectionnement des armes , de notables changements.

II y a là, ce me semble, une question générale trèsimportante à résoudre avant que la France ne se trouve impliquée dans une grande guerre..

En Prusse, où l’on étudie si consciencieusement toutes choses, cette question est à l’ordre du jour depuis quelque temps. Il résulte pour moi de la lecture des nombreux écrits militaires qui se publient en Allemagne, comme de mes conversations avec des officiers intelligents, qu’il existe à ce sujet deux opinions, ou mieux deux tendances contraires : les uns sont portés à diminuer, les autres à augmenter la quantité de munitions d’une armée.

Les premiers disent : « Le perfectionnement des armes portatives, le soin qu’on donne aujourd’hui à l’instruction du tir, la plus grande instruction des officiers, sous-officiers et soldats, auront pour conséquence forcée de diminuer la quantité des munitions consommées dans les batailles. Nous ne sommes plus en 1812, où, à la Moskowa, l’armée française tira, dit-on, 1,400,000 coups de fusil. En 1866, l’infanterie prussienne n’a pas consommé en moyenne plus de sept cartouches par homme, et il est probable que cette consommation fût restée sensiblement la même si les Autrichiens avaient été armés du fusil à chargement rapide. Il convient donc de rendre les armées plus mobiles en diminuant les approvisionnements qu’elles transportent. »

Les partisans de l’idée contraire prétendent qu’il est impossible de prévoir quelles seront, sous le rapport de la consommation des cartouches, les conséquences de l’emploi des nouvelles armes, dans une guerre entre deux armées qui en seront munies l’une et l’autre. Ils estiment que, dans le doute, la prudence ordonne de ne pas diminuer la quantité de munitions, etils inclineraient plutôt pour une augmentation.

Leur opinion paraît avoir prévalu, car voici quels sont les changements qui viennent d’être apportés dans l’approvisionnement des corps d’armée de la Confédération de l’Allemagne du Nord.

Dans la guerre de 1866, le fantassin prussien portait 60 cartouches (dont 20 dans chacune de ses deux gibernes et 20 dans le sac), plus 36 enveloppes en papier et 30 sabots en carton, placés dans le sac *.

Depuis lors, préoccupé de ce fait, que le soldat français portera sur lui plus de 60 cartouches, on a décidé qu’à l’avenir le soldat allemand en porterait 20 de plus qu’ auparavant, c’est-à-dire 80, mais qu’en revanche il n’aurait plus dans le sac ni enveloppes de papier ni sabots en carton.

I. Ces enveloppes et ces sabots sont donnés au soldat pour qu’il puisse, au besoin, fabriquer lui-mèmo des cartouches. La cartouche prussienne, très-imparfaite d'ailleurs, présente, en raison de sa simplicité même, l’avantage de pouvoir être fabriquée facilement par chaque soldat.

Chaque bataillon a, comme on sait, un caisson de cartouches qui le suit dans les marches et qui doit rester à proximité pendant le combat. En 4866, ce caisson contenait, selon son modèle , 20,000 ou 17,000 cartouches, soit environ 20 par homme. L’expérience ayant prouvé qu’il était trop lourd, on l’allégera à l’avenir de 3 1/2 cartouches par homme.

L’approvisionnement de cartouches de la réserve d’artillerie a aussi subi une modification; mais, avant de l’indiquer, je rappellerai ce que j’ai fait connaître dans mon Rapport du 29 mars dernier au sujet de la composition de cette réserve.

On sait quelle est à la guerre la différence d’organisation d’une batterie française et d’une batterie prussienne : c’est que la première marche avec sa réserve propre, tandis que la seconde ne marche qu’avec 16 voitures (6 pièces, 6 caissons, 2 chariots de parc, 1 chariot de bagages, 1 forge) et laisse les autresvoitures à. laréserved’ artillerie du corpsd'armée. L’ensemble de ces dernières, pour toutes les batteries du corps d’armée, est formé en 9 colonnes dites de munitions, qui comprennent les caissons de munitions d’artillerie, les caissons de cartouches d’infanterie, les affûts de rechange, les chariots de batterie, les forges, etc. Total : 228 voitures ou 25 h 26 voitures par colonne. On sait aussi que la réserve d’artillerie d’un corps d’armée prussien se compose de ces 9 colonnes de munitions jointes à 6 batteries de

réserve (4 batteries montées et 2 batteries à cheval) .

Jusqu’à l’année dernière, il entrait dans chacune des 9 colonnes de munitions des caissons de munitions d’artillerie et des caissons de cartouches d’infanterie; mais on a regardé comme préférable de séparer ces deux espèces d’approvisionnements, et, au lieu de 9 colonnes mixtes, on a aujourd’hui 5 colonnes de munitions d’artillerie et h colonnes de munitions d’infanterie *.

