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CHAPITRE Vin

Applicntinn des autres règles à des qnesUons particulière^?.

Il y a des questions de deux sortes, de simples et de compO' sées. La résolution des premières ne dépend que de la seule attention de l'esprit aux idées claires des termes qui les expriment. Les autres ne se peuvent résoudre que par comparaison à une troisième ou à plusieurs autres idées. On ne peut décou vrir les rapports inconnus qui sont exprimés par les termes de la question, en comparant immédiatement les idées de ces termes, car elles ne peuvent se joindre ou se comparer. Il faut donc une ou plusieurs idées moyennes, afin de faire les comparaisons nécessaires pour découvrir ces rapports, et observer exactement que ces idées moyennes soient claires et distinctes, à proportion que l'on tâche de découvrir des rapports plus exacts et en plus grand nombre.

Cette règle n'est qu'une suite de la première, et elle est d'une égale importance. Car s'il est nécessaire, pour connaître exactement les rapports des choses que l'on compare, d'en avoir des idées claires et distinctes, il est nécessaire pour la même raison, de bien connaître les idées moyennes par lesquelles on prétend faire ces comparaisons, puisqu'il faut connaître distinctement le rapport de la mesure avec chacune des choses que l'on mesure, pour en découvrir les rapports. Voici des exemples.

Lorsqu'on laisse nager librement un petit vase fort léger, dans lequel il y a une pierre d'aimant, si l'on vient à présenter au pôle septentrional de cet aimant le même pôle d'un autre aimant que l'on tient entre ses mains, aussitôt on voit que le premier aimant se retire, comme s'il était poussé par quelque vent violent. Et l'on désire de savoir la cause de cet effet.

11 est assez visible, que pour rendre raison du mouvement de cet aimant, il ne suffit pas de connaître les rapports qu'il a avec l'autre; car, quand même on les connaîtrait parfaitemei*

DE LA MÉTHODE, 2" Partie. 139

tous, on ne pourrait pas comprendre comment ces deux corps se pourraient pousser sans se rencontrer.

Il faut donc examiner quelles sont les choses que l'on connaît distinctement être capables, selon l'ordre de la nature, de remuer quelque corps, car il est question de déco«vrir la cause naturelle du mouvement de l'aimant, qui est certainement un corps. Ainsi il ne faut point recourir à quelque qualité, à quelque forme ou à quelque entité que l'on ne connaît point clairement être capable de remuer les corps, ni même à quelque intelligence; car on ne sait point avec certitude que les intelligences soient les causes ordinaires des mouvements naturels des corps, ni même si elles peuvent produire du mouvement.

On sait évidemment que c'est une loi de la nature, que les corps se remuent les uns les autres, lorsqu'ils se rencontrent. Il faut donc tâcher d'expliquer le mouvement de l'aimant par le moyen de quelque corps qui le rencontre. Il est vrai qu'il se peut faire qu'il y ait quelque autre chose qu'un corps qui le remue ; mais si l'on n'a point d'idée distincte de cette chose, il ne faut point s'en servir comme d'un moyen recevable pour découvrir ce qu'on cherche, ni pour l'expliquer aux autres. Car ce n'est pas rendre raison d'un effet, que d'en donner pour cause une chose que personne ne conçoit clairement. Il ne faut donc point se mettre en peine s'il y a, ou s'il n'y a pas quelque autre cause mutuelle du mouvement des corps, que leur mutuelle rencontre ; il faut plutôt supposer qu'il n'y en a point, et considérer avec attention quel corps peut rencontrer et remuer cet aimant.

On voit d'abord que ce n'est pas l'aimant qu'on tient en main, puisqu'il ne touche pas celui qui est remué. Mais parce qu'il n'est remué qu'à l'approche de celui qu'on tient en main, et qu'il ne se remue pas de lui-même, on doit conclure, que bien que ce ne soit pas l'aimant qu'on tient qui le remue, ce doit être quelques petits corps qui en sortent et qui sont poussés par lui vers l'autre aimant.

Pour découvrir ces petits corps, il ne faut pas ouvrir les yeux et s'approcher de cet aimant, car les sens imposeraient à la raison, et l'on jugerait peut-cire qu'il ne sort rien de l'aimant, à cause qu'on n'en voit rien sortir. On ne se souvien-

iîO DE LA UECllEIlCllF. DE LA VÉRITÉ.

drait peut-être pas, qu'on ne voit pas les vents, même les plus unpétucux, ni la matière subtile qui ' primitivement produit tous les effets naturels. Il faut se tenir ferme à ce moyen très «lair et très intelligible, et examiner avec soin tous les effets de l'aimant afin de découvrir comment il peut sans cesse pousser hors de lui ces petits corps, sans qu'il diminue. Car les expériences que l'on fera, découvriront que ces petits corps qui sortent par un côté, rentrent incontinent par l'autre, et elles serviront à expliquer toutes les difficultés que l'on peut former contre la manière de résoudre cette question. Mais il faut bien remarquer qu'on ne devrait pas abandonner ce moyen, quand même on ne pourrait répondre à quelques difficultés appuyées sur l'ignorance où l'on est de beaucoup de choses.

