‹ Rataplan, ou Le petit tambour, vaudeville-anecdote en un acteChapitre 13 sur 25 · VIEUX-CANON , MICHAUD , GEORGETTE · texte numérisé non relu

VIEUX-CANON , MICHAUD , GEORGETTE

dans le fond, occupée à dresser une table.

MICHAUD

Je voudrais vous dire un mot , mon sergent»

VIEUX-CANON

Qu'est-c' que vous voulez , mon vieux ?

MICHAUD

Il vous est échappé tout-à-l'heure une parole que je n'ai pas laissé tomber par terre.

( 21 ) VIEUX-CANON

Au sujet de qui ? de quoi ?

M1CHAUD

Au sujet de ce petit tambour.

VIEUX-CANON

Ah! ah!., de l'Eveillé ?.. de mon petit Rataplan ?

MICHAUD

Tout justement.

Air : Vaud. des Amazones.

Ce Rataplan est votre fils ,

Et vous n'êt' pas , dit-on , son père.

Faut pourtant qu' vous soyez son père ,

S'il est vrai qu'il soit votre fils ;

Car si vous n'êtes pas son père ,

Il ne n1 peut pas être votre fils ;

Mais ce fils doit avoir un père ,

De quel père est-il donc le fils ? ( bis.)

VIEUX-CANON

Ma foi, mon vieux. . . je serais bien embarrassé de vous Y dire. . . C'est une trouvaille que j'ai faite , il y a. . .oh! oui ! ... il y a douze , treize , quatorze ans.

MICHAUD

Une trouvaille !

En Allemagne.

En Allemagne.

VIEUX-CANON

MICHAUD

VIEUX-CANON

Oui , c'était au siège d'Ebreinbreichteim.

MICHAUD

Au siège des Brinbrèche . . . Racontez-moi donc ça, monsieur d' Vieux-Canon. Oh! si vous saviez. . .Non, vous ne savez pas. . .Si vous pouviez savoir. . . Yous dites que c'est au siège de...

VIEUX-CANON

Parbleu! je m'en souviens. . . comme si c'était d'hier. . . Nous étions les assiégés. La nuit était superbe. Partout un silence... qu'interrompaient de temps en temps les cris des

vedettes : Sentinelle , prenez garde à vous... A trois heures du matin , on entend la générale. — On court aux armes. — Trois coups de canon partis de la ligne des assiégeans deviennent le signal de l'attaque; — Malheureusement nous étions en trop petit nomhre. — - On bat la charge...

AlR du Carillon de Dunkerque,

Piano. D'ici je vois encore ,

Au lever de l'aurore , L'enn'mi de toutes parts Escalader les remparts.

Plus fort. Plein d'une ardeur guerrière, Un jeune militaire Frapp' de taille et d'estoc ; Mais il tmnbe au premier choc.

Tout-à-coup une femme , Bravant F fer et la flamme , ( Un enfant dans ses bras ) , Précipit' vers lui ses pas.

Comm ' rien ne l'en détache , D'entre ses mains j'arrache Ce pauv' p'tit innocent Qui sourit en me r'gardan t.

A moins d'être statue , Qui n'aurait l'âme émue ?

J'éprouve un doux tic tac ,

Et crac !...

Je F mets dans mon sac !

Nous battons en retraite ,

Mais j' défends ma conquête , Plus fier de mon fardeau Qu' si j'enl 'vais un drapeau !

En lui sauvant la vie,

Je m' dis : « O ma patrie !

» C't enfant, p't-ètre, à son tour ,

» Pourra te défendre un jour. »

MICHA VD , ému.

Ah! mon sergent ! (Il le presse}

* VIEUX-CANON

Eh bien ? quoi donc ?. . . qu'est-ce qui vous -prend f

MICHAUD , transporté.

La joie. . . le plaisir. . . Ah ! Marcelline ! . . ( A Vieux- Canon.) Dites-moi , quand vous avez sauvé ce pauvr' petit diable, il n'avait sur lui aucun papier... aucune chose qui

VIEUX-CANON

Vraiment si. . . Il avait à son cou un médaillon. . . une figure . . . des cheveux ... un tas d' brinborions d'or . . . parbleu! tout ça est encore là. . . dans mon sac. . .

MICHAUD

O Dieu! . . si c'était lui !

VIEUX-CANON

Qui , lui ?. . .

MICHAUD

Mon cher monsieur d' Vieux-Canon !.. je n' dis pas . . . je n' dis pas. . . mais si on réclamait un jour c't enfant. . . si sa mère...

Sa mère. . . c'est impossible !

MICHAUD

Gomment ?

VIEUX-CANON

Impossible, vous dis-je ? quelle apparence qu'elle ait échappé....

MICHAUD

Mais enfin, si cela était ... lui rendriez-vous son fils?

VIEUX-CANON , réfléchissant.

Bon-homme... vous m'en demandez beaucoup là ï

MICHAUD

Oui , mais apprenez... Oh! c'est sûr ! d'après tout ce que vous m'avez dit... Apprenez que c' le mère existe

VIEUX-CANON

Que dites-vous ? quoi ?.. mon petit sarpejeu retrouverait (// appelle. ) L'Eveillé ! L'Eveillé !

MICHAUD , l'arrêtant.

Doucement! ne brusquons rien... une femme n'est pas un homme... une mère surtout, c'est sensible comme le diable ! prenons-nous y avec ménagement.

VIEUX-CANON

Ah ! vous avez raison. . . . d'ailleurs il m' faut des preuves bien grandes. . car nulle autre que sa mère. . . .

MICHAUD

Suivez-moi , il vous sera facile de vous en convaincre.. . ce portrait. . . ce médaillon. . . prenez vot' sac.

Corbleu ! . . * vous m' boul'versez là le corps et l'âme.. . mon pauvre p'lit l'Eveillé que j'ai.. .

AlR : Du verre.

Si j' n'écoutais que mon penchant ,

M 'en séparer serait pe'nible ;

Mais pour 1' bonheur de cet enfant ,

Je ne connais rien d 'impossible !

Puiss'-t-il être heureux pour toujours,

Et ma tâche serait remplie !...

Le rendre à l'auteur de ses jours ,

Ce s'rait deux fois 1' rendre à la vie. {bis.)

Venez , père , nous allons démêler tout ça.

Il sort avec Michaud.

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