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On voit d’après ce qui précède que les Ossèthes actuels présentent des caractères anthropométriques offrant autant d’afinité avec les Géorgiens et les Tchetchènes qu'avecles Iraniens auxquels on a voulu les réunir jusqu’à ce jour. Ce sont donc des Caucasiens au même titre que les Géorgiens, les Tcherkesses ou les Lesghiens avec lesquels ils sont mélés déjà depuis longtemps dans de notables proportions. Toute ois on doit remarquer que les résultats de ces mélanges varient suivant Phabitat des tribus. C’est ainsi que les Ossèthes vivant dans le voisinage des Kabardiens présentent quelques-uns des caractères propres à ce peuple; ceux qui, au sud, sont en contact avec les Géorgiens offrent, avec ces derniers, certaines analogies. Enfin, à
l'est, on les voit mêlés aux Tchetchènes et aux divers peuples tatars qui les entou-
rent au point de se confondre quelquefois avec eux. C’est à ces mélanges qu'il faut
attribuer la diversité des types que l’on rencontre chez les Ossèthes. L'origine de ce peuple, sur laquelle les historiens ont donné des renseignements aussi vagues que contradictoires, me paraît devoir être rattachée à celle de la
population protohistorique qui a laissé la remarquable nécropole de Koban, popu-
lation qui semble pouvoir être rapprochée des Sémites primitifs de la Mésopotamie.
L'indice céphalique moyen des Kobaniens protohistoriques (73,47 à 78,37), qui paraît si bas si on le compare à celui des Ossèthes actuels du même pays (78,94 à
84,78), ne peut être un argument contre cette théorie. Une des raisons qui per-
mettent de la soutenir réside dans ce fait capital que les crânes babyloniens mesurés par M. Hamy présentent, ainsi que des Arabes modernes d'Asie, des
indices variant de 71 à 79.
Un autre fait enfin dont on doit tenir compte également, c’est l'influence sur le type ossèthe primitif des populations ouralo-altaïques ou scythiques qui se sont répandues dans toute la contrée durant les cinq ou six derniers siècles qui ont précédé notre ère, et dont on a trouvé de si nombreuses traces en Digorie, en Kabarda et ailleurs dans le nord du Caucase.
La dolichocéphalie des Ossèthes protohistoriques, qui paraît contraster avec la brachycéphalie de leurs descendants, n’a rien de très surprenant. On observe des faits analogues pour les Natoukaïs et les Chapsoughs. Chez les premiers, des crânes
anciens ont donné un indice céphalique moyen de 75,78, tandis que la moyenne de
Gauc. IV. 23
182 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE la population actuelle monte à 83,08. Chez les seconds, la moyenne de l’indice céphalique des crânes anciens, qui est de 19,03, atteint actuellement 82,04.
On doit remarquer aussi que les Ossèthes actuels du Térek, qui ont été beaucoup moins que ceux de Koban en contact avec les populations brachycéphales d’origines diverses, ont gardé un indice céphalique moyen de 80,75 très voisin de celui
des Tcherkesses et des Kurdes, tandis que les autres, qui se sont fortement mêlés
aux Kabardiens (84,54) et aux Grousiens (85,85), ont atteint l’indice élevé de 84,78.
HOHEMNCRIENES
Les Tchetchènes ou Tchelchenses occupent la contrée située entre les montagnes
des Lesghiens, la Sounja et le Térek supérieur, comprenant tout le Daghestan
occidental.
Jésignés sous le nom de Misdjéohi par les Lesghiens et les Koumouks, de Kistes
par les Géorgiens, les Tchetchènes se donnent eux-mêmes le nom de Naktchoi. Celui de Tchetchènes leur vient, paraît-il, de l’aoul T'ehetchen, situé sur PArgoun
près du défilé de Khan-Kali dans la Grande-Tchetchena, aoul qui était jadis le lieu
de tous les rassemblements qui se formaient pour entreprendre des expéditions contre la Russie.
Le territoire des Tchetchènes est arrosé par la Sounja qui sépare la Grande- Tchetchena où région haute, de la Petite-Tchetchena ou région basse, C’est un
pays très fertile et qui fournit surtout du blé en abondance.
Je Gille, qui visita ces peuples en 1859, les a divisés de la manière suivante :
1° Ceux qui habitent les montagnes fertiles et boisées dans le Salatau ou la Slatavie, en partie enlevée à Chamyl en 1857. Ils forment une population mêlée de Koumouks, de Tchetchènes et surtout de Lesghiens ;
2° Les habitants del’Atoukh, vis-à-vis de la plaine Koumouke, sur le Yaman-Sou
et le Varath-Sou, entre la rive droite de l’Aksaï et la rive gauche de l’Aktache;
184 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE 3° Les habitants de l’Itschkéry, Tehetchena montagneuse sur la haute Aksaï; | 4 Les habitants de la Grande-Tchetchena; | 5° Les habitants de la Petite-Tchetchena; 6° Les autres fractions de ce peuple habitant les hautes vallées de l’Assa, de la ll Fortanga, les sources de la Ghékhy, du Charo-Argoun et du Tehanty-Argoun * (fl Ils se divisent en plusieurs tribus parlant des dialectes différents. A côté des 7chelchènes proprement dits qui constituent la peuplade la plus
en Grands Kistes et en Petits Kistes, les
puissante, se placent les Aistes divis
Ingouches, les Galgaïs, les Karaboulaks et les Zischhériens. Ces dernières sociétés se formèrent à la suite de l’accroissement de la population chez les Tchetchènes. In
1859, les Galgaïs, les Petits Kistes et les Karaboulaks étaient, en grande partie,
soumis à la Russie,
D'une façon générale, les Tchetchènes disent qu’ils sont sortis, il y a bien des siècles, de leur patrie Natchkoï, dans les hautes montagnes, et que par suite de ’insuffisance du terrain, ils sont descendus dans les vallées.
