MÊME OU LES MÉTIS LE DÉSIRENT
“ (fi.) Chaque réserve devrait être occupée par au moins cent familles, et devrait contenir une superficie de douze milles de terrain qui peut êtrs utilisé, c’està-dire, l’étendue de quatre cantons.
“ ( c .) Tous les métis, hommes, femmes et enfants, résidants dans le Nord-Ouest, au ier. janvier 1879, devraient recevoir des scrips non négociables pour quatre-vingt acres chacun, et devant être choisis dans l’une des douze réserves sus-mentionnées.
“ (d.) Ces terrains ne devraient pas être
VENDUS, HYPOTHÉQUÉS, NI TAXÉS, AVANT D’AVOIR ÉTÉ POSSÉDÉS PAR LA TROISIÈME GÉNÉRATION DES PREMIERS PROPRIÉTAIRES, OU PAR LEURS REPRÉ- SENTANTS.”
Sa Grâce élabora ces recommandations avec grand soin, et suggéra le mode suivant lequel les réserves devaient être délimitées et utilisées. Il recommanda aussi l’octroi d’outils et de grains de semence, et l’établissement d’écoles, pour chacune des réserves, questions dont M. Mills avait déjà disposé, comme cela a déjà été expliqué. L'Evêque Protestant de Saskatchewan, dans sa lettre à M. Dennis, s’opposa aussi à l'adoption dù mode de règlement suivi pour le Manitoba. 11 dit
“ Le résultat du mode suivi dans le Manitoba, de donner des terres aux parents
ET AUX ENFANTS RESPECTIVEMENT, N’A PAS ÉTÉ TEL QUE L’ON DOIVE EN FAIRE AUTANT DANS LES
Territoires du Nord-Ouest.”
Je pense que ceci est généralement admis et n’a pas besoin d’être discuté.”
Quant à la suggestion d'émettre du scrip, il dit : —
“ La deuxième alternative, celle défaire une émission absolue de scrip à chaque personne, et ensuite de l’abandonner à son sort, n’aurait, j’en suis convaincu, qu’un résultat désastreux, en ce qui regarde le but que le Gouvernement se propose. La seule classe de personnes qui pourrait retirer quelqu’avantage d’une telle émission, serait celle des commerçants et des spéculateurs sur les terrains ; ceux-ci obtiendraient bientôt le
scrip des métis inexpérimentés pour un prix nominal, et ces derniers seraient aussi pauvres qu’au para vant, moins favorablement disposés à l’égard du Gouvernement et conséquemment plus dangereux dans leurs rapports avec les sauvages.”
L évêque fait observer ensuite que le mode le plus sûr à suivre est celui “de donner aux métis l'encouragement de s'établir sur les terres, et les moyens pratiques pour y réussir ; ” puis il continue en disant relativement au mémorandum de M. Dennis, auquel sa lettre était la réponse : —
“ Je suis heureux de voir que le mode proposé est le même que celui que vous avez recommandé. Quant aux moyens pratiques pour leur venir en aide, je vois que le conseil du Nord-Ouest recommande deux choses : — (a) un octroi non-négociable d z scrip a. chaque métis, sous certaines conditions ; (fi) une aide en outils et en grain jusqu’à un montant déterminé. Vous paraissez croire que leur proposition est bonne, mais ne va pas assez loin. Vous suggérez (i) que les métis devraient s’établir en bandes; (2) qu’il faudrait leur donner des écoles et des instituteurs, pour leur ensei gner la culture, l’élevage dçs animaux, les métiers mé caniques, et les connaissances utiles à leur genre de vie. Ces recommandations, je dois le dire, ont mon appui le plus cordial.”
L’évêque protestant de la Terre de Rupert , en répondant au Col. Dennis, lui dit qu’il craint de connaître trop peu les métis pour que son opinion à leur égard, ait quelque valeur, puis il ajoute î —
“ La grande difficulté que je redoute, est celle' de les convaincre que l’agriculture doit être l’occupation principale de toute leur vie. Leur penchant naturel les portera toujours à choisir des terres où ils pourront faire bonne chasse et bonne pêche de préférence à celles où le sol et les autres avantages sont supérieurs sous le rapport de la culture. Il est donc essentiel pour eux, d’avoir, au Fort, un aviseur sage et expérimenté qui puisse les guider dans le choix de leurs établissements.
Je suis d’avis qu’on ne devrait pas faire de
RÉ8ERVES NI POUR LFS METIS, NI POUR LE GOU- VERNEMENT, ET QUE LES MÉTIS DEVRAIENT ÊTRE LIBRES COMME TOUT AUTRE COLON DE SE CHOISIR LE TERRAIN NÉCESSAIRE POUR LEUR ÉTABLISSE- MENT, MAIS NON PAS DE CHOISIR TOUT LE MEIL- LEUR TERRAIN SIMPLEMENT, PAR CAPRICE, POUR EMPÊCHER D’AUTRES COLONS DE s’y ÉTABLIR.”