Si l'on ne souhaite pas d'examiner d'où vient que les aimants se repoussent, lorsqu'on leur oppose les mêmes pôles, mais plutôt d'où vient qu'ils s'approchent et qu'ils se joignent l'un à l'autre, lorsque l'on présente le pôle septentrional de l'un au pôle méridional de l'autre, la question sera plus difficile, et un •seul moyen ne suffira pas pour la résoudre. Ce n'est point assez de connaître exactement les rapports qui sont entre les pôles de ces deux aimants, ni de recourir au moyen que l'on a pris pour la question précédente, car ce moyen semble au contraire empêcher l'effet dont on chercherait la cause. Il ne faut point aussi recourir à aucune des choses que nous ne connaissons point clairement être les causes naturelles et ordinaires des mouvements corporels, ni nous délivrer de la difticulté de la question par l'idée vague et indéterminée d'une qualité occulte dans les aimants, par laquelle ils s'attirent l'un l'autre, ■car l'esprit ne peut concevoir clairement qu'un corps en puisse •attirer un autre.

L'imijonctrabilité des corps fait clairement concevoir que le mouvement se peut communiquer par impulsion, et l'expérience prouve sans aucune obscurité qu'effectrivement il se communique par cette voie. Mais il n'y a aucune raison, ni aucune •expérience qui démontre clairement le mouvement d'attrac-

' On vcrrj en partie la preuve dans le \6' éclaircissement. (Note de Malciraiichj.)

DE LA MÉTHODE, 2' Partie. HI

lion, car daus les expériences qui semblent les plus propres à prouver cette espèce de mouvement, on reconnaît visiblement, lorsqu'on en découvre la cause véritable et certaine, que ce qui paraissait i\e faire par attraction, ne se .ait que par impulsion 1. Ainsi il ne faut point s'arrêter à d'autre communication de mouvement qu'à celle qui se fait par impulsion, puisque cette manière est certaine et incontestable, et qu'il y a du moins quelque obscurité dans les autres qu'on pourrait imaginer. Mais quand on pourrait même démontrer, qu'il y a dans les choses purement corporelles d'autres principes de mouvement que la rencontre des corps, on ne pourrait raisonnablement rejeter celui-ci. L'on doit môme s'y arrêter préférablement à tout autre, puisqu'il est le plus clair et le plus évident, et qu'il parait si incontestable, qu'on ne craint point d'assurer qu'il a été reçu de tous les peuples et dans tous les temps.

L'expérience fait connaître qu'un aimant qui nage librement sur l'eau, s'approche de celui qu'on tient en la main, lorsqu'on lui présente un certain côté ; il faut donc conclure qu'il

est poussé vers lui. Mais comme ce n*est pas ra'.mant que l'oa tient qui pousse celai qui nage, puisque celui qui nage s'approche de celui que l'on lient, et que cependant celui qui nage ne se remuerait point, si l'on ne lui présentait celui que l'on lient, il est évident (|u"il faut rec );irir au moins à deux moyens

' Cost le ^■nin,l d:b,it cuire Ks ncwlu'.iiens et les carlésicns, qui a duré fiondaiit pies'p.e lont I,; xmii= siècle. Les cartésiens soutiennent l'iilée claire <le l'im.iulMnn contre l'attracti..n, qu'ils appellent une id.^e confuse ou une 5:inMé occrie.

142 DE LA RECHERCHE Dt- LA VÉilITÉ.

pour expliquer cette question, si Ton veut la résoudre par le principe reçu de la communicaiion des mouvements.

L'aimant d s'approche de l'aimant C; donc Tair ou la matière fluide et invisible qui l'environne, le pousse, puisqu'il n'y a point d'autre corps qui le puisse pousser, et c'est ià le premier moyen. L'aimant d ne s'approche qu'à la présence de l'aimant C, donc il est nécessaire que l'aimant C détermine l'air à pousser l'aimant d ; et c'est là le second moyen. Il est évident que ces deu.x moyens sont absolument nécessaires. De sorte que la difiiculté est présentement réduite à joindre ensemble ces deux moyens, ce que l'on peut faire en deux manières ; ou en commençant par quelque chose de connu dans l'air qui environne l'aimant d, ou en commentjant par quelque chose de connu dans l'aimant C.

Si Ion connaît que les parties de l'air et de tous les corps fluides sont en continuelle agitation, l'on ne pourra douter qu'elles ne heurtent sans cesse contre l'aimant d qu'elles environnent ; et parce qu'elles le heurtent également de tous côtés, elles ne le poussent pas plus d'un côté que de l'autre, tant qu'il y a autant d'air ou de matière subtile d'un côté que de l'autre. Les choses étant ainsi, il est facile de juger que l'aimant C empêche qu'il n'y ait autant de cet air dont nous parlons, vers a que vers b. Mais cela ne se peut faire qu'en répandant quelques autres corps dans l'espace qui est entre C el d ; il doit donc sortir des petits corps des aimants pour occuper cet espace. Et c'est aussi ce que l'expérience fait voir, lorsqu'on répand de la limaille de fer ' autour d'un aimant, car cette limaille rend visible le cours de ces petits corps invisibles. Ainsi ces petits corps chassant l'air qui est vers a, l'aimant d en est moins poussé par ce côté que par l'autre; et par ■conséquent il doit s'approcher de l'aimant C, puisque tout corps doit se mouvoir du côté d'oii il est moins poussé.

