REBECCA, ASCANIO, FÉDÉRIC
ASCANIO, courant à Fédéiïc.
Ah ! mon ami, je ne sais comment vous remercier, car je sors du palais Farnèse, où l'on m'a remis ce paquet, pour vous et pour madame la marquise. (Le présentant à Rebecca.)
REBECCA, prenant le paquet.
Les armes du saint-siége!... (Décachetant le paquet dont elle jette l'enveloppe sur le guéridon à gauche, et lisant.) « D'après l'arrêt de ce jour, rendu » par le chapitre suprême et le cardinal-légat... »
ASCANIO
Oui, vraiment, lisez!...
REBECCA, parcourant quelques lignes à voix basse.
« Mariage entre un catholique et une juive, an- « nulé et rompu à tout jamais ! »
ASCANIO, avec joie.
A jamais !
REBECCA, se frottant les yeux.
Je me trompe, sans doute!...
ASCANIO, de même.
Non, non, lisez...
REBECCA, parcourant encore le parchemin.
« Sur la demande de M. le marquis de Palavi- » cini... » (S'appuyant sur le guéridon, à gauche, où elle pose le parchemin.) Ah! c'est vous... monsieur le marquis, vous qui avez demandé...
FÉDÉRIC
Oui , madame, c'est moi !
ASCANIO
Noble et généreux ami , qui hier n'avait contracté ce mariage que pour vous laisser après lui un titre et un nom nécessaires à notre bonheur... REBECCA, avec la plus grande émotion.
Quoi! ce n'était point par amour!...
ASCANIO , vivement.
Rassurez-vous! il n'y pensait même pas... il vous connaissait à peine, et, fidèle à sa parole, il s'est empressé de rompre des nœuds à tous les deux pénibles...
REBECCA, à part, avec désespoir, et tombant assise
près du guéridon.
Ah!...
ASCANIO
Et, libre maintenant, rien ne vous empêche de donner votre main à celui que vous aimez ! REBECCA, avec fierté, et se relevant.
Mais je n'aime personne, monsieur, et ne vous ai jamais aimé !
ASCANIO et FÉDÉRIC.
Qu'entends-je !
Et je vous demanderai maintenant, moi, pauvre
fille que tout le monde abandonne, et qui n'ai plus d'autre bien que mon honneur, qui a pu vous autoriser à vous introduire ce malin dans un appartement qui était alors le mien?... et de quel droit...
ASCANIO
Du droit que vous m'aviez donné vous-même, en acceptant autrefois le mariage secret que je vous proposais, et, s'il faut vous rappeler, ce billet écrit de votre main...
REBECCA regarde le papier et le lui rend, en lui disant froidement.
Ce billet n'est pas de moi!... Ce n'est pas là mon écriture!... vous pouvez vous en assurer... FÉDÉRIC, élonné.
Que dites-vous?
REBECCA , avec dignité.
Quant ù cet acte, qui sépare à jamais le chrétien de la juive, connaissant la manière dont ce mariage s'est fait, c'est moi qui en aurais sollicité la rupture, si vous m'en aviez prévenue!... Il me rend, grâce au ciel, ma liberté, et , le premier usage que j'en veux faire est de sortir de ce palais où je n'ai plus le droit de rester !... Veuillez faire avertir mon père !
AIR : Pour moi, pour mon père. ( Diamans de la Couronne; — trio du 3e acte.)
ENSEMBLE
REBECCA , à part.
O honte nouvelle Que tout me révèle!
Fortune cruelle Qui viens m'abuser!
(Haut.) Le nœud qui nous lie Pesait sur ma vie, Et ma seule envie Est de le briser !
FÉDÉRIC
Je rêvais pour elle Chaîne douce et belle »
Une erreur nouvelle Vient nous abuser !
Le nœud qui nous lie Pesait sur sa vie, Et sa seule envie Est de le briser !
ASCANIO
Dédaigné par elle , O sort infidèle !
Fortune cruelle Qui viens m'abuser!
Bonheur que j'envie , Bonheur de ma vie , Ta main ennemie Vient de le briser!