‹ RaspailChapitre 1 sur 5 · EUGÈNE DE MIRECOURT · texte numérisé non relu

EUGÈNE DE MIRECOURT

Trolsiôme édition

PARIS LlBRAIRiE DES CONTEMPORAINS

13, RUE DE TOURNON Et ebes tous les libraires de France et de l'Btranser,»

Z69 lôâS

I ^-jx^f^ '/^r

pharisiens politiques ! vous qui êtes avant tout fils du mensonge, si dans vos rangs le hasard nous montre un honnête homme égaré, nous ne souffrirons, sous aucun prétexte, que vous en preniez occasion de chanter victoire et de consolider vos systèmes. Les anges tombèrent autrefois et perdirent les splendeurs du ciel.

Comme les anges, l'homme le plus pur, ici-bas, chancelle et tombe. Vous avez beau le relever pour lui faire les honneurs du piédestal, il a sur le visage un sillon de

la foudre; on voit ce qu'il était jadis qu'il n'est plus. L'orgueil a causé sa p

François- Vincent Raspail est né à pentras, le 14 janvier 1794. Son père seph Raspail, tenait un restaurant acnalandé, où les paysans du Ver affluaient les jours de foire, parce ( y trouvaient bon accueil, et surtout excellente. Ainsi que Lamartine et Victor Hugo, François eut une sainU re^ qui s'appliquait à élever sa nonibi famille dans l'observance la plus s des lois évangéliques. En ce tempsvait à Carpentras un prêtre que la entière entourait de vénération. L' Eysséric avait fait vœu de se consacr service des pauvres, de les consoler, « protéger, de les instruire. La maisc digne homme était une école gra Chaque ménajje nécessiteux y envoya enfants, ce qui n'empêchait pas les I geois exempts de voltairianisme d'i voyer les leurs, persuadés qu'ils tr<

1. Madame Raspail, de son nom de fami nommait Marie Laty. Elle était native do F patrie de Fléchier.

raient là tous les éléments de la science Unis à ceux de la vertu. Depuis nombre d'années, oh citait, à vingt lieues à la ronde, l'abbé Eysééric comme un véritable puits d*érudition. François- Vincent fut son meilleur élève. Il s'appliquait àprendre en tout le vénérable abbé pour modèle, et rassurait sa mère, qui s épuisait en tendres remontrances au sujet d une assi* duitétrop grande à Tétude. '

— Ne crains rien, bonne mère, disait François, Dieu protège ceux qui ont en vue sa gloire. Il leur conserve la santé pour qu'ils deviennent savants et fassent aux hommes le plus de bien possible.

Tant que Raspail étudia sous la direction de l'abbé Eysséric, son âme fut inaccessible au sentiment de la vanité. Modeste et plein de douceur, il cédait à l'influence de l'éducation religieuse, déclarant à sa famille que son intention formelle était d'entrer dans l'état ecclésiastiquet. Le se-

1. Il poussait jusqu'à des limites extrômes les scrupules de la dévotion et de la pudeur. On nous envoie de Carpentras une anecdote impossible à reproduire sans éveiller des images dangereuses,

minaire d'Avignon lui ouvrit ses portes. A

freine âgé de quinze ans, François remporta e grand prix de philosophie. Jamais élève n'eut à un plus h^ut degré les illuminations de la science. A dix-sept ans, avant même qu'il eût achevé ses études tbéologiques, on lui donna la chaire de philosophie, comme au plus capable du diocèse.

Raspail a été le professeur de quin»

ou vingt évéques, archevêques ou cardinaux, parmi lesquels on cite monseigneui Sibour. Il n'est pas, dans tout le département de Vauclnse, un vieux prêtn aui ne se souvienne de l'abbé Raspail, e ont l'œil ne se mouille en songeant i cette noble intelligence égarée dans li doute et perdue pour la foi. Les supérieur du jeune séminariste lui témoignèrcn trop vivement leur admiration. Notre pau vre nature est toujours prête à se laisse entraîner dans le piège de la vaine gloire Elle glisse aisément sur cette pente fatale où le diable la pousse avec une infatigabl

par l'excès même de décence qu'elle attribue à Rai pail. Nous laissons au Conciliateur de VaiLcluse 1 soin de la reproduire de nouveau, si bon lui sembli

persistance, et, pour peu que les hommes^ par un excès d éloges, viennent en aide au- diable, la culbute est bientôt faite.

François-Vincent Raspail en est un triste exemple. On le vantait partout comme un

Srodige. Trop jeune encore pour entrer ans les ordres, on lui accorda des dispenses, afin qu'il pût se livrer à la prédication. Sa taille était si petite que les bedeaux de la cathédrale avaient ordre de lui mettre en chaire un tabouret sous les

{)ieds, absolument comme firent plus tard es huissiers du Luxembourg, quand Louis Blanc, l'illustre organisateur du travail, voulut élever son éloquence à la hauteur de la tribune. Raspail a grandi; mais Louis Blanc, pour son malheur, continue d'offrir à notre siècle un échantillon des anciens Pygmées.

Vers 1812, les régions méridionales, agitées par des intrigues royaUstes, menaçaient de refuser le tribut de la conscription. Notre Bossuet de dix-huit ans, choisi pour prêcher à la cathédrale, le 2 décembre, jour anniversaire delà bataille d'Auslerlitz, improvisa devant l'archevêque et devant toutes les autorités civiles

et militaires un discours plein de patriotisme, qui produisit sur l'auditoire une sensation extrême.

« La France, disait l'abbé Raspail, doit donner son dernier homme et son dernier écu pour soutenir la Révolution représen* tée par l'Empereur. »

A sa descente de chaire, on vint de la

Êart du préfet lui demander le discours.

>oué d'une mémoire prodigieuse i, l'éloquent séminariste écrivit à l'instant même sur une table de la sacristie le texte complet de son improvisation. Le soir même on expédiait le manuscrit à Paris.

Napoléon l"le lut et le renvoya au préfet de Vaucluse avec cette annotation de sa main:

« Qu'on s'occupe de ce jeune homme; il ira loin. »

Voyant les plus hauts personnages convaincus de son mérite et n'entendant au-

1. Cette mémoire est si extraordinaire, que Raapail, qui n'est pas retourné dans son pays depuis quarante ans, parle encore aujourd'hui le patois provençal comme le premier venu des Méridionaux.

tour de lai que l'écho de la louange, François-Vincent tomba dans les embûches que lui dressait le démon de l'orgueil. Devenu professeur de théologie scolastiqne, il croit découvrir que les théologiens modernes sont en desaccord sur plusieurs points avec les conciles. On le prie d'apporter la plus grande réserve dans la discussion de ces thèses délicates ; il ne tient pas compte de l'avertissement, tranche du rère de l'Église et veut se donner la gloire de réformer la doctrine. On se fâche; Raspail persiste. L'archevêque demande une rétractation immédiate ; le jeune professeur déclare qu'il en sait plus que l'archevêque. 11 refuse nettement obéissance et quitte le séminaire.

Heureusement il n'était point dans les ordres, sans quoi nous l'aurions vu, comme Lamennais, descendre jusqu'à l'a-

f>ostasie. L'histoire des dérèglements de 'esprit humain sera toujours la môme.

Fénclon, vivant de nos jours et se décidant à ne point obéir h Rome, n'eût certes pas manqué de se faire démocrate socialiste.

Nous laissons à nos lecteurs le soin d'apprécier des convictions qui prennent inva-

riablement leur source dans l'orgueil et dans la révolte. Une fois sorti du séminaire, François- Vincent Raspail devient Tennemi le plus acharné du catholicisme. Cette nature fougueuse, exaltée par le sentiment de sa propre valeur, cherche à justifier ses écarts et dresse un autel à la raison sur les ruines de la foi.

Le collège de Carpentras lui offre une place de régent. 11 travaille nuit et jour, passe à la bibliothèque toutes les heures de liberté que lui laissent les leçons de sa clause, dévore les œuvres des encyclopédistes et lie connaissance avec M. de Voltaire.

