‹ Rational ou manuel des divins offices de Guillaume DurandChapitre 2 sur 128 · PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR · texte numérisé non relu

PARIS LOUIS VIVES, LIBRAIRE-ÉDITEUR

rue Cassette, no 23.

de Mendc, vient au treizième siècle réunir en un seul faisceau les nombreux documents épars avant lui dans une foule d'auteurs, et, les formulant dans une seule et même pensée, il met enfin le sceau à tout ce que les Pères , les Docteurs , les Savants catholiques avaient écrit sur la liturgie depuis l'origine du christianisme. Le premier, en effet, dans son livre, que Ton peut bien appeler X Encyclopédie liturgique du treizième siècle (1), il étend et commente, avec autant de clarté que de profondeur, de science que d'intérêt, de style que de logique, la sublime parole de TApôtre des nations : « La lettre tue, c'est Fesprit seul c( qui vivifie » (2).

Et que l'on ne croie pas que ce livre soit le résultat de la science ou de l'imagination d'un seul homme ; non, il est (et c'est ce qui explique son immense influence) le résumé de tout ce que trois siècles avaient appris autant que compris, avec l'esprit et le cœur : le Rational ne fut donc, à proprement parler, que le dernier cri, le suprême écho des idées, des convictions, des sentiments de tout un peuple, de toutes les générations catholiques.

Le génie du moyen -âge peut se définir en deux

(1) M. le comte de Montalembert , dans sa belle Introduction à V Histoire de sainte Elisabeth de Hongrie, nous semble avoir révélé d'une manière admirable toute la portée de Toeuvre de Durand, lorsqu'il dit,

en parlant du treizième siècle, que « Guillaume en illustra la fin,

et... donna le code le plus complet de la liturgique dans son Rational »

(p. LXIV).

(2) Phrase éloquente, éloquemment développée par saint Augustin dans un de ses plus remarquables traités, celui De V Esprit et de la Lettre.

DU TRADUCTEUR. Vil

mots : peu de livres, beaucoup de traditions. Nous avons aujourd'hui peu de traditions, beaucoup de livres.

Le protestantisme avait porté un rude échec à la sainteté des traditions; vint la renaissance, païenne dans les arts, dans les lettres, dans les mœurs; enfin, le dix-huitième siècle, avec son rire perfide autant qu'insensé, et qui, après avoir brisé tous les liens qui rattachaient l'homme à Dieu, le courba vers la terre et lui arracha, dans les funestes étreintes du philosophisme, l'abjuration de ses souvenirs, seule planche de salut qui lui restât.

La Révolution, en ébranlant le sol même de notre patrie, semblait avoir achevé de détruire le peu de nobles pensées qui devaient sauver le monde ; mais l'esprit du mal fut encore une fois trompé dans son attente, et un avenir plus pur et plus heureux se leva sur la France.

Aujourd'hui, après plus de trois siècles d'un oubli presque général, le moyen -âge et ses traditions religieuses sont étudiées de nouveau, sinon toujours avec l'esprit qui les créa, du moins avec cette curiosité payée par des découvertes dont notre ignorance s'étonne.

L'étude consciencieuse de ces temps de foi et de génie nous a fait sentir le vide qui existe dans nos âmes, en même temps que le besoin de donner un double aliment à notre cœur et à notre esprit, en offrant à l'un des consolations, à l'autre un vif intérêt; tel a été le but de toutes les recherches tentées jusqu'ici, avec autant de bonheur que de zèle.

BQT

.DgA4

Page 1