sède aucune donnée précise sur l’origine de ces peuplades à cause de
Onne pos l'absence de toute littérature parmi elles et de l'isolement dans lequel vivent lesdiverses
| {| amilles. La tradition seule, ce livre d'histoire parlée, nous éclaire quelque peu sur |
ul se 4e 5 . . . . . + ,
, eur filiation et leur établissement dans les districts qu’elles habitent aujourd’hui. Ils auraient, disent-ils, pour ancêtre un Arabe du nom d’Ali, né à Damas. Ce der-
nier, ayant commis un méfait à Stamboul pour lequel il devait subir une condamna-
ion, s'enfuit au Caucase sur un navire marchand, et, après avoir erré longtemps dans
| | es montagnes, s'arrêta chez les Galgaïs. S’étant marié avec une fille de cette race, | | il lui naquit un fils chez lequel on remarqua dans lamain droite une callosité ayant la forme d’un fromage, ce qui lui valut le surnom de Notchko qui signifie fromage en
galgaï. Ce fils d’Ali donna à sa majorité des preuves d’audace et de force qui le firent
surnommer Towrkal, nom qui signifie héros en tchetchène. Plus tard, Notchko ayant
enlevé une baigneuse et sa servante aux eaux de Bechtau (Piatigorsk), il en fit ses Le) Le)
femmes. La baigneuse lui donna trois fils et la servante deux. À la suite de discus-
sions, la famille se sépara. Les fils de la servante émigrèrent dans la montagne et se
| 4 D'après DE GiLue, loc. cit., p. 107.
PEUPLES GAUCASIENS 185 fixèrent dans la vallée de Mesti; les fils de la baigneuse se Séparèrent des Galgaiïs et émigrèrent en aval du pays. L’aîné vint habiter la région qui porte aujourd’hui le nom de Petite-Tchetchena. Les deux autres frères allèrent demeurer non loin de l’ainé. De cestrois fils portant le nom de Notchkoï ou Natchkoï, descend la race des vrais Tchetchènes qui, en se multipliant, et en recevant des émigrés parmi eux, s’étendirent
du Gechi à l’Argoun et à la Mitchich. C’est de là que vient le nom de Mätchichutch
ou Misdjeghi donné par les Koumouks aux Tehetchènes, et qui ne s'applique, en
réalité qu'aux habitants des rives de la Mitchich.
Il est curieux de remarquer que les Kabardiens et plusieurs autres tribus du
Caucase revendiquent également une origine arabe. Une autre tradition répandue
el
hez ce peuple si intéressant est la suivante : « Du côté de Bache-Sama (Kazbek), disent les vieillards, il y a des montagnes d’où sortent les rivières Assa, Fortanga et Jecha. Ge sont les montagnes Aki-Sam des Sam-Kristi (montagnards chrétiens). Ils ÿ ont habité dans les temps anciens, et c’est notre berceau comme celui de toutes les autres races tchetchènes. Il s’est succédé quatorze générations depuis que
la branche des Sam-Kristi, que nous représentons, quitta sa patrie pour se répandre
du côté du lever du soleil. Ils quittèrent leur pays par suite de l'accroissement de leur nombre.
« Au début, disent-ils, chaque société était si peu nombreuse, qu’elle n'avait
qu'une marmite qui servait à préparer le repas de toutes les familles réunies. Une fois par an, au printemps, on y cuisait de la viande de bête à cornes, à l’occasion d’un grand festin, et l’on buvait de la bière préparée en commun. Sur cette marmite étaient gravés les noms de toutes les familles faisant partie de la communauté. On y préparait les mets pour les noces et les festins. Mais les familles devinrent sinombreuses, que le repas en commun ne put plus avoir lieu. Alors, elles se dispersèrent tellement qu'elles perdirent même l’usage de la marmite sur laquelle on ne prêta plus serment dans les procès et les affaires importantes.
« Dans le cours de leur marche, les émigrés traversèrent l’Argoun et l’Aksaï,
mais ne s’y arrêtèrent pas, car le pa
était encore couvert de forêts, de marais et de
glaces.
« Se reposant derrière les montagnes d’Aksaï, ils virent de loin une plaine
immense et inhabitée, traversée par une rivière brillante comme un sabre nu, et
186 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE les traces d’un autre cours d’eau : c’étaient le Térek et la Soulak. Ces plaines sont habitées actuellement par les Koumouks et les Nogaïs.