Les colonnes de munitions d’infanterie porteront à l’avenir un nombre de cartouches tel qu’il en résulte par homme une diminution de 11 1/2 cartouches. Autrement dit : au lieu de 83 cartouches par homme, elles n’en porteront plus que 71 1/2.

Voici donc les chiffres comparatifs qui se rapportent à l’année 1866 et à l’époque présente :

En 1866, on comptait par soldat d’infanterie :

Portées par l’homme 60 cartouches. \

Dans le caisson du bataillon. .20 — > Total. . 163

Aux colonnes de munitions . . 83 — J

Aujourd’hui on compte :

1. U convient de remarquer que dans les trois nouveaux corps de l'armée prussienne (les 9', 10'ct11e)la proportion est inverse (4 colonnes de munitions d’artillerie et 5 colonnes de munitions d’infanterie). Cela, parce que ces trois corps ont des voitures prises à l’ennemi.

Portées par l’homme 80 cartouches. J

Dans le caisson du bataillon . . 4 6 4/î — > Total. . 468

Aux colonnes de munitions . . 74 4/î — )

Le caractère général de ces modifications est, comme on voit, le suivant : augmentation du nombre des cartouches portées par le soldat, diminution du nombre des cartouches du caisson de bataillon et des colonnes de munitions, et, en total, augmentation de 5 cartouches par homme.

Quant aux munitions de cavalerie, on n’a pas changé le nombre des cartouches portées par l’homme ; mais on a diminué sensiblement le nombre de celles que contenaient les caissonsdes colonnes de munitions. Le chiffre de cette diminution s’élève en effet à ïli par cavalier, d’où il résulte qu’aujourd’hui les colonnes de munitions transportent :

Par homme de cavalerio légère ... 24 cartouches.

Par homme de grosse cavalerie ... 66 —

Cette diminution est une mesure fort sage, que nous pourrions imiter sans danger.

J’arrive aux changements opérés dans la quantité des munitions d’artillerie.

L’approvisionnement des batteries est resté le même, savoir :

156 coups par pièce pour les batteries de 4.

1 20 coups par pièce pour les batteries de 6.

Mais le changement apporté dans la composition des colonnes de munitions, changement signalé plus haut, a entraîné une augmentation aussi bien pour l’approvisionnement du canon de 6 que pour celui du canon de 6.

Canon de 4. — Les colonnes de munitions comprennent 65 caissons de munitions de 6 et 12 affûts de rechange de 6. Toutes ces voitures, qui portent les munitions de rechange des 9 batteries de 6 du corps d’armée, sont chargées aujourd’hui à raison de 112 coups par pièce.

Canon de 6. — Il y a dans les colonnes de munitions 60 caissons de munitions de 6 et 8 affûts de rechange de 6 , destinés à l’approvisionnement des 6 batteries de 6 du corps d’armée. Cet approvisionnement correspond à 409 coups par pièce. Si on compare le chiffre de ces approvisionnements des colonnes de munitions à ceux de 1866, on trouve les augmentations suivantes :

Par pièce de 4 42 coups do plus.

Par pièce de 6 14 —

Et si on fait la comparaison en considérant à la fois et l’approvisionnement des colonnes de munitions et celui des batteries, qui est resté le môme, on a :

Par pièce de 4 (au lieu de 826 coups) . . 268 coups.

Par pièce de G (au lieu de 218 coups). . 229 —

Quand une armée prussienne a une réserve générale d’artillerie , cette dernière est approvisionnée à. 100 coups par pièce.

En résumé, il y a eu dans la quantité des munitions :

Augmentation pour l’infanterie et l’artillerie;

Diminution Dour la cavalerie.

II. — DU SERVICE TOSTAL AUX ARMÉES PRUSSIENNES PENDANT LA GUERRE DE 1866.

J’ai pensé qu’il pouvait être intéressant de connaître l’organisation du service de la poste aux armées prussiennes pendant la guerre de 1866. Le présent travail résulte des renseignements que m’ont fournis des fonctionnaires qui étaient employés à ce service.

A chaque corps d’armée était attachée une administration centrale où se trouvaient ( je conserve les dénominations allemandes) :

1 maître de poste, 5 secrétaires, 2 sous-employés, 12 postillons, 10 soldats du train.

Cette administration centrale avait sous sa dépendance trois bureaux d’expédition, dont un à. chaque division d’infanterie, le troisième à la réserve d’artillerie, et qui comptaient chacun :

2 employés, 2 sous- employés , 3 postillons, 3 soldats du train.

Au grand quartier général de chacune des deux

armées ( la lr', prince Frédéric-Charles, et la 2*, Prince royal) était organisé un service de :

2 employés, 2 sous -employés , 3 postillons, 3 soldats du train.

