‹ Recherches anthropologiques dans le Caucase; (volume 2)Chapitre 34 sur 61 · DL · texte numérisé non relu

DL

Fi1G. 35. — Leswhien, d'après Vereschaguine.

{Le Tour du monde et le Caucase pittoresque.)

Chamyl, homme instruit et éclairé, fut une sorte de second prophète. Fort, patient, habile et courageux, il était adoré par le peuple, et son nom est, en général, sacré pour les habitants du Daghestan et de la Tchetchena.

Le ressort dont il s’est servi pour soulever les populations du flanc gauche du

E io 8 Caucase est le fanatisme religieux qu’il a su y développer; mais la force qu'il a em- 5 T ë À

loyée, il l'a trouvée surtout chez les Lesghiens, au moyen desquels il a dominé les D. ? te]

PEUPLES GAUCASIENS 215 Tehetchènes. Enfin il prêcha parmi ces peuples la doctrme du muridisme dont il avait puisé les principes chez Kazy-Mollah.

Qu'est-ce que le muridisme? Dans son principe, le muridisme était une doctrine

religieuse dont l’ascétisme peut être comparé à l'esprit religieux des premières conorégations du moyen âge en Europe. L’abnégation, la charité envers les pauvres, la contemplation d’un être suprême, la connaissance approfondie des Étcritures,

l’exercice de l'hospitalité, etc., étaient la base du muridisme que Kazy-Mollah

ic. 86. — Lesghien, Cosaque de la Ligne, d'après un dessin du Vereschaguine.

(Le Tour du monde et le Caucase pittoresque.)

commença à transformer en doctrine politique, en prèchant la liberté chez les mahométans, l’évalité des classes, et, comme un des premiers devoirs, l’extermination des infidèles, c’est-à-dire la guerre sainte (ghazavate).

L’islam et le muridisme établissent nettement la différence qui sépare le monde musulman (dar-el-islam) du monde des infidèles (dar-el-kharb). « La destinée des

musulmans, enseigne le Coran, est d’anéantir le monde des infidèles ainsi que tous

ceux qui n’adorent point Allah et son prophète; si la loi du ghazavate n’est pas | accomplie, les plus grands maux ne tarderont point à s’abattre sur l'humanité. » | Jusqu'à l’'accomplissement de cette œuvre, tous les rapports sociaux devaient être | considérés comme illégitimes ; les mariages étaient nuls et les enfants bâtards *. {l La doctrine du muridisme qui, grâce à Chamyl, a pris une si rapide extension, comprend le schariate, le taricate, le khalikhate et le marghavate qui sont autant de divisions ou chapitres.

Le shariate est la parole divine; le éaricate, limitation de Dieu; le 4halikhate, | la connaissance de soi-même; le mwghavate, espoir en Dieu.

D'où viennent le schariate, le taricate, le khalikhate etle marghavate, dit letexte

sacré? Le schariate vient du Coran, le taricate du Scheïk, le khalikhate du prophète

Mahomet et le marghavate de Dieu lui-même.

Les adeptes du muridisme ne diffèrent des autres musulmans que par une inter-

| | prélation quelque peu particulière du Coran ; ce sont les fanatiques de l'islam.

| | | La hiérarchie de ces sectaires comprend : 1° l’ëman ou chef suprême de la doc- Ï | trine ; 2° les naïbs ou chefs locaux; 3° les scheïks où maîtres chargés d'expliquer le

texte de la doctrine; 4°les mwrides ou disciples, tous les adeptes de la nouvelle ll religion.

Le faïssouf ou fondement du muridisme comprend les huit commandements prin

nl cipaux suivants :

| 1° Sois généreux, donne aux pauvres.

| 2° Sois patient.

| 3° Sois content de tout ce qui peut t’arriver d’agréable ou de désagréable. | 4 Imite Dieu dans tes actions et élève constamment ta pensée jusqu’à lui. | 5° Ne porte que des vêtements de laine, ainsi que le faisait ton maître, le prophète | Mahomet.