Mais tout à coup les événements de 1815

i* ettent le trouble aans ces nouvelles études. jCS royalistes n'ont pas oublié le discours prononcé à la cathédrale. On accuse le jeune homme de bonapartisme i. Une troupe furieuse l'assiège dans la maison

1. Si l'on en croit le Dictionnaire historique et biographique du département de Vaueluse, par M. Barjavel, Raspail, aurait composé des couplets très-enthousiastes sur le retour de l'île d'Ëlbe.

paternelle. Raspail se voit contraint de repousser à coups de fusil cette attaque violente, afin d'assurer sa retraite et celle de ses frères. Huit jours après, il arrive à Paris sans ressource aucune.

Son père était mort. Madame Raspail, ruinée par les secousses politiques, avait vendu son établissement culinaire. A peine s'il lui restait de quoi vivre, toutes les dettes payées. Néanmoins, s'imposant un dernier sacrifice, elle réalisa une somme de cent écus et la fit passer à François- Vincent, qui la renvoya courrier par courrier.

«c Je serais, écrivit-il, à la veille de mourir de faim, que je n'accepterais pas un centime de vous, sachant la médiocrité de votre fortune. »

Il adorait sa mère. Son plus grand désespoir, lorsqu'elle vint à mourir, futl'im-

pentras pour tombeau. La famille lui envoya quelques reliques de la défunte. Raspail, — nous tenons le fait d'un de ses amis les plus

intimes, — - coucha dix années eon ti'ves avec les bonnets de nuit de sa i oaîf enfantillage du cœur, touchani pression du souvenir filial, que per a coup sûr ne s^avisera de tourm ridicule.

Pour vivre, François- Vincent < d'abord quelques leçons particul Nous le voyons, dès cette époque, s( à corps perdu dans le républicanis dans la politique militante. VéritabL c'est une déplorable chose que des ho du mérite et de l'incontestable prot celui dont nous écrivons Thistoire s sent à de pareilles phalanges. Leur si en d'autres matières et leur talen trompent le peuple. On ne s'imagii que des cerveaux d'une organisât!

forte puissent se détraquer, parce ont un rouage de moins et un ress< trop. Le rouage absent est celui di commun; le ressort inutile et dan[ est celui de l'orgueil. De 1815 à nous voyons François en lutte perpe avec le besoin. Son âme se remplit greur. Plus il est pauvre, plus il fierté dans ses rapports avec les pers

qui peuvent le tirer d'embarras. Ceci est une nuance de caractère très-noble et très-digne sans doute, mais, chez Ras-

S ail, elle avait des tons outrés. Admis ans une riche famille comme précepteur, il s'imagine, un jour, qu'on lui manque d'égards, fait sa malle au plus vite, et disparaît sans réclamer ce qui lui est dû pour ses honoraires.

II tombe alors sous la coupe des chefs d'institution de Paris et de la banlieue, sin|;uliers industriels qui vendent l'éducation au rabais à la progéniture des bonnetiers. Toujours à la recherche d'hommes intelligents sans ouvrage, ces messieurs leur offrent volontiers le gîte et le pain quotidien, à la condition expresse de surveiller nuit et jour cinquante marmots aussi indisciplinés qu'ignares.

Après sept ou huit ans de cette existence analogue à celle des forçats. Raspail, de misères en misères et d'instituteurs en instituteurs, arrive au collège Stanislas. Ici la position n'est plus la même. Son mérite se fait jour, et Thomme distingué se devine. Tous les élèves qu'il dirigeait alors conservent de son

caractère et de ses talents le plus honorable souvenir. L'un d'eux, M. Vilain XÏV devint ministre des affaires étrangères er Belgique. Sachant que son ancien maître sorti de Doullens, demandait à résider ; Bruxelles, et que le cabinet en exercice lui en refusait Pautorisation , M. Vilain XIV alla dire à ceux qui plus tard devaient être ses collègues :

— J'ai, comme membre du Corps législatif, un domicile inviolable, et, dëi aujourd'hui, je vous déclare que M. Raspailsera mon hôte.

Ceci est tout à la fois à la gloire du maîtn et à celle de Pélève. Pendant ces jours d( détresse, notre professeur avait noué dej relations avec tous les enfants perdus d( la démocratie, déguisés, à cetle époque en libéraux. La Minerve était dans toute sa splendeur. Elle se faisait condamnei régulièrement chaque mois, comme h National, à d'énormes amendes, que

Sayaient les souscriptions enthousiaste} u radicalisme. On offrit à Raspail d'écrire dans la Minerve. Par prudence e pour ne point éveiller les susceptibilités royalistes du collège, il pria qu'on mît se

' HASPAIL. 17

'jorticles sous le couvert de ce fameui Ermite en province, qui poursuivait le gou- ^vernement de ses taquineries mordantes.

[Le froc de l'Ermite cachait, comme on le sait, M. de Jouy. Ce dernier, recevant des félicitations pour ccfrtaines pages exclusivement rédigées par Raspaii, et cédant à un louable instinct d'honnêteté littéraire, nomme tout à coup son collaborateur sans le prévenir. Grand scandale à Stanislas. On si^^ne, le jour même, à notre professeur journaliste un congé en bonne forme. Tout cet éclat sert à le mettre en relief et à lui gagner Taffection des * sommités du parti. Les généraux de PEm- ^bire, les vieux conventionnels qui ont ^poté la mort de Louis XVI, les mécontents de toute sorte transformés en révoutionnaires, Tattirent, le félicitent, Pen- ^fcouragent. 11 est élu carbonaro sans obs- ^Mcle, et ne tarde pas à faire partie d'une éputation expédiée à la Vente suprême.

— Soyez journaliste, lui disaient ses louveaux amis. C'est là votre vocation éelle, ne vous y trompez pas.

Malheureusement, la louange seule ne ifâsait point à substanter lex-profes-

seur du collège Stanislas. Les ieuilles ra dicales puisaient volontiers dans labours d'autrui; mais leur caisse particulier était constamment vide, ou ne s'ouvrai pour personne. Il fallut que François Vincent se mît à la recherche de quelque journaux plus riches. Un certain M. d Férusac lui commande des articles et le paye d'une façon très -généreuse. Raspai croit avoir fait la découverte d'une mi»

du Potose, quand tout à coup il apprew que le journal à la rédaction duquel ili contribué s'imprime sous le patronage di rect du duc d Angoulême. Saisi d'epoo vante, et craignant de passer aux yeux dfl libéraux pour une conscience vendue, i court reporter bien vite les sommes qu'il touchées, et reprendre ceux de ses dm nuscrits qui restent dans les cartons d M. de Férusac. Plus que jamais il setrou^ sans ressource, quand, un matin , il vd entrer dans sa pauvre mansarde, au sixii me étage, un individu fort bien iuis, poi tant le ruban rouge à sa boutonnière.

— Monsieur Raspail ? demande le v siteur en s'incUnant.

— C'est moî, monsieur.

— Je me nomme Kersausie, reprend l^étranger. Ma famille est alliée à celle de la Tour-d'Auvergne. Je suis capitaine au il* hussards, et j'ai quelque fortune. Youftez-vous être mon ami r

— Monsieur...

— La proposition vous semble brus-

3ue; mais soyez assez bon pour m'entenre, dit le capitaine en prenant un siège.

Il y 2^ cinq ans, j'ai fait la guerre d'Espace, une guerre absurde où le bon droit n'était, certes, ni du côté de Ferdinand ni du côté de la France. De retour à Palis, mon maréchal des logis chef i et moi, nous n'avons rien eu de plus pressé que fie nous faire recevoir charbonniers, ôr, depuis ce temps- là, je m'efforce de sonder le caractère des nommes qui s'intitulent républicains; j'ai compris que fort |>eu sont mus par le double mobile de la conviction et de l'honneur. Ce sont pour la plupart des égoïstes , des intrigants et des ambitieux.

— Hélas ! fit Raspail, dans l'esprit du-

i. Ce maréchal des logis chef était M. de Persigny.

SO EÂSPAIL.

