‹ Rebecca, comédie-vaudeville en deux actesChapitre 15 sur 43 · SCÈNE VII · texte numérisé non relu

SCÈNE VII

PEPITO, ASCANIO, FÉDÉRIC, GIANINA.

(Fédéric vase placer près d' A scanio; il a son chapeau sur la tête et il est prêt à s'asseoir à la table. Il va déposer son chapeau près de la niche de la petite statue de pierre à droite ; et, tournant le dos à ses compagnons, il cache derrière la madone un papier qu'il a tiré de son gousset. — Tout cela s'est exécuté sur le chœur précédent. — Pepito, qui est à l'autre extrémité du théâtre, à gauche, l'examine avec inquiétude.)

PEPITO , qui a suivi de l'œil tout les mouvemens de Fédéric.

C'est sa réponse ! (Il s'approche de la statue de pierre et, au moment où personne ne le regarde, il saisit le papier.) Je le tiens !

ASCANIO, à gauche, à Gianina qui lui verse du café. Merci, ma gentiile Hébé!

On voit bien que ce sont des prisonniers d'état, et des gens riches ! tous les matins du café !...

ASCANIO

Oh ! du café ! tu le vantes !...

(Gianina, tenant toujours sa cafetière à la main, s'approche de Pepito.) GIANINA , à voix basse.

Eh bien!... tout est-il disposé?...

PETITO, de même, vivement et avec teneur. C'est fait !... c'est fait !... mais ne me parlez pas... ne me regardez pas... On pourrait se douter... de quelque chose.

GIANINA, à demi- voix.

C'est qu'il y a du bruit dans la ville... On bat le rappel... (Se retournant vers les prisonniers à qui elle va verser.) Voilà, messieurs, de la crème excellente.

PEPJTO , effrayé et à part.

Ah ! mon Dieu ! ça n'est pas au moment où l'on va redoubler de surveillance, que l'on peut tenter une enlreprise pareille!... cl pour ina part je.,.

KEBECCA.

(Jetant les yeux sur le papier qu'il vient de dérouler d'une main.) Que vois-e?... (Lisant.) « Ma vie, » telle qu'elle esl désormais, ne vaut pas la peine » que, pour la sauver, j'expose cille d'un ami... » Je ie remercie cl refuse, résigné a la mort que

» j'attends » Est-il possible! .. il refuse... il

refuse pour ne pas m'exposer... Ali! l'honnête homme! le brave homme!... je donnerais pour lui ma vie... (Se reprenant vivement.) Non... mais tout, excepté cela ! (Il serre le papier dans sa poche. Apercevant un soldat qui entre.) Dieu! un soldat!... (À part.} Il m'a fait unepeur!... (Le soldat lui présente une lettre.) Une lettre pour un prisonnier!... qui est bien protégé, celui-là!...

TOUS , avec empressement.

Pour moi ?

PEPITO.

Non, non... pour le seigneur Ascquio del Dongo. ASCANIO, qui s'est levé de table et qui a couru près de Pepito L'écriture de ma mère !

PEPITO.

C'est égal !.. je dois voir avant tout si elle ne renferme rien de contraire à la sûreté de lelaf. ASCANIO , avec colère.

Par exemple 1

PEPITO.

C'est la consigne... Sinon, je serai obligé de la renvoyer cachetée !

ASCANIO

Allons donc, et puisqu'il le faut... lis!

PEPITO, lisant.

« Mon cher enfant! je n'exisle plus depuis que

» vous êtes en prison... J'ai déjà obtenu de voire

» père qu'on vous laisserait prendre l'uniforme...»

ASCANIO

Ah! mon excellente mère...

PEPITO.

« Quant à votre désir insensé de vous marier, » on y accéderait encore, malgré voire jeunesse, » s'il y avait possibilité ou même prétexte à noire «consentement. Mais réfléchissez?... Quellesque » soient les qualités que je me plais à lui recon- » naître, une jeune fille qui n'a ni naissance , ni » titres , ni fortune , ne peut épouser un del » Dongo! (S'attendrissant en lisant.) Et si vous m'ai T » niez, mon fils, autant que je vous aime, faiîes- » moi ce sacrifice, »

ASCANIO

Ah ! ma mère !

PEPITO, avec attendrissement.

Faites-lui ce sacrifice, monsieur!

AsCANlO, à Pepito.

Achève donc.

PEPITO.

« J'attends avec impatience voire réponse, que » mon messager me rapportera. »

ASCANIO

J'v cours.

REBKCCA,

PEPITO.

« Les choses sonl ici, du reste, dans un tel élat » d'exaspération, que le ministre a du conseiller » au prince un dernier et terrible exemple!... Il « a signé ce malin... » Ah! mon Dieu!... ASCANIO, qui est revenu sur ses pas et qui veut

prendre la lettre.

Qu'est-ce donc?...

PEPITO , troublé.

Rien... rien... ce n'est pas lisible...

FÉDÉRIC, qui est toujours assis près de la table, lui arrachant la lettre.

Allons donc ! (Achevant de lire.) a ïl a signé ce » malin l'arrêt de mort du jeune marquis de Pa- » lavicini...qui sera exécuté ce soir à dix heures...» (Lui rendant la lettre.) L'écriture est superbe!... (A Ascanio, lui présentant sa tasse.) Je vous demanderai une seconde lasse de café.

(Tous les prisonniers font un mouvement. Pepito leur fait signe de ne pas avancer et de laisser seuls les deux jeunes gens; tousse retirent. Gianina est sortie par la porte à gauche, après l'entrée du soldat , emportant dans un panier les lasses des prisonniers qui se sont levés de table. Pepito sort par la porte à droite, et les deux jeunes gens restent seuls, Ascanio debout et tenaut encore la lettre qu'il froisse entre ses mains, et Fédéric achevant tranquillement son déjeûner.)

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