6° Voyage toujours.

ll : T° Sois avide de vérité.

Sois pauvre.

1 De Ge, Loc. cit, p. 121.

PEUPLES CAUCASIENS 217 Le kkirkhate, c’est-à-dire l’ensemble des commandements secondaires de la doctrine du muridisme, comprend les lois suivantes : 1° Fais pour un musulman ce que tu voudrais qu'on te fit. 2° Ne pense qu'à Dieu.

ois fidèle à la parole donnée à un musulman.

F1G. 37. — Aoul d'Igali (Daghestan)

(Caucase pittoresque.)

Æ Ne fais jamais usage de nourriture ou de boissons défendues. 5° Respecte le malheur et sois compatissant.

6° Méprise les vanités de ce monde.

1° Sois pur, sois grave, obéis à tes chefs.

8° Ne néglige pointles ablutions ordonnées avant la prière, humilie-toi devant Dieu; aïe un cœur contrit lorsque tu te trouves en face de la Divinité; ne t’incline

que devant Dieu.

Chamyl avait composé pendant la guerre une chanson qui s’est conservée très

218 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE GAUCASE longtemps, paraît-il et dont voici le refrain : « Prends ton espadon et viens m'aider, mon peuple, dis adieu à ton sommeil et à ta tranquillité. Je t’appelle au nom de Dieu et à la grâce de Dieu. »

Quant à l’émigration, son importance s’est beaucoup accrue depuis la domination russe. Comme les Tcherkesses et les autres musulmans du Caucase, ies Lesohiens fuient devant l’envahisseur chrétien et vont porter dans la Turquie asiatique leurs habitudes d’hommes libres et de pillards indomptés.

L’habitation du montagnard lesghien est un gîte sauvage, véritable nid d’aigle construit en pierres sèches et accroché au flanc de la montagne; une petite ouverture ménagée dans la muraille sert de fenêtre, et l’intérieur de cet antre n’est pas autrement éclairé ni chauffé (fie. 37). Cependant dans certaines maisons plus aisées, il existe une sorte de cheminée, et les fenêtres des appartements des femmes sont ornées de beaux grillages en bois sculpté destinés à les préserver des regards

indiscrets. De superbes tapis recouvrent le sol : c’est d’ailleurs l’unique décoration

de ces habitations lesghiennes qui ne renferment, la plupart du temps, ni tables ni chaises.

La nourriture des Lesshiens ne se compose que du produit de la chasse et de millet. La femme est réduite le plus souvent à l’état de bête de somme. C’est à elle qu'incombent tous les travaux pénibles du ménage, des champs, du transport du bois

pour le chauffage qu’elles vont chercher quelquefois très loin, dela récolte du maïs, ete.

Pendant ce temps, l’homme chasse, garde son troupeau, fait la guerre ou dort tranquillement. Lorsqu'il craint de fatiguer son cheval, il envoie sa femme chercher le

blé, par exemple, qu’elle rapporte sur son dos. Ce sont ces circonstances qui ont fait

dire que sans la femme le Lesghien ne pourrait pas vivre. Mais malgré son triste sort l'influence de la Lesghienne à la maison est pourtant très orande. Elle

est l’objet du plus grand respect, et la moindre injure à égard d’une femme ou

d’une jeune fille attire toujours le mépris sur celui qui la commet, et quelquefois

son bannissement, s’il s’agit d’une faute plus grave.

Il y a peu de temps encore le mari disposait de la vie de sa femme qu’il tuait

à lamoindre apparence de désobéissance ou d’infidélité.

Le costume est à peu de chose près toujours le même. Le Lesghien se rase la tête

et ne quitte ni son papak ni sa bourka (fig. 38). Quant aux femmes, suivant la

coutume musulmane, elles se cachent le visage derrière un grand voile blanc, ce

qui rend l’étude de leur type très difficile.

