‹ Rapports relatifs à la consolidation des temples (volume 2)Chapitre 43 sur 76 · LE TEMPLE DE MAHAHRAKAH · texte numérisé non relu

LE TEMPLE DE MAHAHRAKAH

Monsieur le Directeur [jéiiéral,

Los travaux de rérectii)ii du toniplc; de Maharrakali corninencèrerit le 7 janvier i()ot). Après avoir photographié les ruines sous trois aspects différents (pi. XCIX, C, CI), je fis dégager les blocs qui avaient appartenu primitivement auv quatre murs nord, est, sud et ouest, et qui étaient recouverts à lépaisseiir de presque 9. mètres. Une fois celte couche de sable enlevée, je les numérotai sur place, assise par assise, dans la pose où les pierres se trouvaient, en |)renaiil soin de changer la couleur des chiffres j)Our chatjue mur. Le nombre en était beaucou|) j>lus considérable qu'il ne paraissait être au premier moment, ce qui naturellement majora de beaucoup les délais et les frais matériels que v(»us m'aviez fixés pour la reconstruction. Il s'en trouva en effet deux cent cinquante en plus de ceux qui t'-laient visibles à la surface; bien quils aient été endommagés dans leur chute, c'est à leur découverte que je dois d avoir pu reconstruire le temple tel qu'il était au temps de Burckhardt. de Gau et de Cailliaud.

Le recensement terminé, j ordonnai à notre chef-menuisier M^aliiiinuil Mohammed (h; dresser l'échafaudage! (pi. Cll-CillI) qui devait englober toute l'aire à reconstruire, ainsi que je l'avais fait déjà à Dakkéh'", puis jétayai solidement le mur nord et la portion du mur est qui se raccordent à lescalier en colimaçon qui occupe l'angle nord-est. Cet escalier penchait au dehors, et la partie supt'rieure dépassait de o m. gô cent, l'aplomb de la partie inférieure. Lé(juilibre en était tellement instable (|u'au moment où j v appliquai l échelle en bois, afin d'en numéroter les assises pour le démontage, il trembla tout entier de la base au sommet; je craignis un instant qu'il ne se renversât sur moi et sur les hommes (pii tenaient l'échelle. Heureusement, jCn fus quitte pour la peur ; le numérotage et la dé[>osition des assises s achevèrent sans accident. Dans le même temps ([ue ces opérations se poursuivaient au mur nord, une forte escouade de portefaix, de maçons et d<> maïunivres étavait, sous la surveillance du menuisier Mahmoud, les cinq colonnes du sud, les seules qui fussent encore debout de tout le monument. Elles posaient sur doux simples lits de |>iprres en très mauvais étal, (pii eux-mêmes ('laieiil établis directement sur une couche do sable

C Cf. ]iliis liaiil, p. !)•' ilii |ircsonl \tiliiiiio cl pi. \(.l\.

100 A. BARSAINTI.

sans consislaace. Les arcliitecles n'avaient point pris la précaution d établir, couinie à Dakkéii, un radier en briques assis sur le sol vierfje : ils s'étaient bornés à former sur celle-ci une butte de sable rapporté sur laquelle ils avaient monté la construction. C'est à leur néfjligence. au moins autant qu'à la cupidité des chercheurs de trésors ou des preneurs de séhakh, (|ue nous devons attribuer la ruine de l'édifice. La cin(|uiènie colonne de la rangée sud, la dernière du côté d(î l'est, avait déjà cédé, et elle menaçait de tomber d'un moment à l'autre, entraînant le reste dans sa chute.

Sitôt que tout tut étayé, je m'attachai à consolider ce (jui subsistait des fondations imparfaites de l'époque romaine, puis à établir pour la première fois le radier nécessaire à la conservation de l'ensemble. Et d'abord, à l'angle sud-est, sous la ligne des quatre murs nord, est, ouest et sud. ainsi que sous celle des colonnades, j'établis des fondations nouvelles en gros blocs bien cimentés, puis je construisis, à 3 mètres de distance des fondations des murs extérieurs, d'autres murs en pierres sèches, chaux, homrah et sable destinés à délimiter le radier, .le tirai ensuite, entre les fondations des quatre murs du temple et celles qui soutenaient les colonnes, des murettes transversales, de manière à diviser l'espace en caissons carrés (jue je remplis d'un béton de chaux, homrah, sable, caillasse et grosses pierres : ce béton descend selon les endroits à quatre et cinq mètres de profondeur, et il est constitué par lits de o m. 5o cent, d'épaisseur bien comprimés à la demoiselle eu fer puis arrosés abondamment jusiju'à durcissement complet. Je procédai de même extérieurement entre les fondations des murs antiques et le mur du ladier, intérieurement entre les fondations des colonnes, jusqu'à ce que tout l'espace formât un bloc rectangulaire d'une solidité à toute épreuve.

