CONSÉQUENCES THÉORIQUES
1. Je crois utile de faire observer, avant d'introduire aucune hypothèse, que, Télectrisation des rayons cathodiques une fois établie, on trouve dans leurs déviations par les champs magnétiques une excellente preuve de l'équivalence entre les courants par conduction et les courants par convection. Rôntgen, puis Rowland, ont démontré qu'une charge électrique en mouvement crée un champ magnétique -, ici on vérifie qu'une charge en mouvement est sensible à un champ magnétique.
2. Cette électrisation parait difficilement conciliable , avec la théorie des ondulations.
Déjà, cette théorie s'adaptait mal à l'existence des actions magnétiques; toutefois, on pouvait admettre que les rayons se propagent de façon difFérente dans l'élher aimanté et dans l'éther non aimanté; même on avait pu comparer le phénomène à la polarisation rotatoire magnétique.
Mais on ne conçoit guère, au moins dans l'état actuel de nos connaissances, que des vibrations puissent trans-
BATOMS CATHODIQUES ET UAYOMS DE RÔHTGEN. IJ
porter de réleclrîcité. Celle foîs, la difficulté semble grave, et la théorie fort compromise.
3. La théorie de rémission, qui m'a guidé dans mes recherches, concorde au contraire très bien avec Télectrisation des rayons. Toutefois, elle n'en est pas la conséquence nécessaire, et il n'est pas absolument certain qu'un transport d'électricité soit toujours accompagné d'un transport de matière.
Cela est probable pourtant, et si la théorie de l'émission peut réfuter les objections qu'elle a soulevées par ailleurs, elle devra être considérée comme actuellement bonne.
D'abord, il est indifférent que les rayons soient ou non normaux à la cathode. D'une façon générale, toute singularité dans leur forme paraîtra explicable si l'on se rappelle que les projectiles cathodiques, chargés d'électricité, subissent l'action du champ électrique où ils se meuvent. De même, le mouvement d'un mobile pesant sur un sol accidenté s'explique dès que l'on connaît en chaque point de la trajectoire la pente du terrain et la vitesse du mobile.
Quant aux objections de Lenard, elles paraîtront fort amoindries, si l'on réfléchit que les projectiles cathodiques peuvent fort bien passer au travers des feuilles minces qu'il employait. Le fait que de pareilles feuilles tiennent la pression ne prouve rien contre celte hypothèse, car ces projectiles peuvent différer extrêmement des molécules du gaz. En particulier, ils ont une vitesse environ mille fois supérieure à celle que la théorie cinétique des gaz assigne à ces molécules; donc ils ont, par unité de masse, une énergie un million de fois supérieure, et l'on conçoit qu'ils puissent aisément traverser une paroi imperméable au gaz.
Une fois sortis de la fenêtre qui fermait le tube de
Lenard, ces projectiles devaient au reste cheminer
d'autant plus aisément qu'ils rencontraient moins da
matière, et l'on conçoit que Lenard ait eu des rayons très
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purs aux 1res basses pressions : le fait, en parfait accord avec la ihéorie de l'émission, ne rappelle pas, comme le croyait Lenard, ceux quî fixent la nature du son ou de la lumière.
Si, au contraire, on accroît la pression du gaz où se meuvent alors les rayons, supposés matériels, on ne sera pas surpris de les voir se diffuser et s'affaiblir, également gênés par des obstacles de masse égale.
En revanche, il semble que, lorsque la pression croît ainsi, les rayons doivent se ralentir, donc être plus facilement dévîables par Taimant (*). Or on a vu que celte déviation reste fixe, au moins jusqu'à la limite où la diffusion, devenue trop grande, empêche les mesures; par exemple, dans l'hydrogène, elle reste la même quand la pression varie de o*^°*,ooi à 4o*^". II y a là une réelle difficulté, qui fera préciser sur quelque point l'image encore grossière qui assimile les rayons cathodiques à des boulets électrisés. Par exemple, on n'a rien supposé quant aux rencontres des projectiles cathodiques avec les molécules. Peut-être on admettra que, lors d'une telle rencontre, une molécule se comporte comme un obstacle extrêmement rigide, absorbant peu d'énergie. Un projectile pourrait alors être notablement dévié sans être beaucoup ralenti. En d'autres termes, avant que la vitesse des rayons fût très amoindrie, leur diffusion viendrait empêcher les mesures.
4. Enfin, on fait une hypothèse nouvelle, si l'on admet que les projectiles cathodiques sont des ions formés après rupture de certaines molécules dans les régions où le champ électrique est le plus grand ^ ces ions entraîneraient^ comme dans l'électrolyse, looooo coulombs par valencegramme.
(*) Le rayon de courbure serait proportionnel à la vitesse (J.-J. Thomson, Récent ftesearches in Electricity^ p. 187).
IIAYOWS CATHODIQUES ET RAYONS DE RONTGEN. IQ
Soîenl M la charge électrique en traînée par un projeclîle, et V la chute de potentiel a laquelle il emprunte son énergie; -soient m sa masse, et i^ sa viiesse. Comme Ta fait remarquer J.-J. Thomson, l'équalîon
MV = ^ mp2
exprime que l'énergie se conserve, au frottement près.
Si les projectiles cathodiques sont des ions, le rapport — est fixé ('). Mais, quel que soit—, cette même
équation montre que la vitesse varie comme la racine carrée de V. Aussi je crois que cette vitesse dépend beaucoup des conditions de Texpérience. Inférieure à 200''°* par seconde pour cerlains rayons, elle atteint peut-être plusieurs milliers de kilomètres pour d'autres.
Animés de ces formidables vitesses, les projectiles cathodiques frappent les parois du tube avec une violence extrême^ aux points frappés se développent de la chaleur et de vives fluorescences. Nous allons retrouver, sous forme de rayons de Rontgc^n, une autre part de l'énergie perdue.
( * ) La véri/ication expérimentale me semble possible; J,-J. Thomson a montré qu'on peut mesurer v, il me semble que, dans les mêmes conditions, on pourrait mesurer V par la méthode que j'ai
M donnée. Le rapport — serait alors connu, et, si le résultat concordait
avec l'hypothèse, on aurait établi du même coup la matérialité des
rayons et la généralité des lois de Faraday sur l'éleclrolyse.