F16.38.— Avar de Gounib,

La bonne éducation donnée dans la famille contraste avec la sauvagerie de la te]

nation. Les enfants professent le plus grand respect à l'égard des vieillards et de Ï 8 I 2

leurs parents. Le fils ne s’assied jamais devant son père. La tenue la plus respec-

tueuse est gardée devant un étranger, et le moindre oubli de l'étiquette de la part d’un membre de la famille est promptement rappelé par un regard du maïtre de la maison.

Les Lesghiens cultivent avec beaucoup de soin leurs terres et leurs jardins et ont

un excellent système d'irrigation introduit, sans doute, par les Arabes. Le labourage

est encore des plus primitifs, et la charrue, d’un poids énorme, est attelée à plusieurs

| paires de bœufs. Dès l’arrivée de l’automne, la plus grande partie des troupeaux nil passe en Transcaucasie ou descend dans la plaine. On fabrique des tapis dans tout

e Daghestan, et ils sont renommés pour leur finesse et leur beauté.

Les Lesghiens sont sunnites, bien qu’ils mêlent au culte de l’islam plus d’une pra-

ique empruntée aux antiques religions du Caucase et qu'ils boivent du vin et fament

| | du tabac comme les infidèles.

| Ils dansent la lesghinka répandue dans tout le Caucase en s’accompagnant de

ambourins où d’une clarinette et de battements de mains (fie. 39).

| Avars. — Le centre du Daghestan est habité par plusieurs peuplades appelées en

| | turc Avars, ce qui signifie vagabonds. Cette dénomination était jadis et est encore |

nl en usage chez les Koumouks, et c’est par ces derniers que les Russes ont eu | connaissance de ce nom (PI. XIX).

| | Les Avars occupent à eux seuls près d’un cinquième du territoire. Ils n’ont point | | de nom général, chaque peuplade porte le nom de la société dont elle fait partie, ou | Il celui d’un grand village.

| | M. Komaroff appelle Maaroulales tous les peuples qui habitent vers le nord

| de Khounzakh, c’est-à-dire les Æhouncakhs (fig. 40), les Khindalales et les | Baktlines. Le mot maaroulal est dérivé du mot maar et signifie montagnard. Les

Khindalales habitent les gorges et s’occupent d'agriculture; leur nom vient de

| khind, qui signifie plaine, terre chaude.

Lil Toutes les autres tribus avares se nomment Bagoualales, mot dont on ne sait pas | encore bien la signification, mais qu’on croit vouloir dire grossier, pauvre, mangeur

de viande crue.

Les Avars sont incapables de fournir aucune notion historique ou légendaire

sur leur pays; leur langue renferme une infinité de dialectes variant de village à

village. D’après M. le général Uslar, elle n’en aurait que deux principaux : le khounzazh et l'antzouk, qui sont absolument différents.

La coiffure nationale des femmes avares est une sorte de châle qu’elles drapent,

quelquefois avec beaucoup d’art, autour de la tête et des épaules. L’étoffe en est

F16. 39. — La jesghinka en Daghestan, d'après un dessin de Vereschaguine. (Le Tour du monde et le Caucase pittoresque.)

plus ou moins riche, mais il est d’un usage à peu près général, ainsi qu'une grande robe ouverte et à larges manches.

D’après la statistique du général Komaroff, les peuplades avares établies dans le Daghestan possèdent 346 villages et bourgs, 25 885 niaisons et 95 939 haditants,

ce qui représente les 21,34 pour 100 de tout le district.

ANDIENS. — Par leur langue, leur tournure, leurs habitudes et l'habillement des femmes, les Andiens se distinguent beaucoup des Avars et des Tchetchènes, et c’est

pour cela qu’on doit les considérer comme un peuple spécial (PI. XXII et XIX). Ils se Cauc. IV 28

222 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE divisent en plusieurs tribus et se désignent sous le nom de Xowanales, tiré du nom de leur principal village Kouan (en avar Andi). Andi est un centre de diverses industries et principalement de la fabrication des bourkas. Le costume des femmes d’Andi est assez curieux, surtout la coiffure, qui est en forme de croissant.