« Longeant les rives de l’Iarak et de l’Aktache, les émigrés rencontrèrent des plaines vierges où ils virent des oiseaux, un horizon clair et des arbres utiles. Ils s’arrétèrent vers l’Aktache dont les eaux parurent aux plus âgés rappeler le plus celles du pays natal. Ils y établirent un premier village du nom de Chirchi (actuellement Yurt). Les premiers émigrants des montagnes Aki-Sam vers les rives de lTarak et de l’Aktache furent les familles Partchkoï (Petchhoï) et Tsetchoï (Zsetsoi). Le pays était complètement inhabité, et la plaine koumouke était alors couverte d’une
forêt touffue remplie d’animaux sauvages. De l’autre côté, dans le pays des Andis, il
n’y avait qu'un seul aoul ne renfermant qu'une seule famille. Partout le pays était riche mais inculte. Le sommet des montagnes était couvert d’épais pâturages et les ravins qui s'étendent jusqu’au Térek étaient couverts de forêts où abondaient les chamoiïs, les bouquetins et les cerfs.
« Tout ce territoire appartenant à Dieu, les émigrés le reçurent avec respect par droit de premier occupant. Enfin, la première préoccupation des plus âgés, en s’y installant, fut de préparer les lois, après y avoir müûrement réfléchi, lesquelles lois sont venues jusqu’à nous ‘. » ;
Cette tradition, quoique d’une citation un peu longue, donne une idée trop exacte
de cette vie toute patriarcale des montagnes du Caucase, pour ne pas être rapportée.
Ces mêmes lois des vieillards de la tradition se sont conservées intactes à travers les siècles et, il y a peu d’années encore, les Tchetchènes n’en connaissaient pas d’autres. De toutes les lois sur la propriété et le partage des terres, seul Le droit de premier occupant est resté sacré et indiscuté; quant aux autres, elles sont
l’objet d’interminables disputes ?.
Depuis le xvr° siècle, les Tchetchènes ont eu à combattre successivement les Nogaïs, puis les Kalmouks,les Kabardiens, les Koumouks et enfin les Russes. Cette e] ? ,
dernière et suprème lutte commença au milieu du xvn° siècle.
Les généraux Yermolof et Beliaminof furent de terribles adversaires pour les
4 Popor, Descr. géog. et ethn. du district de Tersk, loc. cit.
? VroTsky, loc. cit.
PEUPLES CAUCASIENS 187 Tchetchènes. Ce fut alors que Chamyl, profitant avec adresse de leur fanatisme, les poussa à un combat acharné et désespéré. Mais malgré l’héroïque résistance que
ces hommes libres déployèrent pour conserver leur indépendance, ils durent céder
devant la tactique européenne. Les expéditions dirigées par le prince Bariatinsk
et le comte Erdokimof eurent raison de ce malheureux peuple dont l'existence poli
tique fut désormais anéantie.
À la suite de lasoumission du Caucase, la Russie résolut de faire abandonner la montagne à cette belliqueuse peuplade, en lui proposant de lui concéder des terrains
dans les vastes plaines de Mozdok. Mais beaucoup de Tchetchènes préfèrèrent émi-
grer dans la Turquie d’Asie, parmi des peuples de leur religion. La Russie et la Por
consentirent à celte modification du plan primitif et l'itinéraire des émigrants fut réglé en 1864. Ils devaient suivre la route de Tiflis, passer la frontière à Alexandropol, puis prendre la direction de Kars, d’Erzeroum, de Much et aller s’établir dans les plaines situées au delà de Diarbékir.
Les Tchetchènes, sous la direction d'Husred-Pacha, commissaire de la Porte, et de Zelenoï, capitaine d'état-major russe, quittèrent leur patrie par convoi de cent à deux cents familles. Cette navrante émigration d’une nation entière suivie de ses troupeaux, commença dans les premiers jours de cette même année.
L'établissement des Tchetchènes n’eût point présenté de grandes difficultés, si les
chemins de Much à Diarbékir eussent été praticables. Mais, d’une part, l’impossi-
bilité de parvenir jusqu’à cette dernière ville, de l’autre, les renseignements défavorables que recevaient les chefs de famille sur le lieu qui leur était destiné, arrétèrent la marche des convoisqui se massèrent successivement auprès de Kars et de Much, et
devinrent bientôt menaçants pour la contrée. Le souverneur des provinces d'Erze-
roum, Emin-Pacha, résolut de faire évacuer le pays à cette multitude indisciplinée, mécontente, et qui se livrait au brigandage sur les routes; il fit assioner aux émigrants d’autres régions plus fertiles, situées vers Palou, Karpout et Bitlis. Mais les chefs, dont la défiance avait été éveillée, opposèrent à Emin-Pacha une résistance inattendue, qu’il ne put vaincre que par la force. Les Tchetchènes campés auprès de
Much furent au commencement de novembre dirigés vers Bitlis . Dès leur arrivée
4 Vivre De Saixr-ManriN, L'Année géographique, 1865, p. 196.
dans l'Arménie turque, sans ressources, sans terres, ils entrèrent en lutte avec leurs nouveaux voisins et, comme les Kurdes, ne vécurent que de pillages et des produits de leurs troupeaux.
D’après le dernier recensement de 1881 la population de la Tchetchena s'élevait à cent quatre-vingt mille habitants. Mais depuis cette époque les émigrations n’ont pas cessé.
D'après les renseignements officiels, il y avait en 1884 quatre mille Tchetchènes émigrés dans les villages d’Erzeroum et cinq cents dans celui de Van.