Au grand quartier général du Roi fonctionnait un service spécial ainsi composé :

1 grand maître de poste , 3 employés , 2 sousemployés, 12 postillons, 9 soldats du train.

Enfin des services particuliers furent établis auprès du corps de cavalerie de la 1" armée et auprès des corps détachés en Saxe et en Silésie.

Comme il était certain d’avance que le nombre des objets (lettres, argent) expédiés de l’intérieur de la Prusse à l’armée serait immense, l’administration générale des postes de Berlin créa deux premières lignes de bureaux distincts :

L’une, établie le long de la frontière de Bohême, était destinée à recevoir les papiers militaires, les lettres particulières et les journaux adressés aux officiers et aux employés qui leur sont assimilés.

La seconde ligne était formée de bureaux de poste situés un peu en arrière de la frontière, c’està-dire dans l’intérieur de la Prusse et de la Saxe, sur lesquels devaient être expédiées les lettres adressées aux sous-ofliciers et soldats, et tous les envois d’argent. Les bureaux de poste de l’intérieur de la monarchie, après avoir fait le triage nécessaire, expédiaient les paquets sur l’une ou 1 autre de ces

deux lignes, d’où ils étaient ensuite expédiés vers l’armée.

Quant au service postal organisé à l’armée même, on eut recours, pour le rendre plus régulier, à un moyen dont on avait été satisfait dans la guerre de Schleswig-Holstein. Il consistait à établir de nombreux relais de poste destinés au service de la correspondance des troupes détachées du gros de l’armée, et surtout à celui des ambulances organisées sur les derrières. L’expédition des lettres n’en éprouva pas moins, surtout pendant la première période de la campagne, de fréquents retards qui donnèrent lieu à des plaintes réitérées. On aurait pu éviter ces retards en expédiant les lettres et paquets directement aux ambulances et aux troupes détachées ; mais on les adressait aux bureaux de poste de l’armée qui les expédiaient ensuite aux relais placés en arrière. On se vit forcé d’agir ainsi pour mieux garantir le secret des opérations militaires, lequel eût pu être compromis si les emplacements des corps de troupe avaient été connus d’un trop grand nombre d’employés.

Inversement aussi, c’est-à-dire du théâtre de la guerre vers la Prusse, les relations postales furent immenses. Au seul bureau de Gôrlitz, 20 employés étaient occupés jour et nuit. Ce n’est qu’après le rétablissement des chemins de fer, principalement celui de Dresde à Brunn, par Prague et Pardubitz ,

qti’il fut possible de supprimer un cerlain nombre de bureaux de poste et d’organiser sur les voies ferrées des bureaux ambulants, où se fit une partie du travail de dépouillement et d’expédition.

Pendant cette première période des opérations, l’administration des postes eut à vaincre les plus grandes difficultés pour parvenir à organiser des communications postales régulières entre la Prusse et l’armée; car la Bohème manquait de tout moyen de transport, le terrain y est très-accidenté et les routes n’étaient pas sûres.

On se vit obligé de faire venir de Prusse un grand nombre de chevaux et de voitures de poste qu’on établit par relais le long de la grande route impériale de Gorlilz à Wilfersdorf, près Vienne. Ce fut la ligne principale des communications postales. D’autres lignes furent organisées de Landshut à Iloritz par Trautenau , de Turnau à Prague, de Kolin k . Iglau et de Brunn k Znaim. La marche rapide des armées ajouta aux difficultés. Il arriva plus d’une fois que les employés des bureaux ambulants n’atteignirent les emplacements des relais de poste qu’après le départ de ces derniers pour un autre lieu de destination, ou que des corps de troupe omirent de faire prendre les paquets qui leur étaient adressés. On essaya de parer k cet inconvénient en organisant un service de postillons chargés de rejoindre les troupes et de leur remettre lesdits envois.

Les faits suivants donneront une idée de la multiplicité des travaux qui incombèrent à l’administration générale des postes. Le bureau de Gorlitz , qui transmettait les lettres et dépêches- adressées au Roi, eut, pour ce seul service, un départ par jour. Les lettres particulières, les lettres chargées et les journaux y affluèrent en si grand nombre que le soin de leur expédition vers l’armée exigea régulièrement l’emploi de deux ou trois voitures. Après la bataille de Kôniggrütz la poste eut h payer en un seul jour aux sous-officiers et soldats de la 9e division du 5e corps d’armée la somme de 120,000 francs, envoyés de Prusse par les familles.

En principe, l’administration des postes n’eut pour mission que l’expédition et la remise des papiers de service, des lettres particulières et des journaux. Elle consentit cependant à se charger aussi des envois de colis vers l’armée, et elle organisa pour ce service des bureaux spéciaux.

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