3uel ces paroles trouvaient beau 'écho.

— Mais il y en a quelques-uns d' nétes et de sincères. Vous êtes du i bre, et voilà pourquoi je suis venu tendre la main t. C est Dupont (de l'I qui m'a donné votre adresse.

La liaison de ces deux hommes c mença de celte manière originale, ils se connurent, plus Pamitié devint ( eux profonde et durable. Ils avaien mêmes illusions, ils caressaient les m< rêves. Ennemis du catholicisme Vu Fautre et le r^ardant comme un obsi au triomphe des doctrines libres, il décidèrent à l'attaquer sans repos ni tr pensant que le vieil édifice ne résist( pas à leurs efforts, et que la chute de Ts entraînerait nécessairement la chute trône. Us se heurtent tous à ce mur d'ai

1. Kersausie, dit une brochure anonyme, ( en 1832 et attribuée à M. de Lamennais, est 1 blesse d'âme inintelligente, la sincérité dans 1 radoxe et la droiture dans le faux. C'est un rép cain sans tache, doublé de loyauté, de chauvin et d'ignorance.

RÀSPAIL. SI

depuis un siècle, et s'y brisent le crâne lour à tour, sans que cet exemple donne plus de sagesse à leurs émules.

— Je serai Tbomme d'action, disait Eersausie; toi tu seras le réformateur et le prophète. En attendant que la révolution soit mûre, étudie, deviens célèbre dans la science. Tes discours et tes enseignements auront plus de poids.

Ceci ne manquait pas d'une certaine loçque. On s'était concerté, rien de plus simple. Nos deux amis ne se cachaient ni leurs impressions ni leurs goûts. Raspail étant possédé d'un vif amour de l'étude, il fallait que cette passion pût se fondre, en quelque sorte, dans les espérances de l'arenir, et cela nous explique à merveille comment, au milieu des luttes révolutionnaires les plus insensées, l'homme politi- ]ue n'absorba jamais entièrement 1 homne de science. Raspail ne voulut suivre es cours d'aucun professeur. Les premiers notions qu'il avait reçues de l'abbé ilysséric jalonnèrent sa marche pour le enduire à des découvertes réellement proiigieuses dans la chimie, dans la botalique et dans les sciences naturelles. Ker-

sausie ouvrait en vain sa bourse; il n'] puisa jamais, et ne voulut même poiri accepter, à litre de prêt, les sommes nécessaires à Tachât des instruments dont il avait besoin pour ses études.

— Ces instruments, disait-il, je les &briquerai moi-même; et, puisque je cultive la science, elle doit me nourrir.

Il ne tarda pas, en effet, à composermi microscope, et cela par des procéaés d'ojf* tique si intelligents, si dégagés de complication, que ses dépenses, pour le coiistruire, ne s^élevèrent pas au dessus d^ trois francs. Un opticien de la rue do Pont-de-Lodi, M. Deleuil, lui achetai découverte, et les savants purent se pr<h curer à très-bas prix, un instrument qin jusque-là coûtait fort cher. M. Deleuili fait fortune avec les microscopes Raspail*

Depuis longtemps déjà François s'occupait de science, et, dès la fin de Tannée 1824, il avait rédigé pour l'Académie dtt sciences un premier mémoire sur la fof" mation de V embryon végétal et sur Vor-' ganisation de to/^eu7\ Laissons-le parler lui-même.

«c II serait difficile, aujourd'hui, de comrendre, dit-il, le caractère de respect reliieux qui enveloppait rAcadémie des ciences. La critique de la presse n'avait as encore porté son flambeau dans le anctuaire; elle écoutait et ne contrôlait as. Le journalisme reconnaissait son inompétence scientifique; l'essor nouveau [u'il a pris ne date pas de fort loin. Pour Qoi, qui ne connaissais personne, je comparais, dans ma vénération, chaque mémoire de ce corps savant à ces Bénédictins le Saint-Maur qui ne dérogeaient' point 1 la science, et qui accueillaient avec une laterîielle sollicitude tous ceux qui vêlaient à eux. Je ne leur supposais d'autre imbition que celle d'étudier et d'être utile, l'autre rivalité ^ue celle qui existait entre )ucange etMabillon, la rivalité de la moleslie. Je me rappelle encore que je remblais la première fois que, dans la ;our de l'Institut, je me sentis la force l'aborder l'un d'entre eux. C'était feu )esfontaines, professeur de botanique au Auséum. J'avais à le prier de me faciliter a lecture de mon travail dans une séance lebdomadaire de l'Académie.

a -— Quel en est le sujet ? me demandi t-il.

« — De la botanique. (Je n'osai jm prononcer le mot de physiolo{][ie, tantj croyais être peu en état d en avoir fait.)

a — De la botanique? Sont-ce desc pèces nouvelles et exotiques?

« — Non, monsieur, ce sont desoi ganes nouveaux et des analogies nouvelle

« A ces mots, Desfontaines me toun le dos, comme si j'avais proféré une il suite à laquelle il dédaignait de répoc dre 1. »

Quelqu'un prévint Raspail qu'il n'ava besoin de la recommandation ae personi et qu'il suffisait de se faire inscrire. Effe tivement, le mémoire fut lu trois rao après; mais l'Académie n'accorda que ( médiocres encouragements à son auteu Geoffroy Saint-Hilaire fut le seul qui coc prit la portée d'un système physiologiqi aujoura'hui passé à l'état de certitude.

1. Préface du Nouveau système de physiolo*, végétale, pages 8 et 9.

suiTit le jeune homme au sortir de la séance et lui frappa sur l'épaule.

— Courage ! lui dit-il ; vous les devancez de cinquante ans.

Raspail continua de présenter à l'Académie mémoires sur mémoires i, mais dans l'unique but de prendre date. Il ne s'informait pas même de quelle nature étaient les rapports. En 1827, il fonde avec Saiçey, physicien de mérite, une revue intitulée Annales des sciences de Vobservation, Vers la même époque, tous les échos de l'Institut retentissent d'une querelle fameuse, où il intervient pour fournir à Geoffroy Saint-Hilaire des armes contre Cuvier. L illustre ^continuateur de Buffon n'eut pas les honneurs de la lutte.

1. Voici le titre des principaux : Essai sur la classification générale des graminées, — Développement de la fécule dans les organes de la fructification des céréales. — Sur Vanatomie comparée des graminées. — Sur les graisses et les tissv>s adipeux. — Ânatomie microscopique des nerfs, — Sur la structure intime des tissus de nature animale. — Anatomie microscopique des flocons du cfwrion de l'œuf humain, etc., etc.

Ce fut alors que la liaison de Kersausiec de Raspail vint marier, pour ainsi dire chez celui-ci la politique à la science , e en faire deux sœurs qui devaient se prête un mutuel soutien. Voyant M. Barthe»

disser dans le carbonarisme et y fomente aes intrigues en faveur de la branche d'Or léans, Raspail dit à son ami :

— Nous sommes perdus. Il y aura san nul doute une révolution prochaine ; maii elle tournera contre le peuple et contn nous.

— Eh bien, nous la retournerons contn les traîtres I dit le capitaine de hussardi en jelevant les crocs de sa moustache.

Au premier coup de feu qui accueilli la publication des ordonnances, Eersausie les poches bourrées de cartouches, accourut chez Raspail. Ils combattirent côte i côte durant les Trois-Jours, avec un héroïsme que beaucoup d'autres chefs di parti ne prirent pas pour exemple.