La colonie tchetchène a été internée surtout aux environs de Sivas, où elle occupe trois villages composés de. cent maisons environ: elle est venue directement de la valléede Nasran par Tiflis et Kars.
Lors de mon passage dans les célèbres défilés de Bitlis, en juin 1881, c’est par centaines que j'ai rencontré des bandes de ces fugitifs couverts de leurs tcher-
kas en haillons et dont le brigandage dans leur vie errante était le principal
ke
istence. Ce n’est pas sans une certaine terreur que les Kurdes et les Armé-
moyen d’ex niens de la région se croisent dans leurs sentiers sauvages et escarpés avec ces malheureux Caucasiens qui sont indistinctement, pour eux, des Tcherkesses, qu’ils
viennent ounon du Caucase oriental ou du Caucase occidental.
Les Tehetchènes sont très attachés à leur pays. Ils ne s’en éloignent jamais sans
beaucoup de regrets, et c’est toujours avec un vif empressement qu'ils reviennent dans leurs belles forêts de hêtres. Aussi est-ce une punition sévère pour un Tchetchène que d’être déporté à quelques verstes seulement desa patrie, de l’autre côté du
ment la nostalgie violente qui a dû
Térek par exemple. D’après cela, on se figure ai s’emparer des malheureux émigrés en Turquie. Ils nese décidèrent pas facilement à cet exode, et ne partirent que sous l'influence de quelques agitateurs qui leur dépeienaient sous de brillantes couleurs le tableau de la vie qui les attendait dans leur nouvelle patrie. On leur fit entrevoir qu’ils y seraient considérés comme des mouchadjirs, et qu’ils bénéficieraient de toutes les prérogatives attachées à cette secte sainte. Ce quiles confirmait dans cette idée, c’était la vénération que Chamyl professait à l'égard des mouchadjirs. Les paroles et les promesses des meneurs ont
décidé les Tehetchènes à quitter leur patrie, mais le sans-eène et l’indifférence des
Tures pour ces émigrés qu’ils appellent « chacals » ont bien vite refroidi ces rêveurs
PEUPLES CAUCASIENS 189 devenus humbles et sceptiques. Actuellement le Tehetchène pleure sur sa situation
et recherche la moindre occasion qui lui permettra de retourner dans ses monta-
gnes. Le chant suivant, rapporté par M. Vrotsky, dépeint bien la mélancolie de ces exilés bien moins grossiers qu’on serait tenté de le croire :
« Petits oiseaux, volez jusqu’à la Petite-Tchetchena, portez à ses habitants un salut, et dites-leur : Quand vous entendrez un cri dans la forêt, pensez à nous, à nous qui sommes sans abri et rôdons chez les autres sans espoir d’issue ! Quand le oup hurlaït la nuit, nous pensions que c'était parce qu’il avait faim; mais non, c’est arce qu'il avait quitté son repaire. Ne sommes-nous pas semblables à ce loup ? arrachés à la patrie et sans les tombeaux de nos ancêtres. Pourquoi Dieu nous unit-11? » Tels sont les chants plaintifs des Tchetchènes hors de chez eux.
Les Tchetchènes sont orands et bien faits. Dans la classe riche, les femmes porent,avec beaucoup d'élégance, leur costume composé d’un large pantalon de soie serré à la cheville ainsi que d’une veste dessinant bien la taille et ouverte sur la
chemise bouffante en soie de couleur. Elles sont chaussées de babouches. Les femmes
. Li rer .
chetchènes sont, en général, plus belles et moins maltraitées que les Lesohiennes. Les habitations sont, pour la plupart, des antres primitifs. Perchées, le plus souvent, sur des sommets ou sur le bord des précipices; quelques-unes de ces froides
demeures sont faites de branchages entrelacés où de pierres empilées arossièrement.
D’autres sont creusées dans la terre et ressemblent à de véritables tanières. Toute-
fois, depuis ces dernières années, il s’est produit une amélioration sensible dans le
confort relatif et le bien-être matériel de ces montagnards.
Au temps de leur indépendance, les Tchetchènes vivaient en communes isolées.
se gouvernant par des assemblées populaires. D’autres étaient soumis à des khans dont le pouvoir héréditaire remonte à l'invasion mahométane.
Aujourd’hui, ils forment un peuple démocratique qui ne reconnaît aucune distine-
tion de castes. On voit qu’ils différent, en cela, considérablement des peuples tcher-
kesses chez qui la noblesse est revêtue d'un si grand prestige.
Et c’est une différence essentielle à noter que cette forme de république aristocra-
tique des Tcherkesses et la constitution radicalement démocratique des Tchetchènes ( [
et des tribus du Daghestan. C’est elle qui a déterminé le caractère particulier et l'issue
très diverse de la lutte chez ces deux groupes de montagnards. Chez les habitants Qauc. LV.
du Caucase oriental régnait l'égalité la plus absolue, et tous avaient en principe et de fait les mêmes droits et le même rang social. La part d'autorité qu'ils confiaient à un conseil éligible choisi parmi les anciens de la tribu n’était qu'une délégation restreinte et temporaire, Cest grâce à cette organisation unitaire que des hommes dela trempe de Kazy-Mollah et de Chamyl purent s'imposer à ces populations comme les représentants d’une autorité céleste, chargés de prêcher la guerre sainte. Et c’est
ainsi que Chamyl, dont les succès militaires répondaient d’ailleurs parfaitement à sa
foi et à son génie, parvint à maitriser sous sa volonté de fer tous ces peuples divers
et ennemis, et à en faire une armée héroïque.