.le bâtis ensuite, à 3 mètres en avant des murs du radier, un mur haut de 0 m. 5o cent, pour servir de point d'appui aux talus qui devaient garnir les quatre faces. Ici encore, pour obtenir le plus de solidité possible, je recourus au système des mureltes et des caissons remplis d'un béton composé de la même uianière que eelui des caissons précédents. Le gros œuvre de ce perré terminé, j en recouvris les faces d'un parement de larges pierres lisses jointoyées au ciment. Cette partie de notre tâche est celle qui nous coûta le plus de peine et d'argent. En eifet, le pays ne possède point de carrières convenables : pour obtenir la pierre nécessaire, il me fallut l'aller chercher à une heure de distance vers le nord, un peu au delà de Mehendi. .l'engageai donc trois barques qui, traînées par notre remorqueur Nil, amenèrent les matériaux à pied d'œuvre. On se rendra compte des quantités que nous avons dû charrier de la sorte, si l'on

r>AIM'()l!T SLI», l,K TKMIM.K l)F-; \l Ail Mil: AK \ II. 101

S avise (|H(' li; liidier ii un volniiic de i.(i.)o mètres cul>es. An milieu <Ie sa face est. I ai iéserv('' im escalier doux de (juatorze marches eu j)ierre, muni à droite et à {jauclii! des deux bandes (|ui encadrent toujours les escaliers antiques. Les marelles oui cnvirou o m. i () cent, de hauteur, ce qui donne poiii' la hauleuitotale du |)(!rré de ce côté euMum ■' m. 80 cent. L'escalier ahoutit sur le palier juste en l'ace de la g'rande porte centrale du temple f pi. CIV, CVj.

Farc csl. — La reconslitiction de celle lacade a présenté (juehjuii dilliculfé. à cause non du poids des blocs mais de leur mauvaise conservation, qui m obligea à de nombreux essais avani que j eusse réussi à retrouver la place ancienne de chacun d'eux dans les lits. Néanmoins j'ai réussi à reconstituer exactement les montants el les l'euillures de la grande porte d'entrée, à remettre en place le fragment du linteau, et à remonter environ la moitié méridionale de la corniche. Beaucoup des fragments étaient entassés déjà sur la berge, prêts à être endiar- (|ués et transportés sur la rive est pour v servir à la construction dune sakiéh et d'une maison d'oindéh. LCnsemble de cette face, qui était évidemment la |»rinci|)ale du tem[)le, est fort simple et l'on n'y voit aucune trace de décoration.

Face nord. — Elle ('tait percée d une petite porte vers I angle nord-ouest. La forme de (pielques fragments et les traces que j'ai relevées sur le dallage m en oui nidupu- 1 emplacement à défaut d autre document. Le gros de la paroi s'est laissé reconstruire sans trop de peine, mais il 11 en a pas été de même di' la paiiie est ([ui supportait le poids de l'escalier. .1 ai (b'jà dit plus haut comme idlf avait failli s'écrouler dès le dél)ut de nos opt'rations'". I>e démontage el la remise en place s'achevèrent sans accident, el Ion en appréciera le nsullat. eu comparant notre planche CI et notre planche C.\ : il semble qu elles se rapportent à deux monuments dilTérents.

Face ouesl. — .le n ai pas pu remonter c»; mur à sa hauteur priiuiti\e : une partie des blocs qui le composaicnl a été réduite en pierraille et emplo\ée par l(>s liabilanls à leurs sakiélis ou à leurs maisons. Toutefois j ai reconstitué la petite poile qui souvrait au iiiilicii de la façade (pi. (ilV).

Fon'si((l. — La petite porte (|uoii v lemanpie vers 1 angle sud-ouest^ pi. (dV) n entrait pas dans la conception première de I ('dilice. Klle a été pratiquée après coup par les chrétiens, au moment où ils transformèrent le temple en église. Je n'ai retrouvé en elfet aiicun fragiuent de la corniche qui laurail

!'' \oii' |iliis lidiil, |i. (((j (lu |ii('M'nl Miluiiit'.