Kersausie partit en Vendée avec son ré {jiment et ne tarda pas, si Ton en croit ur article inséré par naspail dans VAmi dx Peuple^ à envoyer à Louis-Philippe sî

démission de capitaine. Indigné de la perfidie du roi citoyen dans les mesures prises pour arriver à la paciiication du pays, il aurait donné à cette démission la formule la plus méprisante. Eersausie, coaccusé de Kaspail en 1833, et son collaborateur dans ie journalisme en 1834, fut condamné Vannée suivante à la déportation. Compris dans l'amnistie, mais ne voulant pas demeurer soùs la surveillance de la haute police, il alla mettre son épée au service des patriotes espagnols. Jusqu'en 1848, il soutmtà l'étranger la cause révolutionnaire, tantôt à Londres, tantôt en Suisse, tantôt à Naples ou à Messine. Après le bombardement de cette dernière ville, on cessa d'avoir de ses nouvelles. Raspail, surpris de ne pas le voir reparaître en France après Février, soupçonna qu'on le retenait dans les cachots de Naples. Il en eut bientôt la certitude et fit donner l'ordre à l'amiral Baudin, par le Gouvernement provisoire, de détacher trois vaisseaux de son escadre afin de sommer la cour de Naples de rendre Kersausie à la liberté.

De retour à Paris et porté comme candidat au commandement de la V^ légion, puis k l'Assemblée constituante, l'ami de Ras-

fil

pail échoua dans ces deux candidaturOiii [^

Nous sommes loin de la révolution (brl Juillet, il faut y revenir. Blessé àTaltaquip^ de la caserne de Babylone, Raspail futrap-r'f

Eorté saijjnant à son domicile. Guéri dear'^ lessure et trouvant Louis-Philippe SDrlt pavois, il versa des larmes de colère. Sa pressentiments ne l'avaient point trompé.

D'habiles escamoteurs s'exerçaient de Ionjjue date à jouer le tour. A peine la République avait-elle montré le boutd^'o-L*.

reille qu'ils la firent disparaître comuM \ une muscade. '

On offre à Raspail le ruban de Juillfl*i jj, il le repousse avec dédain et déploie tout ^J aussitôt à la barbe du pouvoir une ban- L nière d'opposition démocratique. Sarfrtj nommée d'honnête homme et desayantj^, inspire de vives inquiétudes à Louis-Phi' lippe. Ce monarque éminemment corrupteur cherche à {{aj^ner un antagonià aussi dan^jereux. Par ses ordres, on orginise une revue de Tartillerie de la gairde nationale, tout exprès pour opérer une première tentative de séduction sur Raspail, qui faisait partie de ce corps. Sa Majesté citoyenne traverse les rangs, s'arrêta

face de notre héros, et lui adresse slquesmots remplis de bienveillance, rtilleur, suffoqué, ne trouve rien à ondre; mais voyant arriver chez lui, sndemain, un exprès du système, ayant ision de lui proposer une place au din des Plantes, il prend sa revanche la veille et s'écrie :

— Dites à votre maître que je n'accepte a de ceux qui nous ont volé laRépubli-

]l'était de la franchise, mais ce n'était de l'habileté. Raspail, en aucun temps, mita ces conspirateurs émérites qui ent cacher leurs pièses et y amener, à ee de ruses, le haut fi[iDier qu'ils veulent tir. Toujours dupe ae sa loyauté de mauvres, il fut constamment victime des zias de police, auxquelles les républi- 08 ses frères semblaient eux-mêmes indre plaisir à l'exposer. Lors du procès (ministres, une conspiration s'organisa, itre savant, depuis quelques années, it en ménage. U avait déjeunes enfants Doe compagne aimante à laquelle il teit à ne point causer trop d'alarmes. Il I un pretexte pour envoyer sa famille au

petit hameau d'Epinay-sur-Seine, aGn inieuK lui cacher le complot qui se pré^ :

parait. Dans la cour du Louvre, au joui .

fixé, se rassemble toute la compagnie des artilleurs, prête à marcher sur les Tui- „ leries au premier signe. Les hommes du National doivent diriger le coup demain.

— Nous avons besoin d'être soutenus par le peuple, dit le citoyen Bastide. Qui se charge d'aller le soulever?

— Moi! dit Raspail.

On était sûr de la réponse. Il part, et va] donner le mot d'ordre dans les faubourgs»

Quelques heures après, suivi d'une masse d'ouvriers imposante, il revient au Louvre*»

Mais le citoyen Bastide a changé d'avis, et les grilles se ferment au nez du messager révolutionnaire. C'est avec une peine iniinie que Raspail échappe aux sergents de ville attirés par le tumulte, et au peuple qui l'accuse de trahison. Pendant six semaines, il est obligé de se cacher à Épinay, sous le nom de M. François. Jamais depuis cette époque il n'a parlé des républicains du National sans donner les maroues de l'indignation la plus vive et du aernier

mépris. Les patriotes de la Tribune lui paraissant moins suspects dans leurs allules, il consentit à collaborera cette feuille.

On n'oubliait point l'échauffourée du LoQYre. Raspail était surveilléjusque dans tes moindres actes. Au commencement de 1831, il fut cité à comparaître pour délit de presse. Le procureur général puisait les chefs d'accusation dans une lettre publiée, le 18 février, par la Tribune, et où notre artilleur expliquait les motifs qui rengageaient à ne point reprendre son service, en dépit des injonctions réitérées du maréchal Lobau.

Chose singulière ! Louis-Philippe ne désespérait pas de vaincre cette nature epiniatre. Peu de jours après avoir été asngné par le parquet, Raspail tombe du plus haut des nues en recevant une large enveloppe ministérielle, contenant sa nomination de chevalier dans Tordre de la Légion d'honneur. Il croit à une méprise et s'habille pour se rendre au ministère ; mais les garçons de bureau de la chancellerie surviennent, porteurs d'un bouquet splendide. A la suite des garçons de dureau arrivent les dames de la halle; puis

aux dames de la halle succède un troi-j sième cortège, composé des typographi du Moniteur. Plus de doute possible.

C'est bien à lui, Raspail, qu'on donne le ruban rouge. On va le déshonorer, on va^j le perdre en lui offrant celte distinctioi perfide. Il prend un cabriolet, court aa] Moniteur, et s'oppose à l'insertion offi-.

cielle. Le secrétaire de la rédaction le re-< garde d'un air confondu.

— Mais, lui dit-il, ce n'est pas le répo^j blicain qu'on décore; c'est le savant, et le savant mérite la croix.

— Qu'importe, dit Raspail. Je refuse.

— Vous refusez? Miséricorde!

cela ne s'est jamais vu !

— Il faut que j'en réfère au ministre.

— A votre aise. Ma visite est signiQca- ^ tive. Si l'on ne tient pas compte de mon refus, je protesterai dans les journaux.

Le ministère, instruit du scandale qui se prépare, ne veut point retirer Fordon- !

nance, et Casimir Périer s'écrie : '

— Eh bien, cela se verra pour la première fois.

Voilà qui est trop fort! Quel orgueil!

îeptera, je le jure, ou bien il ira pédans un cul de basse-fosse !

nomination officielle a lieu. Raspail bt parole, et proteste dans toutes les

illes radicales. Trois jours après, on

lYoie devant les assises, comme atteint [convaincu d'avoir, par sa lettre de la ^ibune^ excité à la haine et au mépris

gouvernement. Bientôt les débats s entent. L'homme qu'on voulait décorer

veille s'assied au banc des prévenus.

, Jacquinot-Godard, président des as-

E, lui ayant adressé la parole en ces es :

« — Raspail, levez- vous!

« — Président, cria notre héros, est-ce Be, par hasard, nous avons gardé Louishilippe ensemble? >

Le juge reprit, interloqué de cette le- 10 de politesse :

« — Accusé Raspail, levez-vous. »

11 fut condamné à trois mois de prison

; à trois cents francs d'amende. Comme

n'était point obligé de se constituer pri-

sonnier sur l'heure, il sortit de l'audu et alla tranquillement achever un couni chimie, commencé pour les élèves dePl cole de Médecine.