Constitués à la manière patriarcale, les Tchetchènes obéissaient à un adate’, mais le schariate* l’a presque aboli.
Leurs mœurs sont plus sauvages que celles des Tcherkesses, et on y est moins en
sécurité que chez ces derniers. Pleins de méfiance les uns pour les autres, ils ne
quittent jamais leurs armes et se barricadent la nuit à l’intérieur de leurs habitations. Le Teherkesse pillant en plein jour à main armée (la razzia) est plus chevaleresque ; le Tchetchène volant la nuit à main armée est plus astucieux.
Les Tehetchènes sont, paraît-il, gais et spirituels. Les officiers russes les appellent quelquefois les « Français du Caucase ». Ils sont, en général, impressionnables, peu laborieux mais hospitaliers. Ils respectent les cheveux blancs et écoutent docilement les conseils des vieillards. C’est au xvm° siècle que l’islamisme fut introduit parmi eux sous l'influence des Kabardiens et des Koumouks.
L'arrivée de Chamyl, en 1840, modifia profondément leur manière de vivre. Il précha le muridisme, organisa un gouvernement et fit rendre la justice. En vue de combattre la rapide diminution de la population, toujours en guerre, il favorisa les mariages précoces.
Il partagea la région en plusieurs #aïbats, chaque naïbat en cercles et chaque
cercle en communes.
ération en génération, et qui régissent la vie sociale et
1 L’Adate est l'ensemble des coutumes transmises de gé de famille de chaque peuplade. Chaque peuple montagnard a son adate, mais le principe en est à peu près toujours le même. Chez les Tcherkesses, c’est l’adate des Kabardiens qui est réputé le plus juste et le meilleur.
? Le Schariate, d'importation mulsumane, est une loi écrite fondée sur le Koran et qui est en quelque sorte le droit religieux et civil des montagnards. Il est de date récente et a été introduit chez les Lesghiens, chez les
, chez les Kabardiens et chez les Tcherkesses. D'abord considéré comme droit exclusivement canonique,
Tchetchèn.
le schariate à pris une rapide extension, et remplacera bientôt, partout, les adates qui tombent en désuétude.
«€ Un mollah était chef et juge de la commune; un maroun était chef du cercle; le naïb était chef dans son district. Les naïbats étaient de grandeur différente (depuis deux mille jusqu'à sept mille familles), selon le degré de confiance que
Chamyl avait dans la personne du naïb.
& En 1841, il institua à Dargo, pour la Tehetchena, une cour suprême (divan- |
Ahani) dont les membres, tous vendus au muridisme et à Chamyl, formaient une
réunion d’aveugles fanatiques.
« Le fanatisme religieux appuyé par une discipline sévère fit naître une guerre
sanglante. Il fallut dix ans de succès aux Russes pour abattre l’esprit sauvage et la
ténacité que déployèrent les Tchetchènes. »
Chamyl introduisit un code militaire pour punir la trahison, l’espionnage et les
relations secrètes avec les Ru:
s. Il institua des récompenses pour la bravoure, des
plaques, des étoiles, des sabres d'honneur avec inscriptions; eréa un impôt en faveur
des mourlaries, mosquées des veuves et des orphelins. Il créa également en 1841
une artillerie.
Cette dernière innovation causa une telle terreur parmi les montagnards de linté-
rieur de la Tchetchena et du Daghestan qui résistaient encore qu'ils se soumirent |
sans coup férir à Chamyl. Mais suivant l'opinion de de Gille, l'emploi de l’artil-
lerie eut une influence fatale sur l'esprit guerrier des Tchetchènes. Effrayés eux-
mêmes par leur propre canon dont ils ne comprenaient pas assez l’action, ils s’ha-
bituèrent à se tenir à distance, comptant sur le feu de leurs pièces pour remporter
la victoire, de sorte que le combat individuel dans lequel ils excellaient est devenu | fort rare. On les a vus tenter moins fréquemment ces charges brillantes qui arri- |
vaient comme une trombe jusqu'aux baïonnettes russes.
€ Exécuter un coup hardi, emmener du bétail qui est gardé, enlever quelques hommes, des femmes et des enfants, faire du butin, le tout au péril de sa vie, est pour le Tchetchène surtout l'idéal d’un exploit. Pour l’accomplir il s’y prend avec une adresse inouïe. Il rampera, courbé à terre dans l'herbe, l’espace de dix verstes,
potu' tromper la surveillance des postes du steppe où le moindre objet s'aperçoit
! De Gire, Loc. cit., p. 116.
192 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAU comme sur la mer. Il y restera blotti jusqu’au soir, observant tout et s’orientant jour la nuit pendant laquelle il tentera son coup !. »
Un trait qui dépeint bien le caractère des Tchetchènes est celui-ci : ils ne battent
jamais leurs enfants pour ne pas les rendre poltrons. Et chez ce peuple qui vit
resque exclusivement de brigandage, le plus offensant reproche que puisse adresser une jeune fille à un homme est de lui dire : « Va, tu n’es pas même capable d’enlever un mouton. »
« Noussommes tous égaux », disent-ils. Il n’y a jamais eu d'esclaves parmi eux. Seuls les captifs n’étaient pas citoyens, et encore s’alliaient-ils souvent aux filles de eurs maitres et devenaient ainsi leurs égaux. La loi du sang a, de tout temps, été eur seule justice.