Mais si l'aimant d n'avait vers le pôle a plusieurs pores propres à recevoir les petits corps qui sortent du pôle B de l'autre aimant, et trop petits pour recevoir ceux de l'air tant grossier que subtil, il est évident que ces petits corps étant plus agités que cet air, puisqu'ils le doivent chasser d'entre les aimants,

• Voyez les Principes de la philosophie de Descartes, 4" partie. (Note d* Malebranebe.]

DE LA MÉTUODl::, 2" Partie. 143

ils pousseraient l'aimant d et l'éloigneraient de C. Ainsi puisque l'aimant d s'approche ou s'éloigne de C, lorsqu'on lui présente différents pôles, il est nécessaire de conclure que les petits corps qui sortent de Taimant C, passent librement, et sans repousser l'aimant rf, par le côté a, et le repoussent par le côté b. Ce que je dis d'un de ces aimants se doit aussi entendre de l'autre.

Il est visible que l'on apprend toujours quelque chose par cette manière de raisonner sur des idées claires et des principes incontestables. Car l'on a découvert que l'air qui environne l'aimant d était chassé d'entre les aimants par des corps qui sortent sans cesse de leurs pôles, et qui trouvent leur passage libre par un côté, et fermé par l'autre. Et si l'on voulait découvrir quelle est à peu près la grandeur et la figure des pores de l'aimant par lesquels ces petits corps traversent, il faudrait encore faire d'autres expériences ; mais cela nous conduirait où nous ne voulons pas aller, et où nous pourrions bien nous égarer. On peut consulter sur ces questions les Principes de la philosophie de M. Descartes, non pour suivre aveuglément les sentiments de ce savant philosophe, mais pour s'accoutumer à sa méthode de philosopher. Je dis seulement pour répondre à une objection qui frappe d'abord : d'où vient que ces petits corps ne peuvent rentrer dans les pores d'où ils sont sortis, qu'outre une grandeur ou une figure déterminée capable de produire cet effet, 1 inflexion des petites branches qui composent ces pores peut obéir en un sens aux petits corps qui les traversent, et se hérisser et leur fermer le passage en un autre sens. Le courant continuel de la matière subtile d'un pôle à l'autre dans les pores de l'aimant, suffît même pour empêcher qu'elle ne rentre par les pores dont elle est sortie, car une partie de cette matière ne peut pas vaincre ce courant pour se faire passage dans les pores dont elle est sortie, ni dans ceux du pôle de même nom, qui ont un courant contraire. De sorte qu'il ne faut point être trop surpris de la différence des pôles de l'aimant, car cette différence peut être expliquée on bien des manières, et il n'y a de la difficulté qu'à reconnaître la véritable.

Si l'on avait tâché de résoudre la question que l'on vient d'exa-painer en commençant par les petits corps qu'on suppose

iU DE LA HECHERCHE DE LA VEIUTE.

sortir de l'aimant C, on aurait trouvé la même chose, et l'on aiu'ait aussi découvert que l'air, tant le grossier que le subtil, est conaposé d'une infinité de parties qui sont dans une agitation continuelle, car sans cela il serait impossible que l'aimaal d put s'approcher de l'aimant C. Je ne m'arrête pas à expliquer ceci, parce qu'il n'y a nulle difficulté.

Voici une question plus composée que les précédentes, et dans laquelle il faut faire usage de plusieurs règles. On demande quelle peut être la cause naturelle et mécanique du mouvement de nos membres.

L'idée de cause naturelle est claire et distincte, si on l'entend comme je l'ai expliqué dans la question précédente ; mais le terme de mouvement de nos membres est équivoque et confus, car il y a plusieurs sortes de ces mouvements ; il y en a de volontaires, de naturels et de convulsifs. 11 y a aussi différents membres dans le corps de l'homme. Ainsi, selon la première règle, je dois demander duquel de ces mouvements on souhaite de savoir la cause. Mais si on laisse la question indéterminée, afin que j'en use à mon choix, j'examine la question de cette sorte.

Je considère avec attention les propriétés de ces mouvements. Et parce que je découvre d'abord que les mouvements volontaires se font d'ordinaire plus promptement que les convulsifs, j'en conclus que leur cause en peut être différente. Ainsi je puis, et je dois par conséquent examiner la question par parties, car elle parait être de longue discussion.

Je me restreins à ne considérer d'abord que le mouvement volontaire. Et parce que nous avons plusieurs parties qui servent à ces mouvements, je ne m'attache qu'au bras. Je considère donc que le bras est composé do plusieurs muscles, qui ont presque tous quelque action, lorsqu'on lève de terre ou qu'on remue diversement quelques corps ; mais je ne m'arrête qu'à un seul, voulant bien supposer que les autres sont à peu près formés d'une même manière. Je m'instruis de sa composition par quelque livre d'anatomie, ou plutôt par la vue sensible de ses iibres et de ses tendons, que je me fais disséquer par quelque habile anatomiste, à qui je fais toutes les demandes, qui pourront dans la suite me faire naître dans l'esprit quelque moyen de trouver ce que je cherche.