\0-2 A. BARSANÏI.

suniKtnlée cerlaineiiieiit si elle avait ('té d ori^jine païenne : elle s ouvrait au ras (lu mur, sans moulure aucune (]ui senlevAt sur la surface de la paroi, comme cest le cas pour les poternes que les Coptes ont taillées pour les besoins du culte. 11 subsistait assez de blocs appartenant à cette paroi pour que j'aie pu la rebâtir presque entière, y compris la garjjouille et un frajjment de la corniclie : il nV manque que quelques blocs vers Textrémité ouest. Pour donner plus de solidité à rensend)le, j ai relié les blocs par des crampons de fer. avant de les rejointover au ciment.

Face intérmire de la porte principale. — Au moment où le temple fut transformé en église, les chrétiens taillèrent en voûte le linteau de la porte d'entrée sur sa face ouest (pi. CVl). Ce n'est pas sans peine que je suis parvenu à en remettre les fragments en place, tant les cassures étaient irrégulières : comme je ne pouvais, étant donnée la forme cintrée, passer sous eux des poutrelles en fer, je dus me boiner à opérer les raccords avec du plâtre, du ciment et des crampons en fer. Lorsque tout fut rajusté, je fis façonner une Itarre de fer plate selon la courbe et je la passai par-dessous, grâce à quoi j'obtins la solidité nécessaire. Je restituai ensuite leur épaisseur première aux deux montants intérieurs que les Nubiens avaient évidés en même temps qu'ils cintraient le linteau, cela pour ne pas alfaiblir leur force de résistance et pour leur permettre de tenir bon sous le poids des superstructures au moment de la submersion. .le me suis borné à les arrêter vers le haut, au niveau du point d'appui du linteau, et on verra à la planche CVI l'effet produit par cette disposition : elle n'a rien de gracieux, mais elle assure la stabilité de l'ensemble, .l'ai replacé au-dessus du montant nord le seul morceau qui subsistât de la corniche qui courait sur la crête du mur à l'intérieur, et j'ai encastré dans le même montant, à leur site antique, les deux seuls morceaux |»ortant des inscriptions grecques qu'il m'ait été donné de recueillir.

Les colonnes du porlûjiie. — Les cinq colonnes qui seules demeuraient debout ont été démontées puis remontées pièce à pièce : je n'ai pas retrouvé le chapiteau de la dernière d'entre elles, et elle reste découronnée (pi. CVI). Les neuf autres ont été reconstituées morceau par morceau, au fur et à mesure que les tambours de chacune d'elles sortaient de l'amas des décombz-es. Comme les fûts ne portaient ni ornements, ni inscriptions, je n'ai pu en rajuster les éléments qu'en m'aidant de la mesure des diamètres et des légers accidents de calibre qu'ils présentaient. C'a été, comme on peut le croire, un travail long et fastidieux. Les fûts i-edressés. il m'a été relativement facile de les recoitfer de leurs

r.AriM)|;T Si:ii l,!: TEMI'I-K DK MAIlAnnAKAII. 103

(•liajjitejiux; la loi de s\ iinUru,' (jiii pn-side à I a(,-(:ijii|»lijiij(Mil (li;s colonnes à ré[)Of[ue ptolérnaïque ot romaine ma donné la |)Osilion dos cinq d entre eux qui faisaient paire avec les colonnes demeurées debout, et, celles-là réintégrées, le classement d(.'s (juaire autres na plus été (pu- question de tenijts. Les architraves m'ont causé plus de souci. Les parties plates inférieures de leurs extrémités, par les(juelles elles re|)osaienl sur le de; des chapiteaux , s'étaient hrisées au moment de la chute, et, pour les remettre en position, je dus passer sous les trois architraves de l'ouest deux lonjjues poutrelles d(i 10 m. '10 cent, qui sont dissimulées sous une couche de ciiiiciil. Soiiiiiie toute, j'ai réussi à ri'iiionter cinq jjrandes architraves, les trois du sud-ouest, une à l'ouest et une dernière au n<jrdouest, ainsi que quatre fragments de la jjrande corniche r|iii ji-s couronnait. Elles sont reliées par le haut, entre elles et aux corniches, au inoven de crampons en 1er. Les jyortioiis de I écran qui s étendaient entre les quatre colonnes dehout du [)ortique sud ont été redressées et complétées avec ceux de leurs Mocs qui {lisaient à leurs pieds : j'ai du refaire entièrement, à la pierre neuve et au ciment, celles qui reliaient les deux dernières colonnes de la même ran(;ée vers le sud-ouest, de peur que la solidité de ces dernières colonnes ne fût compromise si elles d(!ineuraient isolées pendant les crues. Lne couche épaisse de ciment, répandue sur le béton du radiei-, remplace le dallajje antique en pierre dont aucune pièce ne nous est parvenue.

