MICHAUD, MARCELLINE
MARCELLINE , poursuivie par le père Mkhaud. Finissez donc , père Michaud.
MICHAUD
Oh! vous ne m'échapperez pas aujourd'hui, madame Marcelline , il faut que vous écoutiez . . .
MARCELLINE
Quoi !
MICHAUD
Une chanson analogue à not' situation respective et réciproque.
Air : Trémoussez-vous.
On dit que l'amour a des ailes, Quand il vient s'offrir Il faut le saisir ; Il ne cherche que le plaisir ; Un long de'sir Le fait souffrir !..
Depêchez-vous ,
De'cidez-vous,
»e'pèchez~vous, Belles , En perdant du temps , Vous allez perdre vos amans.
MARCELLINE
Allons donc, taisez-vous ; si l'on vous entendait. . .
MICHAUD
Ça m'est égal , je le dirais devant tout le monde.
MARCELLINE
AlR : Vauà. des petits Savoyards.
Est-c'-là le vrai moyen de m* plaire ? Pouvez-vous bien me presser tant ?
MICHAUD
Je promets d'être moins pressant Lorsque vous serez moins sévère.
Vous n' savez pas à quels tourmens Nuit et jour vot' rigueur m'expose !... MARCELLINE.
Je sais fort bien , je sais que d'puis huit ans, Vous me chantez la même chose.
MICHAUD
Dame , depuis huit ans vous êtes logée chez moi , depuis huit ans je vous offre ma main , depuis huit ans vous la refusez ; je vous le demande , y a-L-il dans le monde une femme aussi tenace ? Pourquoi ne voulez-vous pas être madame Michaud ?
MARCELLINE
Pourquoi ? je vous l'ai déjà dit cent fois.
MICHAUD
Parce que vous avez eu un fils de vot' premier mariage ? Eh bien , ce fils sera le mien , et nous nous hâterons , si faire se peut , de lui donner une petite sœur.
MARCELLINE
Oui ; mais où est-il ce cher enfant ? qu'est-il devenu ?. . . Tant que je ne l'aurai pas retrouvé . . .
MICHAUD
Vous ne vous remarierez point ?
MARCELLINE
Non.
MICHAUD
Etes-vous bien sûre, au moins , qu'il ait échappé à ce fameux siège où vot' mari est mort ?
MARCELLINE
Oui.
AlR : Vaud. de la Somnambule.
Dans ce jour de gloire et d'alarmes , Mon époux me fut e,nlevé ; Mais, par un de ses frères d'armes , Mon cher fils , dit-on , fut sauvé.
MICHAUD
Peut-être , hélas ! on vous fit cette histoire Pour adoucir , pour calmer vos regrets.
Le fait est sûr , aisément on peut croire Au dévoûment d'un grenadier Français. ( ter . )
MICHAUD
Mais le nom de ce grenadier ?
MARCELLINE
Je l'ignore.
MICHAUD
Son régiment ?
MARCELLINE
Je n'ai pu le savoir.
MICHAUD
Vous ne savez ni son nom, ni son régiment, et vous croyez le découvrir ?
MARCELLINE
Oui ! Depuis plusieurs jours je suis tourmentée. . . J'ai des pressentimens î . . . Enfin , je veux partir . . J'irai dans les places fortes, les villes de guerre. . . Partout!. , . Jusqu'à ce que je retrouve mon fils et le brave qui l'a sauvé.
MICHAUD
Il faut bien être mère pour avoir de ces idées-là.
MARCELLINE
AlR : Monsieur, vous êtes bien honnête. (d'Angéline. )
Oui, je pourrai le reconnaître , Le sentiment est mon appui ; Dès que je le verrai paraître , Mon cœur seul me dira : c'est lui !
Une secrète intelligence Me préservera de l'erreur ; Guidé par la reconnaissance On devine son bienfaiteur.
MICHAUD
Eh bien , promettez du moins que si l'hasard vous rend vot' fils, vous serez ma femme , là ! . . . J'attendrai encore un an, et huit que j;ai déjà attendu , ça me remettra à neuf.
MARCELLINE
Je ne m'y engage pas , mais nous verrons. Elle lui donne sa mu in.
MICHAUD , la lui baisant.
Chère Marcelline ! . . . Je réfléchis, ne partez pas aujourd'hui; on m'a prévenu ce matin que nous allions avoir des troupes à loger.
MARCELLINE
Vraiment ?
MICHAUD
Vrai ! . . . et je vous promets que depuis le tambour-major jusqu'au plus petit fifre. . . il n'y en aura pas un que je n'interroge moi-même.
MARCELLINE
AlR : Final du premier acte dAucasstn.
Il suffit, je vous devine ,
Pèr' Michau , si vous pouviez...
MICHAUD
Ah ! ma chère Marcelline !
Aujourd'hui si vous vouliez !
Prenez encor patience , Nous verrons, je n' vous dis qu* ça.
MICHAUD
Vous me rendez I'espe'rance , J'entends de c't oreille-là.
MARCELLINE
Songez du moins Que j' compte sur vos soins.
MICHAUD
Comptez du moins , Comptez sur tous mes soins.