Les Andiens possèdent dix-sept villages, quatre cent quatre-vingt-dix-neuf mai-

sons et cinq mille six cent quatre-vingt-treize habitants.

Kararins. — Les Russes les nomment Xarata, du nom de leur principale village; les Avars les désignent sous le nom de Xalales, du mot kale qui signifie gorge, parce qu'ils habitent dans de profondes gorges. La langue toute spéciale des Karatins se divise. en deux dialectes, On trouve parmi eux un très grand nombre de goitreux, mais en revanche les femmes y sont plus belles que partout ailleurs dans le Daghestan. La population, composée de quatre mille neuf cent cinquantedeux habitants, est répartie entre treize villages et treize cent cinquante et une

maisons.

gorges des Karatins se trouve un peuple parent de

AKHVAKS. — En amont de ces derniers et connu chez les Avars sous le nom d’Akhvaks. C’est une des familles les plus sauvages du Daghestan. Ils ont conservé la tradition, dit le général Komaroff, de ne laisser entrer personne chez eux, et la réputation de manger les morts pendant la ouerre. C’est pourquoi on les nomme Xvecha-Akhoaks, qui veut dire les mauvais, les méchants Akhvaks. La population s'élève à deux mille six cent soixante-quatre

ept bourgs renfermant six cent soixante-

habitants répartis dans six villages et dix

trois habitations.

BaGouLazs. — Les Bagoulals forment une petite société qui habite deux gorges profondes. Leur langue ressemble à celle des Karatins. Ils possèdent six villages, cinq cent soixante dix-sept maisons et leur nombre s'élève à dix neuf cent

quatre-vingt-neuf habitants.

Ineris, TscramaLALS Er Kavarcmins. — Les [deris occupent deux gorges voi-

sines de celles des Bagoulals. Ils possèdent six villages, sept cent quatre maisons et sont aunombre de deux mille cinq cent quinze habitants.

Les Tschamalals forment un peuple à part; ils différent beaucoup de leurs voisins et ont une langue qui leur est propre. La population est de deux mille quatre cent dix-

huit habitants, compris dans seize villages et six cent cinquante-huit maisons.

F1G. 40. — Avars de Khounzakh.

Dinos. — Cette dénomination de Didos qui existe en Kakhétie est inconnue dans le Daghestan où l’on donne le nom de T'zounta à cette société. Les Didos se font appeler 7zesa, qui signifie les aigles, nom très usité dans le Daghestan. On ne sait pas au juste quelle est leur origine; dans tous les cas leur langue, leurs coutumes et le costume des femmes en font un peuple à part. Ils sont en relations suivies avec leurs voisins les Grousiens. La température étant très basse en hiver

dans leurs montagnes, et leur pauvreté, très grande, les Didos ont l'habitude de

24 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE descendre en Grousie tous les ans; ils s’y mettent en service ou bien se livrent à quelque occupation, et retournent dans leurs montagnes dès qu’arrive l'été. Ils parlent des dialectes différents, toutefois la langue des affaires est l’avar. Ils possèdent quarante villages et bourgs, onze cent quatre-vingt-quatre maisons

et sont au nombre de quatre mille dix habitants environ.

KapourcHins, Gounzats £r Boruxarzes. — Ce sont trois petites peuplades à part. Les Kapoutchins ont un dialecte spécial, ils possèdent trois villages, quatre cent vingtcinq maisons et mille sept cent huit habitants. ï

Les Gounzals habitent trois villages et un bourg appartenant aux Kapoutchins. Ils ont cent soixante-neuf maisons, et sontseulement au nombre de cinq cent soixante-

huit habitants.