Les lias aUi's cl r escalier. — La [)ortion couverte de 1 édilice comprise entre les trois murs extérieurs et les colonnes forme ce (|ue j appellerai, faute d un nom meilleur, les trois couloirs sud, ouest et noi-d.

Le couloir sud (pi. CVill) était décoré de lias-reliefs sur ses deux parois. Ceux de I est sont tcdleiuent mutilés qu'on y distingue à peine les contours lirisés de quelques ligures et la forme de cpielques hiéroglyphes, (^ieux du sud n'tmt jias autant soulfcil. cl lOii \ apenoil presque au milieu de la paroi un grand Anultis. La sculpture était plus (pie médiocre, el il i(''siiltc de I l'x.i'in'ii des débris tjue la décoration ne lui pas achevée.

Le couloir ouest (pi. C-VIl) ne pn-seule rien de bien particulier, si ce n'est les trois poternes (pil \ pièlaient accès, au moins à l'i-poque nubienne, après que le tem|»l(' fui devenu une église, I une à son exlrémilt' nord, l'autre ji son extrémili' sud el la dernière à peu près au milieu de la paroi ouest, presque en face de hi porle |n'iucipale.

Le couloir nord (pi. (li\) est plus court ipie le C(Uiloir parallèle «lu sud (pi. (iVIli). Il est arrèli' à son exiréinilé est par un massif carré «le ninçonnerio

104 A. HAliSANTI.

ilans le(juel esl pratiqué un escalier, unique de son espèce en Nubie et même en l!l<>y|)te. un colimaçon de vin{>t-si\ marches qui conduisait jadis à la terrasse (jui courait au-dessus des porli(|ues. La reconstitution n'en a pas été aisée, car la plupart des piei'res qui composaient les mai'clies supérieures étaient dispersées un peu partout dans les ruines : j'ai Uni par les retrouver, sauf deux que j'ai refaites en ciment armé. La taille et l'appareillage des blocs anti([ues sont remarquables et prouvent que les maçons de l'époque égypto-romaine n'avaient point perdu les belles traditions de leurs prédécesseurs pharaoniques. Au fur et à mesure que je i-eniettais en position les parties de cet escalier, je les liais fortement les unes auv autres par des crampons en fer scellés au ciment. La précaution n'est jvas su[)erflue, car cet angle nord-est est en tout temps fort exposé à lous les vents, et, pendant la saison de la retenue, il subira violemment l'attaque des eaux.

Je n ai point touché aux ruines du j)etit kiosque situé immédiatement au sudest, et où se trouvaient les bas-reliefs que vous avez fait enlever en igoy''*. C est un monceau de pierres informes, mais ([ui ne sera pas sans utilité : 11 protégera notre temple de ce côté contn; l'attaque des eaux. .)'ai tracé sur les deux fronts ouest et nord, à lo mètres environ en avant de la base du perré, deux murs de pierVes sèches hauts d'environ a mètres qui le défendront contre un retour des sables. J'espère ([ue l'édifice ainsi reconstitué, et que vous désespériez presque de sauver tant la condition en était misérable et le site vous en paraissait hasardeux, résistera bravement à l'immersion qu'il subira dans trois ou quatre ans au plus tard. S'il n'est pas des plus beaux (jui se puissent imaginer, il est d une ordonnance agréable et qui semble être unique jusqu à présent. Que ce fut un temple, on n'en saurait douter quand on voit les scènes religieuses gravées sur les murs, mais rien n'y répond à la disposition des temples ordinaires de l'Egypte. Il pose un petit problème d'histoire religieuse que je laisse le plaisir de résoudre à plus habile que moi en ces matières.

Les travaux ont été achevés le 5 décembre igoc). Ils ont coûté en tout, y compris les frais afférents à la location des barques et à l'usage du remorqueur, L.E; aSy '4.960 mill. réparties comme i\ suil :

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