DE LA MÉTHODE, 2« Pautie. 14S

Considérant donc toutes choses avec allontion, je ne puis ilouter que le principe du mouvement de mon bras ne dépende de raccourcissement des muscles qui le composent. Et si je veux bien, pour ne pas m'embarrasser de trop de choses, sup- >»oser selon l'opinion commune, que cet accourcissement se îait par le moyen des esprits animaux qui remplissent le centre de ces muscles, et qui en approchent ainsi les extrémités, toute la question qui regarde le mouvement volontaire, sera réduite à savoir, comment le peu d'esprits animaux qui sont contenus dans un bras, peuvent en enfler subitement les muscles selon les ordres de la volonté , avec une force suffisante pour lever im fardeau de cent pesant et davantage.

Quand on médite ceci avec quelque application, le premier moyeu qui se présente à l'imagination, est d'ordinaire celui de quelque effervescence prompte et violente, semblable à celle de la poudre à canon, ou de certaines liqueurs remplies de sel alcali, lorsqu'on les mêle avec celles qui sont raides ou pleines de sel acide. Certaine quantité de poudre à canon est capable, lorsqu'elle s'allume, d'enlever non seulement un fardeau de cent livres , mais une tour et même une montagne. Les tremblements de terre qui renversent des villes, et qui secouent des provinces entières, se font aussi par des esprits qui s'allument sous terre à peu près comme la poudre à canon. Ainsi en supposant dans le bras une cause de la fermentation et de la dilafation des esprits, on pourra dire qu'elle est le principe de cette force qu'ont les iiommes pour faire des mouvements si prompts et si violents.

Cependant, comme on doit se défier de ces moyens qui n'entrent dans l'esprit que par les sens, et dont on n'a point de connaissance claire et évidente, on ne doit pas si facilement se servir tle celui-ci : car enfin il ne suffit pas de rendre raison de la force et de la promptitude de nos mouvements par ime comparaison. Celte raison est confuse, mais déplus elle est imparfaite ; car on doit expliquer ici un mouvement volontaire, €t la fermentation n'est pas volontaire. Le sang se fermente avec excès dans les lièvres, et l'on ne peut l'en empêcher. Les esprits s'enflamment et s'agitent dans le cerveau, et leur agitalion ne diminue pas selon nos désirs. Quand un homme remue le bras en diverses façons, il faudrait selon celte expiicalioa

T. II. d

A'iC, DE LA RECHERCHE DE LA VERITE.

qu"il se fit uQ million de fermentations grandes et petites, promptes et lentes, qui commençassent, et ce qui est encore plus difficile à expliquer, selon cette supposition, qui finissent dans le moment qu'il le veut. Il faudrait que ces fermentations ne dissipassent point toute leur matière, et que cette matière fût toujours prête à prendre feu. Lorsqu'un homme a fait 10 lieues, combien de mille fois faut-il que les muscles qui servent à marcher se soient emplis et vidés? et combien faudrail-il d'esprits si la fermentation les dissipait et les amortissait à chaque pas? Cette raison est donc imparfaite pour expliquer les mouvements de notre corps qui dépendent entièrement de notre volonté.

Il est évident que la question présente consiste dans ce problème des mécaniques : trouver par des machines pneumatiques le moyen de vaincre telle force comme de cent pesant, par une autre force si petite que l'on voudra, comme celle du poids d'une once, et que l'applicalion de cette petite force pour produire son effet dépende de la volonté. Or ce problème est facile à résoudre, et la démonstration en est claire.

On peut le résoudre par un vase qui ait deux ouvertures, dont l'une soit un peu plus de 1600 fois plus grande que l'autre, et dans lesquelles on insère les canons de deux soufflets égaux, et que l'on applique une force 1600 fois seulement plus grande que l'autre au souftlet de la plus grande ouverture, car alors la force 1600 fois plus petite vaincra la plus grande. Et la démonstration en est claire par les mécaniques, puisque les forces ne sont point justement en proportion avec les ouvertures, et que le rapport de la petite force à la petite ouverture, est plus grand que le rapport de la grande force à la grande ouverture.

Mais pour résoudre ce problème par une machine qui représente mieux l'effet des muscles que celle qu'on vient de donner, il faut souffler quelque peu dans un ballon, et appuyer ensuite 6ur ce ballon à demi enflé de vent, une pierre de o ou 600 pesant, ou l'ayant mis sur une table, le couvrir d'un ais, et cet ais d'une fort grosse pierre; ou faire asseoir un homme des plus pesants sur cet ais, en lui donnant même la liberté de se retenir à quelque chose afin de résister à l'enflure du ballon. Car si quelqu'un souffle de nouveau seulement avec la bouche

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dans ce ballon, il soulèvera la pierre qui le comprime, ou riio.uinp qnï est assis dessus, pourvu que le canal par lequel le veni entre dans le ballon, ait une soupape qui l'empécfio de sortir lorsqu'il faut reprendre haleine. La raison de ceci est que l'ouverture du ballon est si petite, ou doit être supposée si pelite par rapport à toute la capacité du même ballon qui résiste par le poids de la pierre, qu'une très petite force est capable d'en vaincre une très grande par cette manière.

Si l'on considère aussi que le souffle seul est capable de pousser une balle de plomb avec violence par le moyen des sarbacanes, à cause que la force du souffle ne se dissipe point et se renouvelle sans cesse, on reconnaîtra visiblement que la proportion nécessaire entre l'ouverture et la capacité du ballon étant supposée, le souffle seul peut vaincre facilement de très grandes forces.