Les Botlikhtzes (fig. 41) tirent leur nom de leur principal village de Botlikhtz, très

pittoresquement situé (fig.42). Personne dans le Daghestan ne comprend leur langue. Le type juif y est, d'après M. von Erckert, répandu d’une facon très intensive. Il esitmême, paraît-il, tellement caractéristique que si on leshabillait avec le costume des Juifs de Varsovie, il serait absolument impossible de les distinguer de ces derniers. Ils sont au nombre de deux mille cent deux habitants et possèdent trois

cent trois maisons.

Kazkoumouxs. — Les Kazikoumouks ou Lakes habitent les défilés de la haute vallée de Kazi-Koumouk-Koïssa (grande rivière). Ils ontembrassé la religion musulmane de très bonne heure, environ vers 777 après Jésus-Christ.

Le nom de Æazikoumouk vient de ce que les habitants du village principal de Koumouk sont les seconds, d’après les indigènes du Daghestan, qui ont embrassé la religion de Mahomet, qu’ils propagèrent ensuite chez leurs voisins les armes à la main, et c’est ce qui leur a valu le surnom de kuzi ou ghazt, qui signifie, en arabe, combattant pour la foi. Ts n’ont de commun que la religion et le nom avec les Koumouks d’origine tatare.

C’est une peuplade puissante du Daghestan, et son pouvoir au commencement

du siècle dernier s’étendait dans toute la contrée et même sur le pays de Choumaka.

ot

L’absence de terrain propre à l’agriculture les oblige à descendre chaque année

en Géorgie, au nombre de neuf mille environ, pour y chercher du travail. Ils vont

aussi dans le gouvernement du Don, à Astrakhan, à Orenbourg et en Perse. En été,

ils retournent chez eux et pourvoient aux besoins de leur famille. Ils sont au

nombre de trente-deux mille six cent vingt-cinq habitants répartis en sept mille cinq cent dix-neuf feux.

La langue des Kazikoumouks est spéciale.

F1G. 41. — Avars de Botlikhtz.

D’après le baron von Uslar, l'extension géographique de la langue lake est indiquée d’une manière générale par les limites du cercle de Kazikoumouk qui appartient au Daghestan central. La plus grande partie des habitants du cercle parle cette

langue ‘.

ARTSCHINS. — Les Artschins habitent le village d’Artschi, d’où ils tirent leur

nom, et six bourgs. Ils constituent une population à part.

1 Kasihumishe Studien (Mém. de l’'Acad. imp. de Suint-Pétersbourg, t. X, n° 12, 1866).

M. von Erckert a pu voir quelques femmes artschines dans leur costume national. Il se compose d’une longue chemise blanche par-dessus laquelle elles portent une robe serrée à la taille par une ceinture qui ressemble à un châle. Elles ont une coiffure composée d’un bandeau en velours brodé d’or et d'argent et garni de petites chaînettes d’argent qui retombent sur le front. Par-dessus cette coiffure est jeté un léger foulard de soie. La plupart ont les cheveux rasés ou coupés très courts. Les jeunes filles ne portent des cheveux que sur le devant du front et vers

les oreilles. Le type juif est fréquent chez ce peuple.

D’après M. le général Komaroff, les Artschins possèdent cent quatre-vingt-dix-

sept maisons et sont au nombre de cinq cent quatre-vingt-douze habitants.

DarGnrENs. — Ce groupe comprend toutes les petites peuplades ou branches de

peuples répandues dans les montagnes jusqu'à la plaine à l’est vers la mer Caspienne.

Ces peuplades, unies entre elles, ont toujours eu, grâce à leur nombre, une certaine influence dans le Daghestan. M. Komaroff en évalue la population à quatre-vingt mille deux cent soixante-dix habitants répartis entre deux cent quatre-vingt-quatorze villaces. L'union des sociétés darghiennes est gouvernée par le cadi d’Akoucha. Une curieuse croyance répandue chez ces peuplades est que le monde repose sur les cornes d’un taureau et que les tremblements de terre sont produits par les mou-

vements de l’animal. Quant aux légendes relatives aux serpents, elles sont répandues

partout, bien qu’il n’y ait pas de gros serpents au Caucase. Tous les contes et les superstitions qui ont cours chez ces populations montrent une influence orientale,

et notamment mongole.