Dès les premiers mois qui suivirent révolution de juillet, Godeiroy Cavaif assisté de Trélat et de Blanqui, foni Société des Amis du Peuple. Raspail accepta la présidence. Il consacra toos soins à préparer Tavénement de cette pi cieuse népublique , escamotée par Bourbons de la oranche cadette, néi dant d'une main les écrits séditieux, l'autre, il distribuait des secours au pie. On le vit organiser des consultai gratuites de tout genre et donner aux vriers malheureux des avocats pour d^ dre leurs intérêts, des médecins pour soigner dans leurs maladies. Il reste a homme étrange, en dépit de lui-méii^ des instincts de charité que la rel'"^ seule inspire. Les principes de son mier maître n'ontpu s'eflacer entièrei de son coeur. Seulement M. Rasj corrigé TÉvançile. Au lieu de dire peuple ce que lui disait le Christ : < Irez, le royaume de mon Père est à v<

Ipe manquerait pas de lui dire, aa be- ■in : « Prenez et mangez, tout le bif- Pek de ce monde tous appartient. > Eniie les deux maximes, il y a la distance de terre au ciel. Dans cette pauvre tête huline les meilleures idées se transforment deviennent parfois des monstres. ExalE Vincent de Paul et privez-le du nnement de la foi, peut-être aurez- Robespierre.

Quelques bulletins provocateurs de la

iété des Amis du Peuple furent saisis ir la police. Un ordre de la rue de Jéru- ' îm envoya visiter le domicile du prési-

it. Sous le poids d'une nouvelle accu- Son de tendance à changer le système

>li, Raspail fut appréhendé au corps.

l'envoya au dépôt de la salle Saintin, puis à Sainte-Pélagie.

^ Nous devons à cette première captivité Éi Lettres sur les prisons, diatribe fou- Ibeuse où il accuse d'ignominie sur toute i^lîgne le système pénitentiaire, et où il lend occasion de développer une foule k paradoxes, notamment au sujet du malige des prêtres. C'était là, — soit dit Ihi8 intention méchante, — un des points

de discipline sur lesquels M. Raspail trouvait jadis en désaccord avec son arci Téque. Ah! la question de la conlineD< Si le séminariste d'Avignon eût toujoi conservé les scrupules dont parle Conciliateur de Vaucluse^ il est probal qu'il serait aujourd'hui l'un de nos p très les plus chastes, et que le calholicis aurait un ennemi de moins. Preni avant et après Luther, tous les ennei de la foi romaine, ils ont trébuché d'ab contre cette pierre d'achoppement.

Raspail a trop de franchise pour le ni

Toutes les fois que la politique Tenti nait au fond d'un gouCTre, la science ramenait à la surface et lui tendait i planche de salut. Nous le voyons écrii Sainte -Pélagie son Cours élémenta d* agriculture \ la vente de ce livre mit terme à la détresse de sa femme et de enfants, restés au hameau d'Epinay.

Lorsque les indigènes de ce pays un ] sauvage connurent le véritable nom M. François et le motif de l'emprisou ment, ils firent essuyer à sa malheure famille des affronts ae tout genre. Un lageoià brutal, adjoint de la commune,

R ASP AIL. 37

nait à ses enfants de poursuivre ceux Elaspail à coups de pierre. Benjamin, lé oes fils du savant, reçut au genou blessure dont les résultats, quelques ées plus tard, amenèrent l'amputation a jaoïbe.

[ne ordonnance de non-lieu renvoya de ote-Pélagie le président de la Société Amis du Peuple, après trois mois et ni de prison préventive. Il eut soin de nettre en mesure avec le registre d'é- D et de purger, pendant cet intervalle, condamnation précédente. Quelques rs de calme succédèrent pour notre intà ces premiers orages. Confiné dans «traite cnampètre, il rédigea ce travail nense sur la Chimie organique ^ , où rononce le fiât lux au milieu du chaos ringt systèmes, et révèle un talent d'obration si judicieux et si vainqueur.

irquoi n'est-il point resté en compae de la science et de Tétude, mal- I6es fidèles qui ne trompent jamais?

Trois énormes volumes (édition compacte) de cents pages chacun, publiés en 1833, chez Bail- I, rae de l'École de Médecine.

Nous n'aurions pas le chagrin de i des restrictions a nos éloges et de c gner ici des faits déplorables. Lh suivante, en juin, ce mois double hideux dans nos fastes révolu tionn on put voir, sur la route d'Epinay à 1 les gendarmes traîner deux nommes mains desquels on avait rivé des chî L'un de ces hommes était un forçj rupture de ban, Tautre était François pail. Il s'attendait à être fusillé sans ment. Par bonheur, la cour suprèmi l'énergie de casser le décret de mis état de siège et de restreindre les me violentes.

La Société des Amis du Peuple n tait plus ; celle des Droits de l'Honm succéda. Raspail, à peine dégagé de$ du iuste-milieu, prit part aux manœi de l'association nouvelle, et se fit re( ger dans les cachots. Napoléon Le plus coupable que lui, resta libre.

s'expliqua jamais pourquoi.

— Mon cher, dit Kersausie à Ras tu passeras ta vie dans les prisons ; il changer de système. Les nommes q troavent le plus en relief sont touj

8 dans la ba{][arre et payent pour les res. Je t'apporte cent mille francs, '^ons un journal, combattons avec la me.

Lu bout de huit jours, le premier nuro du Réformateur s'imprime, et la Tre avec le {gouvernement continue sur autre terrain. Devenu publiciste, Ras- I a contre lui non-seulement les feuilles listérielles, mais encore tous les jour- IX prétendus démocratiques, dont il oile, dans son exposé de principes, les jiversations ou les sympathies occultes, ccuse, par exemple, M. Cauchois-Leire, rédacteur en chef du Bon Sens^ de esser tout à la fois le menton de la Réplique et le dos voûté du Système.

ichois-Lemaire s'emporte en injures.

— Permettez, dit le Réformateur y les •s mots ne prouvent rien. Êtes- vous ir ellel êtes-vous pour lui?

)eux témoins apportent à Raspail une ivocation en rè[;le.

— Fort bien, dit-il, je me battrai, si Cauchois-Lemaire est mon ennemi;

DO, non.

— Je suis votre ennemi politique 1 s'i crie le Bon Sens poussé au pied du mu

— A la bonne heure, dit Raspail, faut s'entendre. Maintenant, coupons-noi la gorge ou cassons-nous la tête. Voi ayez le choix des armes.

Le Réformateur, assez habile au ti traversa d'une balle la cravate àu.Bi Sens, effleurant du même coup répidern de M. Cauchois-Leraaire, qui en fut quii pour une assez jolie transe. Il ne cares plus le menton de la République, et le i citoyen le nomma secrétaire aux archiv<

Raspail a toujours été pour les situ tions nettes. M. Guizot, voyant le Nouvel système de chimie organique obtei l'approbation des corps savants, fit ofiTi à Raspail l'appui du ministère pour pr pager son œuvre, s'il voulait renoncei tout acte politique hostile, et demeui uniquement dans la <;arnère de la scienc si belle à parcourir pour lui. Raspail i fusa. Le chef de la doctrine devait s'y i tendre. Sa démarche était d'une imps donnable maladresse. A cette malheurei époque, le génie de la corruption jet

partout et sans cesse messieurs les ministres en dehors du sens moral. N'en déplaise à M. Guizot, il fallait appuyer quand même un livre utile à la science. Chercher le républicain derrière le chimiste, dicter au premier des lois ayant de se décider à rendre justice au second, n'était-ce pas le moyen le plus sûr de blesser à la fois chez Raspail rnonnéteté du cœur et de surex- ,ciler son orjjueil? « On me craint, se sera- >il dit : donc je suis en politique un .homme d'importance. Le mérite intrinsèque d'une œuYrene leur suffit pas; il faut Su'elle soit écrite par un de leurs valets, doncl »

Indigné du refus de l'auteur, et sachant que r Académie se préparait à lui décerner, pour son livre, le prix Montyon, M. Guizot réussit, par intri^jue et par menace, à intimider les votes.

— Je vous défends, dit-il aux académiciens, de grossir la caisse de l'émeute!