Si donc l'on conçoit que les muscles entiers, ou chacune des fibres qui les composent, ont comme ce ballon une capacité propre à recevoir les esprits animaux, que les pores, par où les esprits s'y insinuent, sont peut-être encore plus petits à proportion que le col d'une vessie ou le trou d'un ballon, que les esprits sont retenus et poussés dans les nerfs à peu orès comme le souffle dans les sarbacanes, et que les esprits sont plus agités que l'air des poumons, et poussés .avec plus ae force dans les muscles qu'il ne l'est dans les ballons, on reconnaîtra que le mouvement des esprits qui se répandent dans les muscles peut vaincre la force des plus pesants fardeaux que l'on porte, et que si on ne peut en porter de plus pesants, le défaut de force ne vient point tant du côté des esprits, que de celui des fibres et des peaux qui composent les muscles, lesquels crèveraient si on faisait trop d'eflbrt. D'ailleurs, si l'on prend garde que par les lois de l'union de l'àme et du corps, les mouvements de ces esprits, quant à leur détermination, dépendent de la volonté des hommes, on verra bien que les mouvements des bras doivent être volontaires.

Il est vrai que nous remuons notre bras avec une telle promp titude, qu'il semble d'abord incroyable, que l'épanchement des esprits dans les muscles qui le composent, puisse être assez prompt pour cela. Mais nous devons considérer que ces esprits

us DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.

sont cxlrémeiiient agites, toujours préls à entrer d'un muscle dans l'autre, et qu'il n'en faut pas beaucoup pour les enfler aussi peu qu'il est nécessaire afin de les remuer seuls, ou lorsque nous levons de terre quelque chose de fort léger ; car lorsque nous avons quelque chose de pesant à lever, nous ne le pouvons pas faire avec beaucoup de promptitude. Les fardeaux étant pesants, il faut beaucoup enfler et bander les muscles. Pour les enfler en cette sorte, il faut davantage d'esprits qu'il n'y en a dans les muscles voisins ou antagonistes. Il faut donc quelque peu de temps pour faire venir ces esprits de loin, et pour on pousser une quantité capable de résister à la pesanteur. Ainsi ceux qui sont chargés ne peuvent courir, et ceux qui lèvent de terre quelque chose de pesant, ne le font pas avec autant de promptitude que ceux qui lèvent une paille.

Si l'on fait encore réflexion que ceux qui ont plus de feu, ou un peu de vin dans la tète, sont bien plus prompts que les autres, qu'entre les animaux ceux qui ont les esprits plus agités, comme les oiseaux, se remuent avec plus de promptitude que ceux qui ont le sang froid, comme les grenouilles, et qu'il y en a même quelques-uns comme le caméléon, la tortue, et quelques insectes, dont les esprits sont si peu agités, que leurs muscles ne se remplissent pas plus promptement, qu'un petit ballon dans lequel on soufflerait. Si l'on considère bien toutes ces choses, on pourra peut-être croire que l'explication, que nous venons de donner, est recevable.

3Iais encore que cette partie de la question proposée qui regarde les mouvements volontaires, soit suffisamment résolue, on ne doit pas cependant assurer qu'elle le soit entièrement, et qu'il n'y ait rien davantage dans notre corps qui contribue à ces mouvements, que ce qu'on a dit ; car apparemment il y a dans nos muscles mille ressorts qui facilitent ces mouvements par celui qu'ils reçoivent de la matière subtile et du sang des artères, lesquels seront éternellement inconnus à ceux mêmes qui devinent le mieux sur les ouvrages de Dieu.

La seconde partie de la question qu'il faut examiner, regarde les mouvements naturels, ou ces sortes de mouvements qui n'ont rien d'extraordinaire, rien de ce qu'ont les mouvements convulbifs ; mais qui sont absolument nécessaires à la conservation de la machine, et qui par conséquent ne dépendent poiQÎ entièrement de nos volontés.

DE LA MÉTHODE, 2- PAUriE. 149

Je considère donc d'abord, avec toute l'allention dont jo suis capable, quels sont les mouvements qui ont ces conditions, et s'ils sont entièrement semblables. Mais parce que je reconnais d'abord qu'ils sont presque tous différents les uns des autres, pour ne me pas embarrasser de trop de choses, je ne m'arrête qu'au mouvement du cœur. Cette parlie est la plus connue, et ses mouvements sont les plus sensibles. J'examine donc sa structure, et je remarque deux choses entre plusieurs autres. La première, qu'il est composé de fibres comme les autres muscles. La seconde, qu'il a deux cavités très considérables. Je juge donc que son mouvement se peut faire par le moyen des esprits animaux, puisque c'est un muscle, et que le sang s'y fermente et s'y dilate, puisqu'il y a des cavités. Le premier de ces jugements est appuyé sur ce que je viens de dire, et le second sur ce que le cn;ur est beaucoup plus chaud que toutes les autres parties du corps, que c'est lui qui répand la chaleur avec le sang dans tous nos membres, que ces deux cavités n'ont pu se former ni se conserver par la dilatation du sang; et qu'ainsi elles servent à la cause qui les a produites. Je puis donc rendre suffisamment raison du mouvement du cœur par les esprits qui l'agitent, et par le sang qui le dilate, lorsque ce sang se fermente ; car encore que la cause que j'apporte de son mouvement, ne soit peut-être pas la véritable, il me paraît certain qu'elle est suffisante pour le produire.

