‹ RapsodiesChapitre 17 sur 53 · A FRANCISQUE BOREL · texte numérisé non relu

A FRANCISQUE BOREL

Mœrore conficior.

Rudiment.

Son joyeux, importun, d'un clavecin sonore,

Parle, que me veux-tu?

Viens- tu, dans mon grenier, pour insulter encore

A ce cœur abattu ?

Son joyeux, ne viens plus ; verse à d'autres l'ivresse;

Leur vie est un festin Que je n'ai point troublé; tu troubles ma détresse,

Mon râle clandestin!

Indiscret, d'où viens-tu? Sans doute une main blanche,

Un beau doigt prisonnier Dans de riches joyaux a frappé sur ton anche

D'ivoire et d'ébénier.

Accompagnerais-tu d'une enfant angélique

La timide leçon ?

Si le rhythme est bien sombre et l'air mélancolique,

Trahis-moi sa chanson.

Non : j'entends les pas sourds d'une foule ameutée,

Dans un salon étroit Elle vogue en tournant par la valse exaltée

Ebranlant mur et toit.

Au dehors bruits confus, cris, chevaux qui hennisse

Fleurs, esclaves, flambeaux.

Le riche épand sa joie, et les pauvres gémissent,

Honteux sous leurs lambeaux !

Autour de moi ce n'est que palais, joie immonde,

Biens, somptueuses nuits, Avenir, gloire, honneurs : au milieu de ce monde

Pauvre et souffrant je suis, Comme entouré des grands, du roi, du saint office,

Sur le quémadero, Tous en pompe assemblés pour humer un supplice,

Un juif au brazero!

Car tout m'accable enfin; néant, misère, envie

Vont morcelant mes jours !

Mes amours brochaient d'or le crêpe de ma vie ;

Désormais plus d'amours. Pauvre fille ! c'est moi qui t'avais entraînée

Au sentier de douleur ; Mais d'un poison plus fort avant qu'il t'ait fanée

Tu tuas le malheur!

Eh! moi, plus qu'un enfant, capon, flasque, ga vache,

De ce fer acéré Je ne déchire pas avec ce bras trop lâche

Mon poitrail ulcéré !

Je rumine mes maux : son ombre est poursuivie

D'un geindre coutumier.

Qui donc me rend si veule et m'enchaîne à la vie?...

Pauvre Job au fumier!

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