Pour mieux les décider à l'obéissance, il fait au plus vite arrêter Raspail, sous prétexte d une conspiration qui aurait eu Oeu dans l'amphithéâtre de la rue des

Fossés-Saint-Jacques. On n'osa point cou- ; ronner un homme enfermé dans les ca- \ chois politiques. Le jury prononça plus; tard un acquittement; mais le prix était :

donné. M. Guizot n'empêcha pas le Noih veau système* de chimie organique de se traduire en anglais, en allemand et en italien; mais il jeta l'auteur du livre à tout jamais dans le parti de la révolte. Celui qu'un simple encouragement eût peutêtre attache sans réserve au domaine de la science perdit les plus riches années de sa carrière à fomenter l'émeute.

Jaloux de voir Raspail prendre sam cesse l'initiative, quand il s'agissait de quelque mesure violente, Marrast voulut un jour courir sur ses brisées. C'était en 1834. Les sommités démocratiques venaient d'être convoquées à l'effet de rédiger une protestation contre des lois mortelles à la liberté de la presse.

— Ne protestons pas! s'écrie Marrast; faisons à l'heure même un appel aux armes!

— Eh î mais, cher ami, dit Raspail, je ne te croyais pas tant de courage. Ëravo I je suis entièrement de ton avis.

RASPÀU.. 43

S'approchant alors de La Fayette, — car, nous devons Tavouer, cette réunion républicaine avait lieu chez le célèbre défenseur de la liberté des deux mondes, — Raspail ajouta :

— Général, vous êtes de droit notre chef. Montez à cheval. Il ne vous reste que peu de jours à vivre; mourez glorieuaement, s^il le faut!

— Monsieur Raspail, lui dit tout bas La Fayette en se penchant à son oreille, je De vous prendrai pas pour mon médecin.

Cependant il fut convenu que le parti de la résistance était le meilleur et qu'on dirigerait l'émeute. Rendez-vous est donné pour le lendemain. Raspail et Kersausie arrivent à TheureCxée chez le vieux général. La Fayette était parti, la veille au soir, pour son château de la Grange.

— Courons chez Marrast, alors I

Marrast avait jugé convenable d'aller respirer Tair des champs. Il possédait une campagne à Montmorency, et par distraction sans doute, il s'y était rendu dès le point du jour.

Nous arrivons aux affaires d'avril, qui

eurent sur la destinée de l'ami de Raspail une si triste influence. L'ex-capitaine au 4^ hussards fut arrêté au moment où il passait en revue la Société des Droits de l'Homme, échelonnée par {groupes de la porte Saint-Martin à la Bastille. Tous les détails qui vont suivre sont aujourd'hui du domaine de Thistoire, nous les raconterons sans commentaires. Le gouvernement se trouva dans un embarras extrême, lorsqu'il vit les prévenus d'avril récuser leurs juges. Ne sacnant par quelle voie sortir de ce cercle vicieux, il prit le parti de favoriser une évasion et de les laisser passera Londres. Averti de ce projet de fuite, Raspail le blâma sévèrement. Il représenta, mais en vain, qu'on allait placer les accusés de Lyon dans une situation plus dangereuse.

On refusa de le croire, et les prisonniers s'évadèrent. Quelques-uns seulement voulurent garder leurs chaînes. Kersausie et Caussiaière étaient du nombre. Raspail se chargea de les défendre.

Dans une réunion des défenseurs, Carrel, apercevant Berryer, le salua d'une façon très-cordiale. Un échange de paroles flatteuses s'établit entre le royaliste fidèle et le républicain par excellence.

— - Messieurs, leur cria Raspail sur un Ion fort brusque, vous n'êtes point ici pour TOUS faire des compliments !

Il détestait, comme nous Tavons déjà dit, les hommes du National, Une histoire toute récente avait encore accru sa haine. Dans Tune de ces émeutes où Ton engagea si souvent, lors des premières années du règne de Louis-Philippe , les masses populaires , Raspail , voyant les sections manquer de chefs, courut à la recherche de ceux qu'on avait désignépour se mettre à leur tête. C'étaient précisément les rédacteurs du journal cite plus haut. Après deux heures de perquisitions inutiles, il les trouve réunis tous ensemhle au café Riche, fumant et buvant du Champagne.

— Tiens, c'est toi!... iu arrives bien!

Nous venons justement de te nommer préfet de police, lui dirent les buveurs.

— Ah ! vous venez de me nommer préfet de police? Vous avez eu raison. Demain, si le peuple est vainqueur, vous aurez affaire à moi ! cria Raspail, qui sortit furieux, après avoir repoussé les mains qu'on lui tendait.

— Bon démocrate! dirent ces messieurs, éclatant de rire et remplissan leurs verres; mais quel ours mal léché 1

Cependant le procès d'avril, grâce au:

comptes-rendus passionnés de Raspail donnait au Réformateur beaucoup dere tentissement. Le pouvoir, comme biei on se rimagine, voyait ce journal de très mauvais œil. M. Thiers, que Raspail a?ai eu l'indélicatesse de traiter Appétit min rable, jura de supprimer par' tous le moyens possibles cette feuille anarchiuui La machine infernale de Fieschi éclat sur le boulevard du Temple. On arrêt tous les individus suspects de républica nisme. Armand Carrel lui-même n'ei point épargné. Raspail, qui vient de par tir pour Nantes, où Tattend un banqu( de patriotes, réunis dans le but d'inaugv rer un journal de la nuance du Réfof mateuVy arrive juste dans cette ville poD apprendre que l'ordre est donné de le n mener de brigade en brigade. Le télégra

graphe ne lui laisse pas méiîie le teni| e se mettre à table. Certes, il n'éta f)oint complice de l'attentat ; mais on pn itait de l'occasion pour anéantir les joui naux dont les doctrmes pouvaient ameni

Je retour de pareilles horreurs. Le nom-

rj>re des assassins politiques ne fut jamais

ilu8 grand qu'à cette époque ; il est bon

le rappeler à la honte du parti qui les

liEiît naître, et qui autorise en quelque

^sorte les rancunes, les représailles , les

1res impitoyables.

Arrivé malade à Paris, Raspail souffrait ^keaucoup entre les murs étroits et mal- [ sains de sa prison. Le docteur Fabre, ^ancien condisciple de M. Thiers, crut de- LToir, à Tinsu du captif, demander sa transrbition dans une maison de santé.

— Pour qu'il puisse fournir plus aiséent de la copie à son journal ? non, docteur, non ! repondit M. Thiers.

Et tout aussitôt le ministre signe un ordre, en vertu duquel Raspail est envoyé, le soir même, dans une chambre delà Force, en compagnie de Lacenaire et de trois autres meurtriers attendus à la barrière Saint-Jacques. La chambre a\ait "nq lits; notre malheureux savant occuu^ipait le cinquième. On avait Tintention >f positive de l'exaspérer, pour lui faire commettre quelque acte d'msolenceoude 51 révolte, et le retenir prisonnier jusqu'à la

mort du Réformateur. Il donna dans le piège. Des gendarmes viennent le prendre pour le conduire devant le juge d'instruction. Pendant trois mortelles heures on le laisse faire antichambre dans uni pièce humide et sombre. Enfin, une son nette résonne. On introduit le prisoii nier.

— Monsieur , lui demanda le juge ei abrupto, si votre parti avait le dessus que feriez-vous?

— Je commencerais, monsieur, pa vous envoyer à Charenton, vous et les v^ très, répondit Raspail. Quelques douche à la glace , et vous crieriez ensuite ph fort que nous : Vive la République 1

On attendait une riposte de ce genn Elle est consignée au procès-verbal. Moii d'une semaine après, intervient une ser tence qui inflige à Raspail trois ans c prison pour insulte au juge. Notre cot damné s'adresse à la cour d'appel.

casse la sentence; mais, en attendant, a eu huit mois de captivité préventive de mise au secret. Le cautionnement i Réformateur a payé les amendes du pn ces d'avril, et le journal a rendu le de

LifOe. Pas n'est besoin de dire qoe e de son rédacteur en chef était te.

de prison, Raspail alla cacher sa dans une pauvre maison de Montn^accepta de secours de personne, it ses travaux de savant, qu'il n'aulais dû quitter, hélas 1 pour jeter ins au vent orageux de la politiacheva son livre de la Physiologie e, œuvre si pleine d'horifcons nouet dont les puissaB^à^écôuvertes rainé forcément PÂMi^lhé^ dtt de la routine. Cë''Rtrè,\]^rèàSqÉe ohimineux que la ChîMiebrpafiid publié chez Baillière étt 1837.

en a donné un exemplaire à sa itale, avec ces mots écrits de sa u frontispice : A la bibliothèque y entras^ mon premier jardin, me,

*ait trop long de citer dans cette lolice tous les ouvrages de l'illusmt. Nous renvoyons le lecteur au laire de M. Barjavel. Mentionnons înt le fameux mémoire rédigé 3rfila, au sujet de l'empoisonne-

ment par Tarsenic. On sait que ce mémoire , en 184'0, appuya la défense de{ Marie Capelle. L'auteur affirmait que!

dans le fauteuil du président des assises il trouverait autant d'arsenic qu'Orfilaeo avait trouvé dans le corps de Lafarge.