11 est vrai que le principe de la fermentation ou de la dilata tiou dos liqueurs n'est peut-être pas assez connu à tous ceux qui liront ceci, pour prétendi'e avoir expliqué un effet, lorsqu'on a fait voir en général que sa cause est la fermentation ; mais on ne doit pas résoudre toutes les questions particulières en remontant jusqu'aux premières causes. Ce n'est pas que l'on n'y puisse remonter, et découvrir ainsi le véritable système dont tous les effets particuliers dépendent, pourvu que l'on ne s'arrête qu'aux idées claires; mais c'est que celle manière de philosopher n'est pas la plus juste ni la plus courte.

Pour faire comprendre ce que je veux dire, il faut savoir qu'il y a des questions de deux sortes. Dans les premières, il s'agit de découvrir la nature et les propriétés de quelque chose. Dans les autres, on souhaite seulement de savoir, si une telle

loO DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.

chose a, ou n'a pas une telle propriété, ou si l'on sait qu'elle a ;i:iL' tàile propriété, on veut seulement découvrir quelle en est la cause.

Pour résoudre les questions du premier genre, il faut considérer les c oses dans leur naissance, et les concevoir toujours s'engendrer par les voies les plus simples et les plus naturelles. Pour résoudre les autres, il faut s'y prendre d'une manière bien différente; il faut les résoudre par des suppositions et examiner si ces suppositions font tomber dans quelque absurdité, ou si elles conduisent à quelque vérité clairement connue.

Si l'on veut, par exemple, découvrir quelles sont les propinétés de la roulette, ou de quelqu'une des sections coniques, il faut considérer ces lignes dans leur génération, et les former selon les voies les plus simples et les moins embarrassées; car c'est là le meilleur et le plus court chemin pour en découvrir la nature et les propriétés. On voit sans peine que la sous-tendante de la roulette est égale au cercle qui l'a formée; et si l'on n'en découvre pas facilement beaucoup de propriétés par cette voie, c'est que la ligne circulaire qui sert à la former n'est pas assez connue. Mais pour les lignes purement mathématiques, ou dont on peut connaître plus clairement les rapports, telles que sont les sections coniques, il suffit pour en découvrir un très grand nombre de propriétés, de considérer ces lignes dans leur génération. Il faut seulement prendre garde, que pouvant s'engendrer par des mouvements réglés en plusieurs manières, toute sorte de gêné» ration n'est pas également propre à éclairer l'esprit, que les plus simples sont les meilleures, et qu'il arrive cependant que certaines manières particulières sont plus propres que les autres à démontrer quelques propriétés particulières.

Mais s'il n'est pas question de découvrir en général les propriétés d'une chose, mais de savoir si une chose a une telle propriété. Alors il faut supposer qu'elle l'a effectivement, et examiner avec attention ce qui doit suivre de cette supposition, si elle conduit à une absurdité manifeste, ou bien à quelque vérité incontestable, qui puisse servir de moyen pour découvrir ce qu'on cherche. Et c'est là la manière dont les géomi'>tre3 se servent pour résoudre leurs problèmes. Ils supposent ce qu'ils cherchent, et ils examinent ce qui en doit arriver. Ils considèrent attentivement les rapports qui résultent de leur supposi-

DE LA METHODE, 2» Partie. I.J1

tion. Ils reprcsenteat tous ces rapports qui renferment les conditions du problème par des équations, et ils réduisent ensuite ces équations selon les l'ègles qu'ils en ont, en sorte que ce qu'il y a d'inconnu se trouve égal à une ou plusieurs choses enlièreniiînt connues.

S'il est donc question de découvrir en général la nature du ^eu et des différentes fermentations, qui sont les causes les plus universelles» ores cuets naturels, je dis que la voie la plus courte et la plus sûre est de l'examiner dans son principe. Il faut considérer la formation des corps les plus agités, et dont le mouvement se répand dans ceux qui se fermentent. Il faut par des idées claires et par les voies les plus simples, examiner ce que le mouvement est capable de produire dans la matière. Et parce que le feu et les différentes fermentations sont des choses fort générales, et qui dépendent par conséquent de peu de causes, il ne sera pas nécessaire de considérer longtemps ce dont «i matière est capable, lorsqu'elle est animée par le mouvement, pour reconnaître la nature de la fermentation dans son principe i, et, l'on apprendra en même temps plusieurs autres choses absolument nécessaires à la connaissance de la physique. Au lieu que si l'on voulait raisonner dans cette question par suppositions, afin de remonter ainsi jusqu'aux premières causes, et jusqu'aux lois de la nature, selon lesquelles toutes choses se forment, on ferait beaucoup de fausses suppositions qui ne serviraient à rien.

