VIEUX-CANON , MICHAUD , GEORGETTE
dans le fond, occupée à dresser une table.
MICHAUD
Je voudrais vous dire un mot , mon sergent»
VIEUX-CANON
Qu'est-c' que vous voulez , mon vieux ?
MICHAUD
Il vous est échappé tout-à-l'heure une parole que je n'ai pas laissé tomber par terre.
( 21 ) VIEUX-CANON
Au sujet de qui ? de quoi ?
M1CHAUD
Au sujet de ce petit tambour.
VIEUX-CANON
Ah! ah!., de l'Eveillé ?.. de mon petit Rataplan ?
MICHAUD
Tout justement.
Air : Vaud. des Amazones.
Ce Rataplan est votre fils ,
Et vous n'êt' pas , dit-on , son père.
Faut pourtant qu' vous soyez son père ,
S'il est vrai qu'il soit votre fils ;
Car si vous n'êtes pas son père ,
Il ne n1 peut pas être votre fils ;
Mais ce fils doit avoir un père ,
De quel père est-il donc le fils ? ( bis.)
VIEUX-CANON
Ma foi, mon vieux. . . je serais bien embarrassé de vous Y dire. . . C'est une trouvaille que j'ai faite , il y a. . .oh! oui ! ... il y a douze , treize , quatorze ans.
MICHAUD
Une trouvaille !
En Allemagne.
En Allemagne.
VIEUX-CANON
MICHAUD
VIEUX-CANON
Oui , c'était au siège d'Ebreinbreichteim.
MICHAUD
Au siège des Brinbrèche . . . Racontez-moi donc ça, monsieur d' Vieux-Canon. Oh! si vous saviez. . .Non, vous ne savez pas. . .Si vous pouviez savoir. . . Yous dites que c'est au siège de...
VIEUX-CANON
Parbleu! je m'en souviens. . . comme si c'était d'hier. . . Nous étions les assiégés. La nuit était superbe. Partout un silence... qu'interrompaient de temps en temps les cris des
vedettes : Sentinelle , prenez garde à vous... A trois heures du matin , on entend la générale. — On court aux armes. — Trois coups de canon partis de la ligne des assiégeans deviennent le signal de l'attaque; — Malheureusement nous étions en trop petit nomhre. — - On bat la charge...
AlR du Carillon de Dunkerque,
Piano. D'ici je vois encore ,
Au lever de l'aurore , L'enn'mi de toutes parts Escalader les remparts.
Plus fort. Plein d'une ardeur guerrière, Un jeune militaire Frapp' de taille et d'estoc ; Mais il tmnbe au premier choc.
Tout-à-coup une femme , Bravant F fer et la flamme , ( Un enfant dans ses bras ) , Précipit' vers lui ses pas.
Comm ' rien ne l'en détache , D'entre ses mains j'arrache Ce pauv' p'tit innocent Qui sourit en me r'gardan t.
A moins d'être statue , Qui n'aurait l'âme émue ?
J'éprouve un doux tic tac ,
Et crac !...
Je F mets dans mon sac !
Nous battons en retraite ,
Mais j' défends ma conquête , Plus fier de mon fardeau Qu' si j'enl 'vais un drapeau !
En lui sauvant la vie,
Je m' dis : « O ma patrie !
» C't enfant, p't-ètre, à son tour ,
» Pourra te défendre un jour. »
MICHA VD , ému.
Ah! mon sergent ! (Il le presse}
* VIEUX-CANON
Eh bien ? quoi donc ?. . . qu'est-ce qui vous -prend f
MICHAUD , transporté.
La joie. . . le plaisir. . . Ah ! Marcelline ! . . ( A Vieux- Canon.) Dites-moi , quand vous avez sauvé ce pauvr' petit diable, il n'avait sur lui aucun papier... aucune chose qui
VIEUX-CANON
Vraiment si. . . Il avait à son cou un médaillon. . . une figure . . . des cheveux ... un tas d' brinborions d'or . . . parbleu! tout ça est encore là. . . dans mon sac. . .
MICHAUD
O Dieu! . . si c'était lui !
VIEUX-CANON
Qui , lui ?. . .
MICHAUD
Mon cher monsieur d' Vieux-Canon !.. je n' dis pas . . . je n' dis pas. . . mais si on réclamait un jour c't enfant. . . si sa mère...
Sa mère. . . c'est impossible !
MICHAUD
Gomment ?
VIEUX-CANON
Impossible, vous dis-je ? quelle apparence qu'elle ait échappé....
MICHAUD
Mais enfin, si cela était ... lui rendriez-vous son fils?
VIEUX-CANON , réfléchissant.
Bon-homme... vous m'en demandez beaucoup là ï
MICHAUD
Oui , mais apprenez... Oh! c'est sûr ! d'après tout ce que vous m'avez dit... Apprenez que c' le mère existe
VIEUX-CANON
Que dites-vous ? quoi ?.. mon petit sarpejeu retrouverait (// appelle. ) L'Eveillé ! L'Eveillé !
MICHAUD , l'arrêtant.
Doucement! ne brusquons rien... une femme n'est pas un homme... une mère surtout, c'est sensible comme le diable ! prenons-nous y avec ménagement.
VIEUX-CANON
Ah ! vous avez raison. . . . d'ailleurs il m' faut des preuves bien grandes. . car nulle autre que sa mère. . . .
MICHAUD
Suivez-moi , il vous sera facile de vous en convaincre.. . ce portrait. . . ce médaillon. . . prenez vot' sac.
Corbleu ! . . * vous m' boul'versez là le corps et l'âme.. . mon pauvre p'lit l'Eveillé que j'ai.. .
AlR : Du verre.
Si j' n'écoutais que mon penchant ,
M 'en séparer serait pe'nible ;
Mais pour 1' bonheur de cet enfant ,
Je ne connais rien d 'impossible !
Puiss'-t-il être heureux pour toujours,
Et ma tâche serait remplie !...
Le rendre à l'auteur de ses jours ,
Ce s'rait deux fois 1' rendre à la vie. {bis.)
Venez , père , nous allons démêler tout ça.
Il sort avec Michaud.