La vendetta qui, tout récemment encore, régnait en pleine vigueur parmi les
>opulations montagnardes, s’affaiblit de jour en jour, grâce à la facilité de plus en
lus grande accordée à la partie lésée pour obtenir satisfaction : ce progrès est prin-
cipalement dû à l’action énergique du gouvernement russe.
Les Tchetchènes sont à peu près tous sunnites, mais le christianisme a laissé chez eux de nombreuses traces. Ds sacrifient encore des béliers dans trois églises élevées sur une montagne, près de Kistin, en l’honneur de la Vierge, de saint Georges
et de sainte Marina.
Ixcoucues. — Les Ingouches qui occupent le défilé du Darial et dont j’ai rencontré quelques familles jusqu’au pied du glacier de Kazbek (fig. 33) sonttrès hospitaliers et affables. Cette société a été formée lors du dernier mouvement d’émigration qui s’est produit chez les Galgaïs dont sept familles se séparèrent vers 1810, pour aller s’établir sur les rives de l’Ingich d’où ils ont tiré leur nom d’Zngouches. Mais ce nom
existait déjà antérieurement à cette date, ce qui ferait croire que la tribu des Ingou-
ches est de formation plus ancienne. En 1830, ils se transportèrent vers la rivière Naszan qui se jette dans la Sounja, et reçurent le nom de Nasraniens, sous lequel ils sont souvent désignés. D’un caractère naturellement frane et ouvert, ils ont été pâtés
par le contact de leurs voisins mongols et puis aussi par l’islamisme.
? De Grise, Loc. cit, p. 159.
La vie de famille y est tenue excesssivement fermée. Leur territoire, quoique très fertile, rapporte peu parce qu’il est mal cultivé. Les Ingouches, brigands comme tous les Tchetchènes, et sachant déployer, à l’occasion, une grande vigueur et subir
de grandes fatigues, redeviennent paresseux àla maison où ils ne se livrent à aucune
occupation en dehors du fauchage et du labourage des champs.
Le Mont Kazhek de Stepan-Tzminda (Caucase pittoresque).
Un usage constant parmi eux est celui de prêter serment chaque fois qu’il s’agit de faire avouer un coupable. Dieu, les saints, les parents ou amis défunts, sont tour à tour invoqués, et chaque serment est accompagné d’un cérémonial bizarre.
Les femmes ingouches ne sont pas plus heureuses que la généralité des femmes de ces montagnes. D'ailleurs, chez les Tchetchènes, leur situation varie beaucoup de
tribu à tribu. Chez les unes, elles vivent à l'écart, mais ne font aucun travail pénible ;
194 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE chez lesautres, au contraire, elles jouissent d’une entière liberté, mais sont, alors, de véritables bêtes de somme. Elles sont, heureusement, patientes et supportent leur sort avec résignation; elles finissent, d’ailleurs, par tomber presque toutes dans une profonde indifférence à l’écard de toutes choses.
La naissance d’une fille est un événement malheureux, seule la naissance d’un fils est regardée comme un bienfait. À l’âge adulte le fils devient légal de son père;
néanmoins, d’après ce trait commun à tous les Caucasiens, il nes’assied jamais devant
lui. La majorité des garçons est fixée à quinze ans.
Dès son plus bas âge, la petite fille est maltraitée et habituée déjà à ce qui l’attend
lus tard. Néanmoins, à cause de sa faiblesse, elle n’est pas encore employée aux I À
travaux pénibles : c° en somme, le temps le plus heureux de sa vie. La jeune
Ingouche n’a aucun droit au partage de la succession. Tout son bien consiste dans le kalym (dot) payé par le fiancé et le cadeau que celui-ci lui fait.
Le mariage lui-même n'est qu’un simple marché. Les parents donnent leur fille au plus offrant sans se préoccuper de ses sentiments. La Russie est bien intervenue
et a exigé qu'aucun mariage ne se fit sans l’assentiment de la fiancée. Malheureuse-
ment cette formalité n’existe trop souvent que sur le papier, et les choses resteront longtemps encore dans l’état où elles sont. Il est d'usage que, si à la veille d’un mariage l’un des fiancés vient à mourir, l’union se contracte tout de même, et que le père acquiert toujours la dot préalablement fixée.
En somme, la vie de la femme ingouche est exploitée sans pitié. Aucun jour de repos ne lui est accordé et tout sentiment d'affection à l'égard de son mari et même de ses enfants lui est impitoyablement interdit, sous peine de sarcasmes et de moqueries.
Il résulte de ce genre de vie qu’il est facile de voir, à priori, que les hommes, vigoureux et bien découplés, ont erandi au détriment des femmes dont l’air hébété et
“adant
la décrépitude précoce accusent l'excès de travail ainsi que le rôle dég qu'on leur fait remplir.