On pourrait bien reconnaître que la cause de la fermentation est le mouvement d'une matière invisible, qui se communique aux parties de celle qui s'agite ; car on sait assez que le feu et les différentes fermentations des corps consistent dans leur agitation, et que, par les lois de la nature, les corps ne reçoivent immédiatement leur mouvement que par la rencontre de quelques autres plus agités. Ainsi on pourrait découvrir qu'il y a une matière invisible, dont l'agitation se communique pa' la fermentation aux corps visibles. Mais il serait moralement impossible, par la voie des suppositions, de découvrir comment cola se fait; et il n'est pas de beaucoup si difficile de le décou-

' Voyez 1'.' 16= éclaircissement, depuis ce que je dis do la gènOi-jtion do feu jusqu'à la lin. ^Xote de Malebranche.)

Jo2 DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.

vrir. lorsau'on examine la formation des éléments ou des corps <lont 11 y a un plus grand nombre de même nature, comme on le peut voir eu partie par le système de M. Descaries.

L,a troisième partie de la question, qui est des mouvements convuisifs, ne sera pas extrêmement difficile à résoudre, pourvu que 1 on suppose qu'il y a dans les corps des esprits animaux capables de quelque fermentation, et des humeurs assez pénétrantes pour s'insinuer dans les pores des nerfs, par où les esprits se répandent dans les muscles, pourvu aussi que Von ne prétende point déterminer quelle est la véritable dispositiou des parties invisibles qui contribuent à ces mouvements convulsifs.

Lorsque l'on a séparé un muscle du reste du corps, et que l'on le tient par les extrémités, on voit sensiblement qu'il fait effort pour se raccourcir lorsqu'on le pique par le ventre. Il y a de l'apparence que ceci dépend de la construction des parties imperceptibles qui le composent, lesquelles comme autant de ressorts sont déterminées à de certains mouvements par celui de la piqûre. Mais qui pourrait s'assurer d'avoir trouvé la véritable disposition des parties qui servent à produire ce mouvement, et qui pourrait en donner une démonstration incontestable? Certainement cela parait impossible, quoique peut-être à ïorce d'y penser, l'on puisse imaginer une construction démuselés propre à faire tous les mouvements dont nous les voyons capables. Il ne faut donc point penser à déterminer quelle est la véritable construction des muscles. Mais parce qu'on ne peut raisonnablement douter, qu'il n'y ail des esprits susceptibles de quelque fermentation par le mélange de quelque matière subtile, et que les humeurs acres et piquantes ne puissent s'insinuer dans les nerfs, on peut le supposer.

Pour résoudre la question proposée, il faut donc examiner d'abord combien il y a de sortes de mouvements convulsifs ; et parce que le nombre en parait indéfini, il faut s'arrêter aux principaux, dont les causes semblent être différentes. Il faut considérer les parties dans lesquelles ils se font, les maladies qui les précèdent et qui les suivent : s'ils se font avec douleur ou sans douleur, et sur toutes choses quelle est leur promptitude et leur violence. Car il y en a qui se font avec promptitude et violence, d'autres avec promptitude sans violence^

DE LA MÉTHODE, 2" Partie. 153

:«t d'auti'es avec violence sans promptitude, et d'autres enfin sans violence et sans promptitude. Il y en a qui finissent et aui recommencent sans cesse, il y en a qui tiennent les parties raides et sans mouvement pour quelque temps, et il y en a qui en ôtent entièrement l'usage, et ([ui les défigurent.

Toutes ces choses considcr^'es, il n'est pas difficile d'expliquer en général, comment ces mouvements convulsifs se peuvent faire, après ce qu'on vient de dire des mouvements naturels et des mouvements volontaires. Car si l'on conçoit qu'il se mêle avec les esprits, qui sont contenus dans un muscle, quelque matière capable de les fermenter, ce muscle s'entlera et produira dans celte partie un mouvement convulsif.

Si l'on peut facilement résister à ce mouvement, ce sera une marque que les nerfs ne seront point bouchés par quelque humeur, puisque l'on peut vider le muscle des esprits qui y sont entrés, et les déterminer à entier le muscle antagoniste. Mais si l'on ne le peut, il faudra conclure que les humeurs piquantes et pénétrantes ont au moins quelque part à ce mouvement. Il peut même quelquefois arriver que ces humeurs soient la cause de ces mouvements convulsifs ; car elles peuvent déterminer le cours des esprits vers certains muscles, en ouvrant les passages qui les y portent, et en fermant les autres, outre qu'elles peu vent en raccourcir les tendons et les fibres en pénétrant leurs pores.

Lorsqu'un poids fort pesant pend au bout d'une corde, on l'élève notablement si l'on mouille seulement cette corde, parce que les parties de l'eau s'insinuant comme autant de petits coins entre les filets dont la corde est composée, elles raccourcissent en l'élargissant. De même les humeurs pénétrantes et piquantes s'insinuant dans les pores des nerfs, les raccourcissent, tirent les parties qui y sont attachées, et produisent dans le corps des mouvements convulsifs, qui sont extrêmement lents, violents et douloureux, et laissent souvent la partie dans une contorsion extraordinaire pendant un temps considérable.

Pour les mouvements convulsifs qui se font avec promptitude, ils sont causés par les esprits. Mais il n'est pas nécessaire que les esprits reçoivent quelque fermentation, il suffit pour cela, que les conduits par où ils passent, soient plus ouverts par uu côté que par un autre.

r6i DE LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ.