Raspail ne voulut jamais contracter une seule dette ni demander la moindre avance à Téditeur qui publiait ses ouTrs*

Ses. A Montrou^je, quinze mois durant, vécut avec des pommes de terre, sa* jamais se plaindre, renvoyant les panieri de vin qu on lui apportait quelquefois à la part de ses amis, et buvant de l'eat

I)ure. Il tenait son dernier fils encore t a mamelle, pendant que sa femme ts quait aux soins du ménag[e. Ces mauvfi jours ne lui enlevèrent m le goût du trt vail ni la gaieté. Sa philosophie excitt Pétonnement de ceux qui lui rendaiei visite.

— Ici-bas, leur disait Raspail, il fai accepter la vie comme un devoir , on e toujours satisfait. Quand on la près comme un plaisir, on n'y trouve qued mécomptes.

Au lieu de faire de la politique actif

[ nous semble que Raspail, dans les loiîrs que lui laissait la science, eût été plus âge de composer un recueil de maximes, ians le genre de celle qui précède, pour enseignement et la moralisation des lasses souffrantes.

La blessure au genou, résultat du coup le pierre que son nls Benjamin avait reçu o nameaii d'Epinay, se ferma quelque Bmps d'abord, mais en laissant aux répons de la rotule une tumeur que rien le put résoudre et qui dégénéra bientôt I cancer. Un soir, tout Montrouge fut en mieversement. On venait d'apprendre |oe rhomme à peine remarqué sous ' nom de M. François était le célèbre limiste Raspail. Une foule d'équipages itionnaient à sa porte. De ces équipages

El avait vu descendre Lisfranc, Blandm, hierry, Breschet , Pinel Grandchamp, icord, tous les princes de la chirurgie de la médecine. Ils s'étaient rassemblés 'eux-mêmes en consultation , voulant inner à leur illustre émule dans la ïience une preuve d'éclatante sympathie, e mal était sans remède.* Il fallut procé- 1er à Tamputation. Benjamin demanda |iie son père lui tint la jambe. Ce fut un

5S ftASPAIL.

moment terrible. Voyant le scalpel tendre les chairs, entendant la scie crier sur les os, Raspail eut assez de force pour vaincre la nature et pour encourager son fils de la voix et du regard; mais, Topération faite, on le vit tomber à la renverse sur le carreau. Près d'une heure , il fot sans connaissance. La jambe coupée pCH sait soixante livres , tant l'enflure étd énorme.

Eersausie, expatrié, brava le péril tfoB retour en France pour venir consoler son ami dans cette grande douleur. Il resti toute une semaine à Montrouge, sansqofl la police en sût rien. Plusieurs fois cei voyages dangereux se renouvelèrent. limais Raspail et l'ancien capitaine de hos^ sards n'entretenaient de correspondance A une heure du matin, nar une nui sombre, Eersausie arrivait ae Londres o d'Allemagne, frappait à la porte d'un certaine manière, et le savant, révedln venait ouvrir. On s'embrassait, on passa ensemble quelques jours; puis l'exilé n prenait le chemin de la frontière.

En 1839, Raspail lui dédia son livre ii titulé la Pologne sur les bords de i

BASPAIL. 53

^isPulCy avec cette épigraphe empruntée la Psalmiste : Super flumina Babylonis^ Uic sedimiLS et flevimus dùm recorda- ^emur Sion: « Assis au bord des fleuves le Babylone, nous versons des pleurs au ouvenir de Sion • Tout sentiment amical il tout regret politique à part, nous trouions que ceci est un abus de TEcriture ointe.

De 1836 à 184^9, le savant n'eut plus à Kibir aucune détention politique. On profita seulement, vers 1842, de la plainte ^un aimable huissier, q^ui avait voulu saiirir dans des conditions illégales les meures de Raspail, pour ne pas laisser perdre 4oQt à fait à celui-ci le souvenir des verious. Il avait menacé d'un pistolet Thomme iitn vacations.

— Il est certain, dit-il au tribunal, aue l'eusse mieux fait de lui brûler la cervelle.

paraîtrais devant le jury, qui m'acquitirait, tandis que vous allez me condamler, messieurs, très-probablement.

Cela ne manqua point. On lui donna jnx mois de Sainte-Pélagie.

^ Le grand chimiste s'exerçait alors à d' uti-

les et curieuses recherches sur Toriginedes maladies et sur la cause du dérangement des organes. II affirme que ce dérangement est presque toujours produit par la présence de corps étrangers, sans toutefois exclure Tinfluence des causes morales. De là ses préceptes d'hygiène, sa thérapeutique et tout un système médical au grand complet. Il prouve, dans son Histoire naturelle de la santé et de la onaladiej que les remèdes inscrits dans le codex se divisent en cinq ordres princi-

Î)aux, tous succédanés de ses médicaments àvoris, auxquels, du reste, il ne donne la préférence qu'en raison de leur prix modique et dans l'intérêt des classes pauvres.

Un des points essentiels de son système médical est l'exclusion de tous les éléments non assimilables au corps humain, du mercure, par exemple, et des poisons, qui ne guérissent d'une maladie que pour en faire naître quelque autre plus dangereuse. Son Manuel, résumé succinct du grand ouvrage cité tout à l'heure et mis au niveau des intelligences les plus vulgaires, devient aujourd'hui pour les ouvriers une sorte de vade mecwm. Il sera beaucoup pardonné à François-Vincent

Baspail, parce qu'il a fait à la bourse des inédecins un peu de tort et beaucoup de bien à la santé du peuple. Nous parions ; exclusivement de la santé physique.

On ne s^attend pas à nous voir ici donner place aux nombreux démêlés du chi- Sistc avec une foule d'industriels qui, à

iverses époques, prirent ou obtinrent le

"oit d'appliquer sa méthode.

Aujourd'hui la lumière est faite sur

toutes ces discussions. M. Colas, pharma-

ien de la rue Dauphine, a ga^né deux ou

>is cent mille francs , et Raspail s'est

[féservé pour unique bénéfice le droit de

irnir gratuitement les remèdes nécessai-

aux malades pauvres qui venaient le

msulter chez«liii. Quant au sieur Morel,

[de la rue des Lombards, son traité fut

rompu grâce à des préparations mauvaises

à son peu d'exactitude à remplir ses

igagements. Une association nouvelle,

)rméeavecle docteur Cottereau, ne tarda

a amener des poursuites comme exer-

[cice illégal de la médecine.

Les juges manifestèrent leur surprise devoir que Raspail s'obstinaità ne prendre

aucun diplôme. C'est un des entètementir du chimiste.

Par malheur, il en ad^autres que celai" là. Depuis le séminaire d'Avignon, si la bonté joue un grand rôle dans sa vie, l'orgueil et le sentiment de la révolte contre tout ce qui s'impose n'en jouent pas un moindre. Jamais, du reste, il ne prit une obole pour ses consultations. Un joui chez Morel, il courut après une dame qui avait déposé vingt francs sur la cheminée.

Il lui rendit la pièce d'or en lui disant:

— Donnez cela, madame, à quelque pauvre malade, afin qu'il puisse achetei des remèdes et du bouillon.

