SUR DE NOUVELLES SOURCES DE RADIATIONS. IQ
celle par une flamme. J'ai alors produit une toute petite flamme de gaz à l'extrémité d'un tube de métal percé d'un orifice très fin : cette flamme était entièrement bleue. J'ai constaté qu'elle peut, comme la petite étincelle, servir à déceler la présence des rayons N : comme celle-ci, quand elle reçoit ces rayons, elle devient plus lumineuse et plus blanche. Les variations de son éclat permettent de trouver quatre foyers dans un faisceau ayant traversé une lentille de quartz; ces foyers sont les mêmes que ceux que montre la petite étincelle. La petite flamme se comporte donc vis-à-vis des rayons N tout comme l'étincelle, sauf qu'elle ne permet pas de constater leur état de polarisation.
Afin d'étudier plus aisément les variations d'éclat, tant de la flamme que de l'étincelle, je les examine à travers un verre dépoli fixé à environ 2Dmm ou 3omm de celles-ci : on a ainsi, au lieu d'un point brillant très petit, une tache lumineuse d'environ 2cm de diamètre, d'un éclat beaucoup moindre, et dont l'œil apprécie mieux les variations.
L'action d'un corps incandescent sur une flamme, ou celle d'une flamme sur une autre, est certainement un phénomène courant : si jusqu'ici il était resté inaperçu, c'est parce que la lumière de la source empêchait de constater les variations d'éclat de la flamme réceptrice.
Tout récemment, j'ai constaté un autre effet des rayons N. Ces rayons sont, il est vrai, incapables d'exciter la phosphorescence dans les corps susceptibles d'acquérir cette propriété par l'action de la lumière; mais lorsqu'un tel corps, du sulfure de calcium par exemple, a préalablement été rendu phosphorescent par l'insolation, si l'on vient à l'exposer aux rayons N, en particulier à l'un des foyers produits par une lentille de quartz, on voit l'éclat de la phosphorescence augmenter notablement; ni la production, ni la cessation de cet effet ne semblent absolument instantanées. C'est parmi les actions qui produisent les rayons N la plus facile à constater; l'expérience est très aisée à installer et à répéter. Cette propriété des rayons N est analogue à celle des rayons rouges et infra-rouges qui a été découverte par Edmond Becquerel; elle est analogue aussi à l'action de la chaleur sur la phosphorescence; toutefois, je n'ai pas constaté jusqu'ici l'épuisement plus rapide de la capacité phosphorescente sous l'action des rayons N (*).
La parenté des rayons N avec les radiations connues de grandes longueurs d'onde semble certaine. Comme, d'autre part, la faculté qu'ont ces rayons de traverser les métaux les différencie de tous ceux qui sont connus, il est très probable
(J ) Voir p. 65.
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qu'ils sont compris dans les cinq octaves de la série de radiations qui restent inexplorées entre les rayons de Rubens et les ondulations électromagnétiques à très courtes longueurs d'onde; c'est ce que je me propose de vérifier (8).
Sur l'existence de radiations solaires capables de traverser les métaux, le bois, etc.
(15 juin 1903.)
J'ai reconnu récemment que la plupart des sources artificielles de lumière et de chaleur émettent des radiations capables de traverser les métaux et un grand nombre de corps opaques pour les radiations spectrales connues jusqu'ici (*). 11 importait de rechercher si des radiations analogues aux précédentes (que, pour abréger, j'appelle rayons N) sont également émises par le Soleil.
Comme je l'ai indiqué, les rayons N agissent sur les substances phosphorescentes en avivant la phosphorescence préexistante, action analogue à celle des rayons rouges et infra-rouges, découverte par Edmond Becquerel (2). J'ai utilisé ce phénomène pour rechercher si le Soleil nous envoie des rayons N.
Une chambre complètement close et obscure a
( ') Voir p. 17.
(2) Voir p. 65.
une fenêtre exposée au Soleil; celte fenêtre est fermée par des panneaux intérieurs pleins, en bois de chêne, ayant i5mm d'épaisseur. Derrière l'un de ces panneaux, à une distance quelconque, im par exemple, on place un tube de verre mince contenant une substance phosphorescente, du sulfure de calcium par exemple, préalablement faiblement insolée. Si maintenant, sur le trajet des rayons du Soleil qui sont supposés atteindre le tube à travers le bois, on interpose une lame de plomb ou même simplement la main, même à une grande distance du tube, on voit l'éclat de la phosphorescence diminuer; si l'on enlève l'obstacle, l'éclat reparaît. L'extrême simplicité de cette expérience engagera, je l'espère, beaucoup de personnes à la répéter. La seule précaution à prendre est d'opérer avec une phosphorescence préalable peu intense (9) ; il est avantageux de disposer à demeure une feuille de papier noir de façon que l'interposition de l'écran ne change pas le fond sur lequel on voit le tube. Les variations d'éclat sont surtout faciles à saisir vers les contours de la tache lumineuse formée par le corps phosphorescent sur le fond sombre : quand on intercepte les rayons N, ces contours perdent leur netteté ; quand on enlève l'écran, ils la reprennent. Toutefois ces variations d'éclat ne semblent pas instantanées. L'interposition entre le volet et le tube de plusieurs plaques d'aluminium, de carton,
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d'un madrier de chêne de 3cm d'épaisseur n'empêche pas le phénomène; toute possibilité d'une action de la chaleur rayonnante proprement dite est, par conséquent, exclue. Une mince couche d'eau arrête entièrement les rayons; de légers nuages passant sur le Soleil diminuent considérablement leur action.
Les rayons N émis par le Soleil peuvent être concentrés par une lentille de quartz : à l'aide de la substance phosphorescente on constate l'existence de plusieurs foyers; je n'ai pas encore déterminé leurs positions avec assez de précision pour en parler ici. Les rayons N du Soleil subissent la réflexion régulière par une lame de verre polie, et sont diffusés par une lame dépolie.
De même que les rayons N émis par un tube de Grookes, par une flamme, ou par un corps incandescent, ceux qui proviennent du Soleil agissent sur une petite étincelle et sur une petite flamme en augmentant leur éclat. Ces phénomènes sont aisément observables, surtout si l'on fait usage d'un verre dépoli interposé, comme je l'ai indiqué dans une Note précédente. L'emploi de la petite flamme est de beaucoup le procédé le plus commode et le plus précis pour déterminer la position des foyers : il est plus difficile d'opérer avec la petite étincelle, parce qu'elle est rarement bien régulière.
Je me fais un devoir de reproduire ici textuelle-
ment un passage d'une lettre que M. Gustave Le Bon m'a fait l'honneur de m'écrire :
M. Gustave Le Bon avait indiqué, il y a déjà 7 ans, que les flammes émettent, en dehors des émanations radioactives constatées par lui ensuite, des radiations de grandes longueurs d'onde capables de traverser les métaux et auxquelles il avait donné le nom de lumière noire; mais, tout en leur assignant une place entre la lumière et l'électricité, il n'avait pas mesuré exactement leur longueur d'onde, et le moyen qu'il employait pour révéler leur présence était fort incertain.
Ce moyen était la photographie; je n'ai pu moimême obtenir aucun effet photographique des rayons que j'ai étudiés (*).
Sur une nouvelle action produite par les rayons N et sur plusieurs faits relatifs à ces radiations.