Quand toutes les parties du corps sont dans leur situation naturelle, les esprits animaux s'y répandent également et promptement par rapport au besoin de la machine, et ils exécutent fidèlement les ordres de la volonté. Mais lorsque les humeurs troublent la disposition du cerveau et qu'elles changent ou re- TiUient diversement les ouvertures des nerfs, ou que pénétrant dans les muscles, elles en agitent les ressorts, les esprits se répandent dans les parties d'une manière toute nouvelle, et produisent des mouvements extraordinaires sans que la volonté \' ait pari.

(^epemlanl on peut quelquefois par une forte résistance empêcher quelques-uns de ces mouvements, et diminuer même peu à peu les traces qui servent à les produii'e, quoique l'habituJe soit toute formée. Ceux qui prennent garde à eux s'empêchent assez facilement de faire des grimaces, ou de prendre un air ou une posture indécente, quoique le corps y soit disposé; ils surmontent même ces choses, quoiqu'elles soient fortifiées par l'habitude, mais avec beaucoup plus de peine, car il faut toujours les combattre dans leur naissance, et avant que le cours des esprits se soit fait un chemin trop difiicile à fermer.

La cause de ces mouvements est quelquefois dans le muscle qui est agité ; c'est quelque humeur qui le pique, ou quelques «sprits qui s'y fermentent. Mais on doit juger qu'elle est dans le cerveau, principalement lorsque les convulsions n'agitent pas seulement une ou deux parties du corps en particulier, mais presque toutes, et encore dans plusieurs maladies qui changent 3a constitution naturelle du sang et des esprits.

U est vrai qu'un seul n(!rf ayant quelquefois différentes branches, qui se répandent dans des parties du corps assez éloignées, comme sur le visage et dans les entrailles, il arrive assez souvent que la convulsion, ayant sa cause dans une partie dans laquelle quelqu'une de ses branches s'insinue, se peut communiquer à celles oii les autres branches répondent, sans que le cerveau en soit la cause, et que les esprits soient corrompus.

Mais lorsque les mouvements convulsifs sont communs à presque toutes les parties du corps, il est nécessaire de dire, ou que les esprits se fermentent d'une manière extraordinaire, ou que l'ordre et l'arrangement des parties du cerveau est troublé, ou que toutes ces deux choses arrivent. Je ne m'ar-

DE LA MkTHODK, 2» Partie. 1->5

rête pas davantage à cette question, car elle devient si composée et dépend de tant de choses, lorsqu'on descend dans le particulier, qu'elle ne peut pas facilement servir à expliquer clairement les règles que l'on a données.

11 n'y a point de science qui fournisse davantage d'exemples nropres pour faire voir l'utilité de ces règles, que la géométrie, et principalement l'algèbre, car ces deux sciences en sont un usage continuel. La géométrie fait clairement connaître la nécessité qu'il y a à commencer toujours par les choses les jilus simples, et qui renferment le moins de rapports. Elle examine toujours ces rapports par des mesures clairement connues. Elle retranche tout ce qui est inutile pour les découvrir; elle divise en partie les questions composées. Elle range ces parties et les examine par ordre, lintin le seul défaut i|ui se rencontre dans cette science, c'est, comme j'ai déjà dit ailleurs, qu'elle n'a point de moyen fort propre pour abréger les idées et les rapports qu'on a découverts. Ainsi quoiqu'elle règle l'ima gination, et qu'elle rende l'esprit juste, elle n'en augmente paà de beaucoup l'étendue, et elle ne le i*end point capable de découvrir des véritéri fort composées.

Mais l'algèbre apprenant à abréger continuellement, et de la manière du monde la plus courte, les idées et leurs rapports, elle augmente extrêmement la capacité de l'esprit ; car on ue peut rien concevoir de si composé dans les rapports des grandeurs, que l'esprit ne puisse avec le temps le découvrir par les moyens qu'elle fournit, lorsqu on sait fa voie dont il s'y faut prendre.

La cinquième règle et les autres, où il est parlé de la manière d'abréger les idées, ne regardent que cette science ; car l'on n'a point dans les auti'es sciences de manière commode de les abréger ; ainsi je ne m'arrêterai pas à les expliquer. Ceux qui ont beaucoup d'inclination pour les mathématiques, et qui veulent donner à leur esprit toute la force et toute l'étendue dont il est capable, et se mettre ainsi en état de découvrir par eux-mêmes une infinité de nouvelles vérités, s'étant sérieusement appliques à l'algèbre, reconnaîtront que si cette science est utile à la recherche de la vérité, c'est parce qu'elle observe les règles que nous avons prescrites. Mais j'avertis que par l'algèbre j'entends principalement celle dont M. Descartes et quelques autres se sont servis.

156 DK LA UECHERCHli DE LA VÉRITÉ.

Avant que de finir cet ouvrage, je vais donner un exemple un peu étendu, pour faire mieux connaître l'utilité que Ton peut retirer de tout ce livre. Je représente dans cet exemple les démarches d'un esprit qui, voulant examiner une question assez importante, fait etfort pour se délivrer de ses préjugés. Je le fais même tomber d'abord dans quelque faute afin que cela réveille le souvenir de ce que j'ai dit ailleurs; mais son attention le conduisant enfin à la vérité qu'il cherche, je le fai* parler positivement, comme un homme qui prétend avoir v^ solu la question qu'il a examinée.

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