La recommandation du Conseil du Nord- Ouest, dont on a tant parlé, était incluse dans les résolutions passées le 2 août, 1878. Ces résolutions étaient en réponse à une pétition signée par 278 personnes qui demandaient qu’une section de terrain fut octroyée “ comme réserve spéciale, perpétuelle et inaliénable, sur laquelle ils auraient le droit de s’établir avec leurs familles, d’une manière permanente, ainsi que les employés du Gouvernement, en rapport avec leurs besoins et leur population, mais à l’exception des blancs qui devaient tous en être exclus.” L’étendue de cette réserve était de 150 sur 50 milles, le long de la frontière internationale, à l’ouest de l’endroit traversé par la rivière Pembina. Ils demandaient le privilège de posséder cette réserve avec exemption de taxes soit pour
toujours, soit pour un terme assez long pour leur permettre de les payer sans désavantage à leurs familles. Ils demandaient aussi qu’on leur accorde des écoles, des instituteurs, et des institutrices dont les dépenses seraient payées par le Gouvernement, des églises et des prêtres de leur religion, et aussi des artisans tels que des forgerons, un menuisier, un cordonnier, etc, auxquels ils pouvaient recourir en cas de besoin, et qui pourraient leur enseigner ces métiers de la vie civilisée. La recommandation du Conseil, relativement à cette pétition, était comme suit : —
“ 1 . ÎL NB SERAIT PAS JUDICIEUX D’ACCORDER UES RÉSERVES DE TERRAIN AUX METIS DU NoRD- OüEST, NI DE LEUR DONNER DU SCRIP NÉGO- CIABLE.
“ 2. Prenant en considération, néanmoins, le fait, que les octrçws de terres ou les émissions de scrip ont été faits aux métis du Manitoba, dans le but d’anéantir le titre des sauvages relativement aux terrains de cette Province, il y aura sans doute un mécontentement général parmi les métis des dits Territoires, à moins qu’ils ne reçoivent quelque compensation de même nature.
“ 3. La compensation la plus avantageuse aux métis .serait de leur accorder un billet de location non transférable pour cent soixante acres à chaque chef de famille métis et à chaque enfant de parents métis résidants sur les dits Territoires, au moment de leur transfert au Canada, tel billet devant être émis immédiatement en faveur de chaque métis âgé de dix-huit ans ou plus, à condition qu’il fournisse la preuve de son droit a ce billet ; le même privilège sera accordé à chaque enfant lorsqu’il atteindra l’âge Susdit et fournira la preuve nécessaire quant à son dioit d’y participer.
“4. Chaque métis possédant un de ces billets de location pourrait s’établir sur une des terres fédérales non-occupées, lé titre de cette terre restant à la couronne,^ pour une période subséquente de dix années ; si, après trois ans d’inscription, le métis-locataire, ne l’a pas améliorée, son droit à cette terre sera révocable.
“ 5. Des outils d'agriculture et des grains de semence, devraient être accordés une seule fois à chaque famille qui s’établira, dans le cours de trois ans, afin de les encourager à résider sur leurs terres et à les cultiver, au lieu de faire la chasse sur les plaines et de s’exposer ainsi à de grandes privations, d’autant plus que ïe buffle est à la veille de disparaître.
“ 6. Les métis qui ont reçu leur part de la distribution des terres et du scrip dans le Manitoba, ne devraient pas avoir le droit de recevoir des billets de location dans les Territoires, quoiqu’ils y puissent résider maintenant.”
L’on voit donc, d’après ce qui précède que parmi toutes les autorités, pas une n’a recommandé d’accorder du scrip aux métis de la même manière que dans le Manitoba. La proposition de l’Archevêque relativement à une réserve, tut condamnée par les autres autorités mentionnées et toutes les recommandations tendaient à faire placer les métis sous la tutelle du Gouvernement, ce à quoi ce dernier ne pouvait guère consentir Ce conflit des recommandations fut la cause réelle du délai. Malgré cela, le Gouvernement ne négligea pas son devoir.
Par un ordre du Conseil daté le 7 de juin, 1883, Mr Lindsay Russell, alors sousministre de l’Intérieur, reçut l’ordre de faire
une enquête rigoureuse relativement à tout ce qui regardait les établissements dans le Nord-Ouest, et de régler sur les lieux même, toutes les réclamations pendantes, de n’importe quelle nature, dans cette région, comprenant celles des métis Mr. Russell avait des qualifications exceptionelles pour une telle mission, parcequ'il connaissait le pays et beaucoupde métisqui l'habitaient, et pouvait parler en Français et en Cris.
