‹ RapsodiesChapitre 46 sur 53 · JUSTICE A LEX-CHAMBRE DE · texte numérisé non relu

JUSTICE A LEX-CHAMBRE DE

Et qu'il n'est pas un seuil où ne soit la vengeance, Soupesant son glaive et l'affront.

Qui du glaive se sert périra par le glaive : Le Christ débonnaire l'a dit.

Contre l'assassin tout se lève, Et tous les hommes l'ont maudit.

Eh bien ! quelle était donc ton erreur, ta folie,

Où donc s'appuyait ton espoir, Pauvre et lâche marais d'une Chambre avilie,

Des rois amovible encensoir?

En vain, on a voulu, d'un funéraire voile,

Caparaçonner ta gaîté :

L'œil du peuple a percé la toile,

Et vu ta générosité.

Ah ! générosité vraiment de circonstance,

Cœurs attendris bien à propos !

Ah! vraiment, pour le bien, j'aime votre importance,

Que j'aime à vous trouver dispos !

Vous savez les égards qu'on doit aux gentilshommes;

Vrai Dieu ! vous êtes bien appris ;

A nous, ignorants que nous sommes,

Pardon ! nous nous étions mépris.

Ce n'est pas dans ces rangs qu'on cherche des victimes :

Leurs têtes dépassent les lois ; Les mêmes faits qui sont pour nous complots et crimes,

Pour ces messieurs sont des exploits.

Le tribunal pour eux n'a donc rien qu'on redoute ;

Il est pour les hommes de rien :

JUSTICE A i/EX-CHAMBRE DE 1830 87

Le bourreau n'est soldé sans doute Que pour frapper le plébéien.

Malheureux!... qu'a-t-il fait ?— Dans sa sombre misère

Il osa fausser un écu. — Déjà pour le saisir le juge ouvre sa serre,

Déjà ce pauvre... il a vécu !...

Mais égard à qui jette injure sur injure

Et fléaux sur la nation,

Dont le fer soutient le parjure

Criant extermination!...

Non, non, ça ne se peut : levez vos yeux profanes ?

Voyez à l'entour du château, Voyez-vous, par milliers, s'entre-choquer ces mânes

Qui semblent brandir un couteau?

Un sceptre entre leurs mains et sous leurs dents se broie,

Ils évoquent le talion.

Ainsi tournant près de sa proie

Rugit un farouche lion.

C'est Berton ! bien petit au sommet de l'échelle,

Qui fut brave et tomba poltron ; Puis ces quatre sergents, héros de la Rochelle,

Puis cet infortuné Caron ; Puis, tout criblés de plomb, le fier Labédoyère,

Les Faucher, Mouton-Duvernet,

Et cet autre foudre de guerre,

Le malheureux maréchal Ney !

Puis, découvrez encor ces victimes sanglantes

88 JUSTICE A l'ex-chambre DE 1830

Que fit tomber l'arc Saint-Denis :

Hélas ! à vous venger nos haches furent lentes,

Martyrs, que vos noms soient bénis!

Et vous, qui sur le front avez une auréole,

Vous qu'à regret la mort cueillait,

Salut, Farcy ! salut Arcole !

Salut aux héros de juillet !

Eux seuls auraient le droit de prendre la balance

Et d'absoudre leur assassin; Mais la mort est muette, et, comptant son silence,

Vous caressez votre dessein.

Mais lorsqu'ils sont tombés, ils ont crié vengeance!

Vous l'avez entendu crier ?

Allons, un peu moins d'obligeance,

Il faut la mort au meurtrier !

Ce n'est pas de cela dont votre cœur s'afflige, Cœur où le Corse a mis l'effroi:

A votre roi chassé rendez hommage lige, Pleurez, pleurez sur votre roi.

Vous n'avez rien perdu, point d'ami, point d'amante, Peu vous importent nos héros!

Mais Holyrood se lamente, Pleurez, pleurez sur nos bourreaux!

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