DE LA NEUVIÈME PARTIE DU CANON
I. Supplices te rogamm, « Nous te prions avec supplications. » Ces paroles sont la neuvième partie du canon. Le pontife, comme l'ordonnait la loi, et comme nous Tavons dit dans la préface de cette partie, faisait des aspersions sur la table et l'autel, et sur le sacrifice extérieur, avec le ^n% pacifique. Le Christ aussi arrose son Père de son sang autant de fois qu*il l'apaise par la chair dont il s'est revêtu. Il arrose l'autel aussi longtemps qu'il restaure la troupe des anges; il arrose le sacrifice extérieur en sanctifiant les hommes et en réconciliant avec son Père ceux qui sout sur la terre.'Le prêtre fait une aspersion sur ces mêmes honimes, parce que ce sacrifice apaise Dieu et obtient leur pardon ; il fait encore des aspersions sur eux, parce que celui qui nous purifie augmente le nombre des citoyens du ciel ; il en fait aussi dans l'intérieur du tabernacle, comme nous l'avons dit dans la particule précédente. En disant ces mots : sublime altare, il rappelle le saint des saints. Or, après la cène, l'hymne ayant été récité, Jésus sortit et se dirigea vers le mont des Oliviers, au-delà du torrent de Cédron, et, s'étant avancé un peu, il tomba sur sa face, et pria en disant: « Mon Père, si c'est possible, éloigne ce calice de moi ; )>'puis il s'isola une deuxième et une troisième fois , et pria en répétant les mêmes paroles ; et , étant tombé en agonie , il priait plus longtemps encore , et une sueur semblable à des gouttes de sang coula de son corps sur la terre ; puis, retournant vers ses disciples, il dit : ce Levez-vous, allons, voilà que celui qui va me trahir approche. » Or, le traître donna un signal à ceux qui raccompagnaient, en disant : a Celui que j'embrasserai
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est Jésus, emparez-vous de lui. » Et aussitôt, s'approchant, il lui donna un baiser.
, IL Or, parce que Jésus, tombant la face contre terre, pria en disant : « Mon Père, si c'est possible , etc. , » c'est pour cela que le prêtre, s'inclinant, prie et dit : Supplices le rogamus, « Nous te supplions ; » ou bien encore , Tinclinaison du prêtre signifie que le Christ rendit l'esprit, comme nous l'avons dit dans la préface du canon. Nous avons parlé des inclinaisons au chapitre de la Confession. De même, en disant : ut quoiquot ex hac allaris , etc. , il baise une fois l'autel, pour représenter le baiser du traître après que le Seigneur eut fini sa prière et se fut levé. Quelques-uns baisent trois fois l'autel, pour rendre grâces à la Trinité, qui, parla passion du Seigneur, a reconcilié le genre humain. D'autres le baisent deux fois, pour marquer qu'il y a dans le Christ une double nature , ou qu'il a soufiert en ame et en corps.
III. Or, comme le Seigneur, dans son agonie, prolongea sa prière en répétant trois fois la même chose , le prêtre , pour signifier cette particularité, fait trois croix ; il fait la première sur l'hostie , en disant : Sacrosanclum Filii tui corpus ; la seconde sur le calice, en disant : et sanguinem; et la troisième en se signant lui-même sur le front , en disant : omni henediclione cœlesti. Peut-être est-ce à cause de la sueur du corps quHI fait une croix sur le corps , et à cause des goutr tes de sang qu'il en fait une sur le sang. Peut-être en fait-il une troisième sur lui-même au front, pour marquer que Jésus tomba la face contre terre en priant. Ou,, plutôt, la croix qu'il fait sur le corps désigne les liens qui attachèrent le corps du Christ ; celle sur le sang désigne les verges dont il fut battu et le sang qui sortit de ses plaies. Touchant les liena dont il fut attaché, on lit : ce Les serviteurs des Juifs s'emparèrent de sa personne et le lièrent, et, après l'avoir attaché, ils le conduisirent et le livrèrent à Ponce-Pilate. » Touchant les verges , on lit : <& Pilate prit Jésus, et flagella Jésus ^ » par
les meurtrissures duquel nous axons été guéris. Or^ par la troisième croix que le prêtre imprime sur sa face , il rappelle que les Juifs crachaient au visage de Jésus ^ lui donnaient des soufflets sur la figure, et lui couvraient la face d^un voile, en disant : c< Devine, ô Christ! qui est celui qui t'a frappé, y^ Troisièmement, la croix qui se fait sur le corps désigne le martyre du Christ; celle qui se fait sur le sang désigne le martyre des saints. Quatrièmement, les deux premières croix signifient que le Christ a souffert pour deux peuples ; la troisième, qui se fait sur la face , indique que le Christ a souffert dans son corps ; mais d'autres ne font pas les deux croix susdites.
