ÉTUDES SUR LES CHEMINS DE FER. Î
trouvons dès lors tout naturel qu’il commande aux autres classes. »
En France notre état social si confus et notre organisation militaire si défectueuse ne nous permettent malheureusement pas d’appliquer un principe si raisonnable et si juste. Mais il est rare que l’application du principe le plus sensé ne comporte pas ses inconvénients. Pour celui qui sert de base au recrutement du corps d’officiers de l’armée prussienne, l’inconvénient se fera nécessairement sentir pendant une guerre longue et meurtrière; car comment pouvoir alors, en puisant dans les rangs de la seule noblesse, combler les vides qui se produiront dans le corps d’officiers? Aussi le grand Frédéric éprouva-t-il plus d’une fois pendant la guerre de Sept-Ans, surtout après les désastres de Kolin et de Kunersdorf, de sérieuses difficultés pour réparer ses pertes en officiers.
La pénurie d’officiers, inhérente au principe sur lequel repose leur recrutement, ne cessa pas de se faire sentir pendant les guerres de l’Empire et, depuis 1815, elle s’accrut encore avec les agrandissements successifs du territoire de la Prusse et surtout avec l’institution du service militaire obligatoire, qui permet au Roi de disposer aujourd’hui de forces si considérables. On comprend d’après cela la nécessité où s’est trouvée la Prusse de contrevenir au principe qui exigeait que tous les officiers fussent pris dans
les classes de la noblesse, et effectivement les officiers des armes spéciales appartiennent aujourd’hui pour la plupart à la bourgeoisie. Cependant, comme le corps d’officiers est en général recruté dans les mêmes familles qu’il y a cent ans, on peut dire qu’il est le même aujourd’hui qu’à l’époque de Frédéric le Grand, avec celte différence qu’il a fallu, s’il est permis de s’exprimer ainsi, l’étendre ou l’amincir, pour le répartir dans une armée plus nombreuse
En 1866, où la guerre ne dura que deux mois, le manque d’officiers ne laissa pas cependant que de se faire sentir. Je rappellerai ici ce que j’ai écrit le 15 octobre 1868 des nombreuses mutations d’officiers qui eurent lieu de la ligne dans la landwehr et inversement, et de la perturbation qui en résulta dans le corps d’officiers.
Après la guerre on a fait ici de sérieuses réflexions sur un tel état de choses : on s’est demandé s’il n’y avait aucun moyen d’éviter cette perturbation produite au moment d’une mobilisation et comment on s’y prendrait dans une campagne de longue durée pour toujours tenir au complet le corps d’officiers. L’ordonnance du h juillet 1868 a cherché à résoudre le problème. J’en envoie ci-joint un exemplaire.
11 faut savoir, pour bien la comprendre, que
I. Voir page 280, Rapport du 19 décembre 1868. pour de plus amples détails sur le corps d'officiers.