SI TU DESCENDS DU NORD
5/ tu descends du nord au fort de l'Été pour venir me voir, tu traverseras un long pays noir et gros bleu; te retournant lorsque s'épaissit l'air dans le couchant de feu, tu prendras l'horizon des terres pour la mer. Tâche donc de passer par le bourg de Bonnut. Jlssis devant l'auberge où juchés sur des fûts
des musiciens de Hollande auraient pu figurer, bois un verre de vin. Là prennent fin les Landes.
Si tu viens du midi tournant le dos, l'hiver, à la ligne brisée
de ces monts gris et jaunes :
les forêts par toi traversées opposent au ciel bleu le sol couleur d'automne
que hérissent les gaules nues
et que parcourent les bécasses.
Comme un verre bordé de plomb, le ruisseau glace. "Le givre soude avec ses aiguilles ténues
des cailloux en tas sur la route pareils à des morceaux de pain gardant leur croûte. Veut-être entre Loubieng et Sainte-Suzanne quelque chasseur dont la chienne a pour nom Diane
surgira-t-il d'un bois :
c'est moi.
Ar rivant du levant dans le frisson de quelque averse printanière, quand la rose églantier e ouvre au-dessus de la rivière sa bouche de lumière; quand le coucou pleure l'heure ; quand , dans le verger, tout à coup les lattes éclatent ;
quand les bas-fonds herbeux sont pleins de populages et le village de Castétis de myosotis; quand un rossignol interpelle, de son chant qui ruisselle au milieu de la nuit, la primevère en foule fleurie aux troncs mousseux qui bordent les chemins; quand le ruisseau roucoule ; si tu viens au jardin le matin, tu trouveras, parmi les anémones, vigneronnes au cœur de flamme :
ma femme.
Si venant du ponant dans l'automne tout plein de tombes .
et de palombes, laissant derrière toi la mer au sel amer:
la contrée est d'abord plate, avec des étangs de temps en temps.
Vois: remontant VJldour glisse une voile lente à l'heure où meurt le jour.
Que ta main soit légère au marteau de ta porte, de sorte que tu ne troubles pas dans sa prière ma mère.