Kougarsemns. — Ce peuple qui, par sa physionomie et ses mœurs, tranche si bien au milieu des autres tribus du Daghestan a, depuis longtemps, été l’objet d’une attention particulière de la part des voyageurs.

Rubruk rapporte dans la relation de son voyage au Caucase qu'ayant vu deux

PA

de ses guides tatars revêtus d’armures semblables à nos haubergeons ou halecrets,

il leur demanda d’où il les tenaient, et ceux-ci répondirent qu'ils les avaient

gagnées sur les Alains qui sont d'excellents artisans à les forger. Se

Klaproth®, parlant des kowbitchi connus dans tout l'Orient sous le nom de si7-ghéran où de faiseurs de cottes de mailles, dit qu’il ne les distingue en rien des autres Lesghiens, quoique l’on prétende que ce sont des Frenghi où uropéens, et leur langue est, dit-il, un dialecte de celle d’Akoucha. I fabriquent des armes très

belles et d'excellente qualité qui, comme leur drap, appelé kowbitchi-chäl, sont

F1G. 42. — Aoul de Botlikhtz (Daghestan).

renommées non seulement dans le Caucase, mais même dans la Perse et dans les pays au delà de la mer Caspienne.

Vivien de Saint-Martin a prétendu que ces hommes de haute taille, aux cheveux blonds et aux yeux bleus, ne sont autre chose que des Alains. Mais, quoi qu’il en soit, on ne sait pas encore au juste ce qu'est cette population.

D’après M. le général Komaroff, ils se désignent eux-mêmes sous le nom de

Agboukhans où d'Aougroughans. Chaque Koubatchin a sa légende qu’on peut en

* KLapnotn, loc. cit., p. 62.

principe résumer ainsi: Bien avant l’arrivée des Arabes dans le Daghestan, un schah de Perse avait établi à Derbent quelques familles d’armuriers et de bijoutiers grecs. A la suite d’une escarmouche, les habitants de Derbent chassèrent ces colons qui, après avoir souffert de la disette, parcoururent le pays en vagabonds et s’arrétèrent

en dernier lieu à Koubatschi. Là ils s’établirent, construisirent des forts de défense,

et se livrèrent de nouveau à la fabrication des armes, dans laquelle ils acquirent une

réputation universelle, et vécurent indépendants. Les Koubatschins se servent d’ustensiles de ménage inconnus dans le pays, et les femmes, dont le costume et surtout les ornements sont parfois très riches, ontune manière de se coiffer qu'on ne voit nulle part ailleurs dans le Daghestan.

On rencontre chez eux les restes d'anciennes constructions en pierre, dont quelques-unes portent des bas-reliefs assez curieux et d’autres sont considérées comme

les ruines d'anciennes églises chrétiennes, car il paraît à peu près certain qu’ils ont

été chrétiens autrefois, et que ce n’est que très tard qu'ils devinrent mahométans. Koubatschi est une localité des plus pittoresques. De même que dans un grand nombre d’aouls caucasiens, ses maisons aux toits plats sont disposées en gradins au sommet desquels est une tour de défense qui domine tout le village. M. Komaroff considère la langue koubatschine comme spéciale. La population

s'élève à mille huit centtrente-neuf habitants qui possèdent quatre cents maisons.