On rencontre fréquement dans le pays des Ingouches des sépultures anciennes en forme de tours, très bien construites et que l’on nomme kachis. MM. Akrief et Bayern, qui ont parcouru la Tchetchena, ont observé un grand nombre de kachis
dans les gorges de Djeraki et dans celles des Kistes et des Galgaïs, non loin des
PEUPLES CAUCASIENS 195 villages. Ces tours sont carrées ou pyramidales, et entièrement construites en pierre. Elles ont environ 4 mètres de côté et de 8 à 10 mètres de hauteur. L'intérieur est divisé en deux ou trois étages sur lesquels sont déposés les cadavres. Les parois portent sur chacune des faces des ouvertures carrées de 0,50 de côté et fermées simplement par une pierre mobile. On peut se figurer l'air qui se respirait dans les villages au milieu desquels s’élèvent de semblables tombeaux. Il n’est pas étonnant que certaines maladies infectieuses aient décimé, à plusieurs reprises, une grande partie de la population.
On n’a pas oublié le souvenir de cette peste qui, au siècle dernier, causa une telle panique qu’il n’y eut personne pour enterrer les morts. On vit alors des malades, des familles entières, atteintes par le fléau et craignant de ne pas recevoir de sépulture, se réfugier dans les kachis et y mourir.
On trouve, en effet, dans quelques-uns de ces tombeaux, pêle-mêle, des squelettes d'hommes, d’enfants, et parmi eux des ustensiles de ménage, des bijoux, des armes. L'usage n’était pourtant pas, à cette époque, de donner des mobiliers funéraires aux morts.
Les tombeaux ne se rencontrent pas seulement dans les contrées où MM. Akrief et Bayern en ont signalé. On en trouve en dehors de la Tchetchena. J’ai observé toute une nécropole de ce genre dans la vallée de Guisel-don, près du village de Koban-le-Bas. On avait primitivement attribué ces sépultures aux Ossèthes qui habitent actuellement le pays ; mais il est avéré que cette partie de la vallée a été habitée autrefois par des ‘l'chetchènes ou des Ingouches. Au reste, la grande ressemblance que l’on observe entre ces monuments funéraires et ceux de la Tchetchena le démontre suffisamment.
La plupart de ces tours étaient encore remplies de squelettes recouverts en partie de leur peau, de leurs cheveux et de leurs vêtements. Les corps avaient été conservés par suite de la dessiccation obtenue par le courant d’air habilement ménagé
des ouvertures latérales. Quelques objets de toilette et les bijoux qui accompagnaient
ces sépultures font supposer qu’elles remontent au xvi° ou au xvn° siècle, J’ai réussi,
non sans courir certains dangers, à visiter ces tombeaux en revenant de Koban,
et à en rapporter, malgré l'opposition énergique des Ossèthes qui nous accompa-
gnaient, une série de crânes dont je donnerai plus‘loin la description.
196 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE On rencontre aussi fréquemment dans la Tehetchena des tours de défense qui
datent, pour la plupart, de l’époque des invasions mongoles.
GaLGaïs. — Le pays des Galgaïs est arrosé par la Haute-Assa, affluent de la rive droite de la Sounja. On y trouve les ruines de deux églises très vénérées, celle de la Twirlis-Tzminda (Résurrection) et celle de Kaba-Erdy (les deux mille martyrs).
On y voit également d'anciennes tours en pierre offrant encore le signe de la
croix planté sur des degrés ‘. Les indigènes ignorent qui a construit ces égli
et, dans l'incertitude, ils les attribuent, naturellement, à Tamara, la reine des Grousiens.
On a fréquemment trouvé dans la région de petites statuettes priapiques nues, en cuivre et en bronze, remontant à une très haute antiquité, et que l’on considère comme les dieux pénates de ces montagnards. Les hommes les imploraient pour leurs troupeaux, et les femmes leur adressaient des prières et les embrassaient pour obtenir des enfants mâles. On trouve une coutume analogue chez les femmes kistes
et galgaïs qui adorent pour lobtention d’un fils, non la statuette, mais le prêtre
représentant de Matsel (mère de Dieu). Ce prêtre habite une cabane qui a deux
portes, l’une vis-à-vis de l’autre. La femme qui désire un fils entre par une porte, et en la personne du religieux qui se tient au milieu de la cabane, couvert
seulement d’une chemise (autrefois il était fout nu), prie la Matsel de lui donner un
fils; après quoi la postulante se retire par l’autre porte sans tourner le dos au digne
interprète de son désir *?.
KaraBouLars. — Les Karaboulaks, dont le nom signifie en tatar eau noire,
habitent les rives de l’Assa, Cette société, formée par quelques familles tchetchènes
émigrées et que de Gille a pu observer en 1859, s’est transportée tout entière en
Turquie. Leur pays renferme un certain nombre de tours, en forme de pyramide
DE GiLe, loc. cit., p. 231.
? Descrip. géograp. du district de Tersk (loc. cit.).
PEUPLES CAUCASIENS 197 tronquée et très solidement construites. Elles ont, en général, deux étages, et sont
situées principalement à l'entrée des défilés.
ITSCHRÉRIENS. — D’après les renseignements fournis par MM. Ivan Popof et de Gille, l’Itschkéry ou Tchetchena montagneuse est une contrée boisée très fertile arrosée par la Haute-Aksaï. Son nom en langue tatare vient de äsch (milieu) et kery (vallée élevée). C'est une société qui se forma à la suite de l’accroissement de la population des Tchetchènes.