Malheureusement, avant de pouvoir partir pour remplir sa mission, il eut le malheur de se faire casser la jambe par accident, ce qui l’empêcha de remplir ses fonctions pendant plusieurs mois, et de fait, il n'a pu continuer l’exercice de scs devoirs officiels depuis ce temps là. Le Gouvernement désespérant de pouvoir faire concorder les opinions diverses à l’égard du règlement des réclamations des métis, résolut enfin de les traiter comme les métis du Manitoba, et le 28 janvier 1885, un Ordre du Conseil fut passé, nommant des commissaires qui devaient faire l’énumération nécessaire, dans le but d’accorder des terres ou du scrip (billets de location.) La copie de cet Ordre du Conseil est comme suit : —
‘ Copie certifiée d’un rapport d’un comité de l’honorable Conseil Privé, approuvé par Son Excellence le Gouverneur Général, en Conseil, le 28 janvier,
“ Le ministre de l’Intérieur ayant soumis un mémorandum par lequel il appert qu’il est désirable qu’il soiautorisé à obtenir l’énumération des métis et à emt ployer trois personnes pour faire cette énumération, dans le but de régler équitablement les réclamations des métis dans le Manitoba et les Territoires du Nord- Ouest, qui auraient eu le droit d’avoir des terres s’ils avaient résidé dans le Manitoba dans le temps du transfert, et s’ils avaient présenté leurs réclamations suiv2nt les dispositions de l’acte de Manitoba, et aussi dans le but de régler les réclamations des métis qui résidaient au Manitoba et avaient droit de participer aux octrois de terres, mais n’ont pas présenté leurs réclamations.
“ Le comité approuve la dite recommandation, et recommande que l’autorisation requise soit accordée."
“ John J. McGee,
“ Greffier du Conseil Privé.”
La nomination de cette commission fut annoncée immédiatement, et le Père André, en rendant témoignage pendant Je procès à Regina, déclara sous serment que la nomination de la commission fut annoncée au peuple le 4 de mars, plus de deux semaines avant la bataille du lac aux Canards. Voici le témoignage donné relativement à ce sujet : —
“ Q. — Voülez-vous dire si, depuis l’arrivée du prisonnier dans le pays, jusqu’au temps de la rébellion, le ' Gouvernement a donné une réponse favorable aux demandes et aux réclamations des métis ?
“ R. — Oui, je sais qu’il a acquiescé à certaines demandes relativement à ceux qui n’avaient pas de scrip dans le Manitoba. Un télégramme fut transmis le 4 mars dernier, accordant le scrip.
“ Q. — Avant ce temps là ?
“ R. — Oui. Quant au changement de l’arpentage des lots le long de la rivière, il y eut une réponse du Gouvernement disant qu’il l’accorderait, et c’était une question importante.
“ Q. — Quelle question restait alors à régler ?
“ R. — Celle des patentes. Cette question a aussi •été réglée en quelque sorte, car M. Duck fut envoyé, et je l’accompagnai en qualité d’interprète.
“ Q. — Quelle autre question restait-il ?
I R. — La seule question du bois de chauffage et du
bois de construction.”
f^La question quant au bois de chauffage et de construction, était relativement aux règlements ordinaires applicables à tous les colons, qui étaient obligés de payer certaines redevances pour le bois qu’ils prenaient sur les terres du Gouvernement, en surplus de ce qui suffisait à leurs besoins, dans l’intention de le vendre. Dans le cas des métis, la somme collectée pour redevances sur le bois de chauffage, et sur le bois de construction n’excédait pas une moyenne de cinq centins par année, pour chaque colon ! Charles Nolin, dans son témoignage pendant le procès, après avoir donné le récit des réclamations de Riel pour un octroi d’argent par le Gouvernement Canadien, en sa faveur, dit ce qui suit à l’égard de l’action du Gouvernement ; le M. Macdowall qu’il nomme est le représentant du district de Saskatchewan, au Conseil du Nord-Ouest : —
“ Le jour suivant, je reçus de Macdowall une réponse à un télégramme ; le télégramme disait que le Gouvernement allait faire justice aux droits des métis, niais ne faisait aucune mention d’une indemnité K Riel.
“ Q. — Avez-vous montré cette réponse à Riel 7
“ R.— J’ai montré, le Dimanche suivant, la réponse ■que j’ai reçue.
“ Q. — En quel mois était-ce ?
“ R. — En février.
“ Q.- — Au commencement du mois ?
“ R. — Oui.
“ Q. — Que dit l’accusé ?
“ R. — Il répondit que les Angla's volaient depuis 400 ans, qu’il était temps d’y mettre un terme, que cela avait duré assez longtemps.
“ Q. — Y a-t-il eu, au commencement de mars, une assemblée à l’établissement de Halcro.
“ R. — Oui.
“ Q.— Etiez- vous présent quand il a organisé| cette assemblée ?
“ R. — L’assemblée n’a pas été organisée par lui, exactement ; c’est moi qui l’avais organisée, mais l’accusé profita de l’occasion pour agir comme il a fait. L’assemblée avait été convoquée dans le but d’informer la population de la réponse que le Gouvernement avait faite à la pétition qu’elle lui avait adressée.”
C’est donc entièrement faux de dire, comme on l’a répété dans les journaux et les assemblées publiques, que le Gouvernement n’a rien fait avant que l’insurrection ait éclaté et que des vies eussent été sacrifiées.
Relativement à cette