Tapassarans. — Cette peuplade occupe le versant situé au sud de Kara-Kaïtaka jusqu’à la rivière Tchirakh. On nesait pas au juste quelle est son origine ; dans tous les cas son nom de Tabassaran est persan, et suivant l’avis de M. von Erckert,

leur berceau serait vraisemblablement le Khorassan, province persane du nord-

est. Il est d’ailleurs à remarquer que les femmes tabassaranes ont adopté, en partie, le costume des Persanes.

isions : celle du nord et celle du

M. Komaroff reconnaît pour leur pays deux di sud, qui se subdivisent en deux parties chacune : Ouzden-Tabassaran et Raïate- Tabassaran.

Leur langue est unique et n’a pas de dialecte. Ils possèdent cent vingt-cinq

villages, trois mille cent cinquante-sept maisons, et sont au nombre de dix-sept

mille quarante-quatre habitants environ.

PEUPLES CAUCASIENS 229 AGouLes. — En amont des gorges Tchirakh et Kourakh habite un peuple à part connu sous le nom d’Agoules. Ils se divisent en trois parties : les Agoules, les Koschans et les Ritschaar. Ils n’ont jamais eu une bien grande influence dans le Daghestan et ont été tour à tour soumis aux Tabassarans, puis aux khans des Kazikoumouks et à celui des Kurins. Leur langue ressemble un peu à celle de leurs proches voisins les Tabassarans, et on peut'même la considérer comme un de ses dialectes.

Ils n’ont que vingt villages, mille cinquante-quatre maisons et sont au nombre

de cinq mille trois cent soixante-dix habitants environ.

Kurns.— Les Kurins constituent un des peuples les plus nombreux du Daghestan, et ils forment un ensemble assez uni qui contraste avec les autres peuples de cette région. Leur territoire, qui a reçu le nom de Æwra, occupe toute la partie sud-est du Daghestan.

Ils comprennent deux grandes divisions : les habitants de l’ancien khanat kurinien et les habitants de la vallée de Samour. Is se ressentent beaucoup du voismage de la Perse. Ils n’ont jamais eu de gouvernement particulier et furent toujours soumis à leurs voisins, aux khans de Chirvan, de Derbent et aux Kazikoumouks.

Leurs maisons sont mieux tenues et plus confortables que celles de l’intérieur du Daghestan, Leurs tapis sont plus riches et leur nourriture meilleure. Les terres sont bien cultivées et rendues encore plus fertiles par un système d'irrigation très

étendu.

La langue des Kurins est unique. Les habitants du village Miskish, situé non loin de celui d’Akhti sur le Samour, sont des Persans. D’après la tradition, il paraitrait qu'il y a trois cent quatre-vingts ans, les Miskindjanes furent emmenés de force de leur patrie, la Perse, sur les ordres du schah. Ils sont restés Chiïtes, mais ils ont adopté pour langue le kurinien.

La population des Kurins s'élève à soixante-dix-neuf mille huit cent vingt-trois habitants répandus dans cent soixante et onze villages et quatorze mille cent vingt-

six maisons.

Rourouzes. — Les Routoules occupent le milieu de la vallée de Samour; ils se Cauc. IV. 29

230 RECHERCHES ANTHROPOLOGIQUES DANS LE CAUCASE considèrent comme un peuple à part et se désignent eux-mêmes sous le nom de Mukhadares, du nom de leur principal village Mulkhad, en ture, et en kurinien Routoule.

Ce peuple n'offre rien de particulier ; il est très pauvre, s’occupe essentiellement de ses troupeaux et de la chasse. Sa langue se rapproche du kurinien, mais cependant les Routoules et les Kurins ne se comprennent pas.

Is ont dix-sept villages, dix sept cent vingt-trois maisons, et leur nombre est

de dix mille environ.

AKHOURES. — Ce peuple habite en amont de la rivière Samour. Il est parent de race et de langue du précédent. Il occupe quinze villages, cinq cent quatre-vingtcinq maisons, et sa population s’élève au nombre de trois mille quatre cent vingt-huit habitants.

Le général Komaroff a classé l’ensemble des habitants du Daghestan au point de

vue administratif de la manière suivante.

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