Les habitants de l’Itschkéry sont de races fort diverses, De plus il ya eu de nombreux mariages entre juifs et chrétiens, de sorte qu'il en est résulté un mélange d’usages, de traditions et de langages. Chez les Tischkériens, ainsi que chez tous les
Tehetchènes, la langue renferme un grand nombre de mots géorgiens et koumouks.
Ils obéissaient autrefois à un adate. Le christianisme pénétra difficilement dans ces montagnes, et il y eut pendant longtemps un mélange du paganisme et de la religion chrétienne, jusqu'en 722, époque de l'invasion des Arabes dans le Caucase où ils tentèrent de convertir les peuples à la religion de Mahomet.
Les traditions itschkériennes font mention des invasions du terrible Tchenais-Khan qui, à la tête de ses Nogaïs, après avoir traversé le Daghestan, pénétra dans les régions arrosées par l’Argoun et dans toute la Tchetchena, traînant après lui les tribus vaincues et construisant des tours de défense à l’entrée des défilés pour garder le pays conquis. Quant à Mamaïa, chef des hordes mongoles, il
marcha contre la Tchetchena à la tête d’une armée composée non seulement
de Mong mais encore de Tatars, de Tcherk
s, de Juifs du Kouban et d’Ossèthes.
On conçoit facilement que cette succession de peuples envahisseurs arabes et
mongols ne s’est pas opérée sans laisser de traces parmi les Tchetchènes.
CGaua. IV. 25
CÉPHALOMÉTRIE ET CRANIOMÉTRIE
Ce groupe intéressant a été relativement moins étudié par les anthropologistes que celui des Tcherkesses. Ce n’est qu’en juillet 1879 que, pour la première fois, on a commencé à les observer scientifiquement. J’ai pu, à cette époque, mesurer huit Tchetchènes à Nasran, et trois Ingouches à Vladikavkas. M. von Erckert étudiait quelques années plus tard cinq Tehètchènes et sept Ingouches des mêmes régions. Au point de vue craniométrique, on ne possède des observations que sur cinq crânes que j’ai réussi à me procurer non sans de grandes difficultés.
Les Tchetchènes proprement dits et les Ingouches diffèrent peu par la couleur dés yeux qui varie, chez les uns comme chez les autres, du noir au brun plus où moins foncé, et du bleu au vert plus ou moins clair. On trouve chacune de ces couleurs en proportion à peu près égale chez les vingt-trois individus observés.
«es cheveux passent aussi du noir au châtain plus où moins foncé.
6 nez, Souvent concave et retroussé, présente un indice de 66,43 chez les huit Tchetchènes de ma série, et de 57,68 chez les cinq individus observés par M. von Erckert.
es pommettes sont assez souvent saillantes et l’indice facial n’atteint que 76,72 I I ;
5,26 chez les Tchetchènes.
un
chez les Ingouches, tandis qu’il monte jusqu’à
La tête est généralement élevée au niveau du bregma et souvent aplatie dans sa
partie postérieure. Chez plusieurs sujets, la protubérance occipitale est très légère.
2,95, et celui
L'indice céphalique moyen des huit Tchetchènes de ma série est de £ des trois Ingouches de 80,49. Quant à celui des sept Ingouches de M. von Erckert, il est de 81,7 et de 81,6 chez ses cinq Tchetchènes. On voit que les Ingouches sont sous-brachycéphales de même que les Tchetchènes. On remarque pourtant chez eux
quelques mésaticéphales avec des indices de 78,94 et de 78,47, puis des sous-
dolichocéphales avec des indices de 76,7 à 77. D’après la comparaison de ces indices avec ceux des autres peuples caucasiens, on
serait disposé à conclure que le groupe tchetchène est, de tous, le plus dolichocé-
hale. et que c’est chez les Ingouches que ce caractère est le plus fréquent. Mais si [ 8 Ï q
l’on consulte isolément les indices des Tchetchènes, on verra qu’on y trouve non seu-
lement des sous-brachycéphales en grand nombre, mais encore des brachycéphales
urs avec des indices supérieurs à 84 et allant jusqu’à 87,62. En somme chez ce I à
peuple, plus que chez tous les autres, on remarque une très grande hétérogénéité. l ; £ Ê
Le Tchetchène n° 8, figuré dans la planche XI et choisi comme type, parait
réunir les caractères principaux de cette race si mélangée. Son indice, de 82,26,
diffère peu de l’indice moyen de toute la série, aussi bien q
ue son indice facial qui
est de 74,41; mais son indice nasal de 55,36 est en contradiction avec les autres
caractères que présente cet individu. Chez ce sujet, la réa
Gatagaieff, paraît le ra ’Argoun sur l’Assa, quo L’Ingouche n° 3 que;
des caractères de sa race
ique, qui est de 84,45, «
observés, mais il se rapproche de la plupart de ceux obtenus par M. von Erckert. Il
petite, et celle de la face sont dignes de remarque, ainsi c
1,78, et le place au-dessus de la moyenne de ses compatriotes. Son nom, Tarko
tacher à la famille karaboulake «
iqu'il affirme cependant être Tche
ai figuré planche VI paraît égale
et mériter d’être considéré comme type. Son indice cépha
en est de même de son indice facial qui est de 74,82.
Cet individu, apparen
é aux Galgaïs, est remarquable p
quoique de petite taille (1
dépre
choire inférieure, joints à
m,68). La proéminence de ses a
l'expression spéciale de ses