IV. Il faut encore considérer que le prêtre, en disant Supplin ces, etc., se tient incliné^ les deux mains jointes devant la poitrine, pour désigner que l'humilité de la prière, figurée par l'inclinaison , mérite enfin d'être exaucée en cet endroit, et non ailleurs, si elle procède de la foi du cœur, c'est-à-dire de l'esprit. Je veux parler de la foi agissant par l'amour ; et c'est cette opération de la foi que l'on entend par le croisement des mains, parce qu'il y a certaines œuvres de la vie active et certaines autres de la vie contemplative. Les œuvres de la vie active sont comparées , en quelque sorte , conjointement aux œuvres de la vie contemplative , comme la main gauche s'appuie sur la main droite, par la raison que les œuvres de la vie active, conune placées au-dessous ou inférieures, disposent aux œuvres de la vie contemplative^ et que les œuvres de la vie contemplative, comme placées au-dessus ou supérieures, confirment et perfectionnent les premières. C'est pour cela que, dans la jonction des mains, la droite est placée au-dessus de la .gauche. Le prêtre prie de nouveau les mains jointes sur la poitrine, comme si, par ce fait même, il disait : « Je te supplie par ta croix et par ta passion^ d'ordonner que ces offrandes soient portées, etc. » Car la jonction des mains figure la pasrion du Christ, et la droite, qui signifie la résurrection, est
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placée au-dessus de la gauche, qui désigne la passion, aftnqua par là soit indiqué que le Christ est ressuscité d'entre- les morts.
V. Mais, dans certaines églises, le diacre, pendant Taetion ou canon, lave ses mains pour signifier : premièrement, que Pilate lava ses mains pour proclamer qu'il était innocent dé la mort .du Christ; ou bien, secondement^ pour marquer que nos œuvres infâmes sont lavées par la passion du Christ ; troi^ sièment, pour indiquer que personne, à moins qu'il ne soit pur, ne doit s'approcher pour recevoir les sacrements de la foi , sui-p vent ces mots : Jubé hœc perferri, etc. Ces paroles ont une si grande profondeur , que c'est à peine si l'intelligence humaine peut y pénétrer.
VI. D'où vient que le bienheureux Grégoire [De comec.^ d. II , Quid sit sanguis, et à la fin de ses Dialogues), digne interprète d'un si grand sacrement, parlant d'une manière ineflSatble de cette formule , comme d'une chose presque ineffable : «Qui, parmi les fidèles, dit-il, pourrait douter qu'à l'heure même de l'immolation les cieux ne s'ouvrent à la voix du Christ, que les chœurs des anges n'assistent à ce mystère du Christ, que ce qu'il y a de plus bas ne s'associe à ce qu'il y a de plus élevé, que la terre ne s'unisse au ciel, et que l'invisible et le visible ne se fondent en un seul tout. » Le même père dit encore ailleurs que dans un seul et même temps, dans le même moment, le sacrement, par le ministère des anges, est enlevé au ciel , c'est-à-dire vers la nature céleste , pour être associé au corps du Christ, c'est-à-dire à son corps mystique, et apparaît aux yeux du prêtre sur l'autel.
VII. Cependant, sauf le mystérieux sacrement du céleste oracle, ces paroles pourraient être expliquées plus sûrement, quoique plus simplement. — Jubé, «ordonne, » c'est-à-dire fais que ces choses, c'est-à-dire les vœux des fidèles, c'est-4dire les supplications et les prières , perferri « soient préseïir tées, » per manus sancti angeti tui , c'est-à-dire par le minisi-