Ses enfants lui répétaient sans cesse :

-^ Tu nous ruines. Fais donc un peu mieux tes affaires.

Le chimiste leur promettait d'être économe, et leur laissait le gouvernement de la caisse; puis, au bout de quelque temps, on apprenait qu'il faisait des dettes. Ras-

f)ail empruntait à ses amis pour secourir es malheureux.

Février sonne à la folle horloge des révolutions. Notre chimiste, emporté de

RASPJUL. 57

uveau sur la montagne par un diable mocrate, écoute les promesses pompeu- ( de cet ange cornu, et s'imagine que monde appartient désormais à sa chère publique. Lisez le premier article de mi du Peuple. En voici un passage :

K Le progrès marche à pas de géant et nehit les distances sur les ailes de Tétricité. Le télégraphe tourne à gauche, st nous dire que la liberté arrive à jxellcs; il tourne à droite, c'est pour us dire qu'elle est à Londres ou à Berlin.

s quarts d'heure sont des siècles. Cette publique,, qui n'était pas possible en m ce, la voyez- vous déjà? Elle couvre urope! Vive la République européenne!

ns un an, vive la République univerlel

Pauvre savant 1 retourne à la thérapeuue et à tes expériences. Là-bas tu raianes, et l'on peut te croire; ici tu divaes, et nous ne voulons rien entendre, ais il a sa marotte en main. Qu'y faire?

— La duchesse d'Orléans, lui dit-on, ) pas quitté Paris; elle est encore aux valides.

Voilà Raspail en transe. Il court sur ia

place de THôtel-de- Ville, encombré< peuple. On le reconnaît, on racclame

— Citoyens, dit-il^ oui ou non, vou vous la République!

— Oui ! oui ! crie la multitude (qu ou dix-huit cents hommes, tout au p qui se permettaient là de répondre au i de la France).

— Eh bien, dit Raspail, exigez qi en finissent à l'instant même, sans plu retard. Me don nez- vous mission d'à leur porter des ordres?

— Oui! oui!

Notre homme entre à l'Hôtel de Vi et monte à la salle où se tiennent les ] visoires.

— Tiens, voilà Monsieur Raspail permet de crier le petit Louis Blanc d' voix goguenarde. Qu'en ferons-no ( Camphrons-nous ! )

Ce joli calembour fit partir d'un i de rire olympien les demi-dieux qui naient alors le fil de nos destinées.

— Au nom du peuple, leur dit Ras en colère, je vous somme de proclame

^publique! Dans une heure, si vous n'oissez pas, le peuple et moi nous vien- Dns ici chercher la réponse.

[Is tremblèrent, oui, vraiment. Lamare se mit aux fenêtres, et vous savez reste. A six heures du soir, la mère du Dte de Paris quittait les Invalides. Sa ironne de récente était brisée. Pendant is mois V Ami du Peuple donna, comme dit vulgairement, du fil à retordre a »seigneursde l'Hôtel de Ville. Président club de la salie Montesquieu, Raspail ommentait les articles de sa feuille viote. Il faisait un cours d'éducation poliue à l'usage du peuple. Cela dura jusau 15 mai, jour funeste à la Pologne, ce que l'émeute eut la fourberie de lui prunter son manteau. Raspail (on Tafne) croyait sincèrement à Ja pétition.

*squ'il vit les anarchistes envahir la imbre, lorsqu'il entendit M. Hubert ûter ses gentillesses, il prononça les ts que voici, chacun peut les expliquer (itne il Tentendra :

— C'est un tour de Marrast Bien

60 RASPA1L.

Seulement il eut le tort grave d'ajouter quelques minutes plus tard :

a — Au fait, allons à l'Hôtel de Ville. »

Cette simple phrase, entendue par M. Achille Point, qui donnait le bras au chimiste en quittant T Assemblée, lit condamner Raspail à la cour de Bourges.

Retenu d'abord au donjon de Yincennes, il fut ensuite transféré à Doullens. A 1* mort de sa femme on le rendit libre. H habita la Belgique depuis cette époqae et il en est revenu, comme on le sait,

Jiour se porter candidat aux demièftf lections.

Dans ce volume, comme dans tous li autres, nous avons dit la vérité, sansrfi trictions, sans détour. Le point essenti pour le lecteur, est de se tenir en gari contre le prestige qui entoure nécessairti ment un homme de Tespèce de RaspaiL On peut être bon, sincère honnête, ' marcher dans une route périlleuse soi-môme, coupable quand on y ent les autres. A dater du jour où le prii religieux s'efface dans un noble cœur,

y a plus nécessairement ni résignation, patience, ni espoir en la vie future. On nve, par une lojjique fatale, à réclamer mime un droit pour tous le bien-être de vie présente.

a Si la société, vous dit-on, ne donne is ce bien-être, il faut la démolir; si les Kivernenients sont un obstacle aux rérnies, que les gouvernements tombent.»

Voilà bien, en deux mots, la doctrine î nos apôtres modernes. Essayez de leur ire comprendre que les destinées de lonime sont en dehors des jouissances atérielles et des appétits du ventre; •ouvez-leur que Dieu n'a pu laisser, iciis, le mal et la souffrance qu'en raison une première faute, dont le châtiment

poursuit d'âge en âge; insinuez-leur le l'arrêt du ciel aura nécessairement isqu'à la fin son exécution, quoi qu'ils sscnt; dites-leur qu'il est aussi impossie de supprimer les passions et la misère lie de supprimer la mort, ces grands tiilosophes liaussent les épaules et s'obsnent quand même i nous réinstaller en

plein Éden, malgré Tangieau glaive de qui en a chassé nos premiers pères et qu garde le seuil. Ils n entendent ni argua tations, ni remontrances, ni conseils, volonté de Dieu, son pouvoir, ses on suprêmes, que leur importe? Ils i poursuivent pas moins leurs folles tei tives, frappant à droite, frappant a gau( renversant tout, et marchant, quoi q en coûte, à l'application de leurs théo sociales. Arrive le jour où ils sont à l'œi au milieu des ruines qu'ils ont faites. V croyez que leurs plans sont arrêtée qu'ils vont bâtir? On 1 que non pas 1 premier soin de ces aimables architei est de se battre entre eux. Pour la dér lition, rien de plus simple, ils étai d'accord; mais pour élever un autre i lice, ils font preuve d^incapacité noto On n'en trouve pas un qui sache mai la truelle, et nous couchons à la b étoile, en attendant que la ms^ison se lève.

Bref, ou est forcé de chasser à coups fouet tous ces maçons absurdes. Leur i tème de liberté n'engendre que le des tisme. Avec la prétention de retranc

monde la mUère, ils ne l'ont que oitre et la rendre plus cruelle,

ce cas, direz-vous, ils comprennent iollise el se frnppent la poitrine dans ces de repentir. Ah ! miséricorde I e contraire arrive! Quand un autre Yé les ruines, ils reprenrient le hiar-

clierchenl à démolir encore, etpro- ^nlseutcnient découper la lËleàeeux ni eu l'audace de se mettre en traie leurs projets de destruction, de

principes d'opprobre. Ceci ne veut lire que Rospail soit nu nombre de partisans de la guillotine; mais re venue d'une sieconde épreuve, il : dans l'oblifialion de les laisser faire, peine de les voir essayer sur son proou si la hache fonctionne bien. Oh!

oire des discordes politiques, des at- 'S criminelles, des répressions bar- , des entétemenis absurdes, des , des vengeances et des haines, qu'on en délivre, bon Dieul Tristes crêa-

que nous sommes, nous dont la e est si près ûu berceau, nous qui i si peu de jours à consacrer ou trana affections de famille, aux suintes

joies du foyer; nous qui, dans ce o pèlerinage, trouvons déjà sur le che tant d'épines et tant d'ornières, poun rendre ces épines plus aiguës , p( quoi creuser l'ornière jusqu à la prol (leur des abîmes?

632 — Paris.— Impr. H. Canon, r. Bonaparte,

GATÀtioeui:

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