‹ RapsodiesChapitre 32 sur 53 · MA CROISÉE · texte numérisé non relu

MA CROISÉE

Poursuivant du regard le corbeau, la phalène, Ou le mulet pesant attardé dans la plaine.

Mais surtout nul pinceau ne rendrait mon transport, Quand, parmi les ramaux, quelque sylphide blanche M'apparaît, m'éblouit ! semblant de branche en branche Glisser comme un oiseau; quand sa voix doux accord, Hautbois harmonieux qui lutine et qui joue, Monte comme un parfum et caresse ma joue !

En extase, enivré, je n'ai plus rien d'humain. Sur mon corps allégi mon âme se déborde, Goutte à goutte en rosée; et, semblable à la corde D'un théorbe d'argent palpitant sous la main D'un ange prosterné... sous mes pieds fuit la terre : Je ne suis plus qu'un son ! un reflet ! un mystère !...

Peut-être vous riez tout bas de ce pouvoir

Si magique et puissant d'une voix sur mon âme ?

Le simple frôlement d une robe de femme

Qui se hâte à la nuit, suffit pour m'émouvoir.

Une main à bijoux, une gorge où ruissellent

Des perles, des joyaux, me charment, m'ensorcellent !

Ah! s'il était un cœur ignorant et naïf Qui n'ait pas ressenti ces philtres, ces ivresses ? Qui, n'étant pas blasé par le vin, les maîtresses, Trouve au soleil couchant un plaisir assez vif... Qu'il vienne ; je l'attends demain : à ma croisée Bientôt il sentira sa jeune âme embrasée.

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