La nouvelle parvint au roi de Ninive; celui-ci se leva de
son trône, se dépouilla de son manteau, se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre.
7. Il fit proclamer (une ordonnance) qui portait : « Par Tordre du roi et de ses grands^ les hommes et les bêtes ne doivent point goûter de nourriture; le gros bétail et le menu bétail ne doivent pas paître, ni boire de Teau ;
8. Les hommes et les bêtes dbivent se couvrir de sacs, crier vers Dieu avec ferveur, et que chacun des (habitants) revienne de sa mauvaise conduite et cesse de pratiquer Tiniquité commune ;
9. Peut-être Dieu reviendra-t-il (de sa décision) en renonçant à la catastrophe; (peut-être) reviendra-t-il de sa forte colère, en sorte que nous ne périrons pas. }>
\ 0. Dieu, voyant par leurs œuvres qu'ils sont revenus de leur mauvaise voie, renonça au mal qu'il avait annoncé de leur faire; il ne le fit point.
COMMENTAIRE
1.-8. En mettant pied à terre, Jonas devait se sentir heureux de revoir sa patrie, sa famille et ses amis. Il va sans dire qu'il a célébré son salut par des actes de grâces et qu'il a accompli ses vœux ; mais, si le prophète est rentré dans la faveur de Yahwé, celui-ci tient absolument à être obéi, autrement d'autres prophètes pourraient être tentés de se soustraire, eux aussi, à leur mission quand ils la trouveraient quelque peu onéreuse. Yahwé renouvela donc à Jonas Tordre d'aller prêcher les Nînivites et de leur communiquer sa décision sur leur sort. Le conteur, selon son habitude, réserve l'objet de cette décision pour la mettre dans la bouche de Jonas au moment où il livrera son sermon (v. 4).
3. Cette fois Jonas se résigne à obéir, mais son amourpropre n'est pas dompté pour cela; il n*ose pas refuser, mais il va à contre-cœur, prévoyant des désagréments et des difficultés qu'il aurait avec les Ninivites; il les exagère dans son imagination, en les jugeant d'après les souffrances que les prophètes ont à subir pour améliorer l'état moral de leur propre peuple. La suite a démontré que^ sous ce rapport, il s'étaitéga-
lement trompé et que, de plus, le désagrémeot quMI appréhendait ne venait pas de l'extérieur, mais avait ses racines dans son propre naturel, trop emporté pour voir les choses sous leur véritable aspect. Il eut besoin de recevoir encore une leçon pour apprendre à ne pas être trop susceptible quand on veut manier les hommes ; et cette leçon, il la reçut, non plus par un acte miraculeux, mais par une parole juste, pointue et pénétrante de Yahwé, qui révèle toute la bassesse de son égolsme aveugle et sans entrailles.
Les dimensions de Ninive, estimées à trois jours démarche^ sont naturellement une exagération ayant pour but d'appuyer d'avance le nombre, non moins excessif, attribué aux enfants qui devaient tous périr si Yahwé avait imité l'implacabilité du prophète.
i. Jonas se met immédiatement à la besogne en arrivant à destination; en marchant une journée, il parcourut le tiers de la ville en proclamant partout la prédiction invraisemblable que, dans quarante jours, Ninive sera ruinée de fond en comble (DDBna ni3^31 DV D'^i^aiN l^^)' ^'^st la substance de l'épilogue de son discours qui devait comprendre, entre autres, l'exhortation de faire pénitence, parce que la patience de Dieu a atteint la dernière limite; cf. Genèse, vu, &, où la destruction totale des êtres terrestres s'achève dans l'espace de quarante jours. Malgré cette différence, le passage de la Genèse a certainement déteint sur le nôtre. Le verset suivant prouve que l'admonestation du prophète a fait impression .
5. Les Ninivites, tout comme les marins phéniciens de l'épisode précédent, sont essentiellement réceptifs en matière religieuse; ils croient, sans la moindre réticence, à la divinité qui inspire le prophète étranger. Le narrateur emploie le nom « Élohîm >, c'est supposer que le nom propre Yahwé n'entrait pas dans la proclamation de Jonas. On devine aisément le motif ; le terme vague c Dieu » enlevait, au sacerdoce ninivite, tout prétexte à opposition. C'est supposer encore que la mission de Jonas ne visait point la propagation du yahwéisme, mais se bornait à changer Tiniquité contre l'ordre social.
Comme moyen de fléchir le courroux de la divinité, les habitants recourent au procédé de contrition commun à l'huma-
nité, le jeûne et la prise de deuil (vêtement de sac) : privation et humiliation.
6. Le roi de Ninive, ayant appris ce qui se passait dans la ville, fit comme les autres et les dépassa encore par une foi plus ardente : il descendit du trône, se couvrit d'un sac et s'assit sur la cendre (cf. Job, ii).
7. L'allure populaire du verset saute lestement sur deux incohérences de construction : le verbe ^oy^'* convient aux hommes, non aux animaux; par contre, le verbe ^^-ji s'applique aux animaux et non aux hommes. Par nons» ï^ narrateur désigne les bêtes de somme, comme les chevaux, les ânes et les mulets, qui sont nourris en ville, tandis que les -p^ et y^"^ sont journellement menés à paître dans les champs
(iJ^t)- Li'ordre étend la proclamation du jeûne aux animaux domestiques.
8. Les animaux doivent participer au deuil général et être couverts de sacs, au lieu de leurs couvertures, souvent très luxueuses (Ézéchiel, xxvu, 20). Naturellement, le sujet de IXIp"*! ^^^ mNn ^®"'» ^^^^ fl"^» ^^"s '® langage poétique, le verbe ^^ soit aussi appliqué aux bêtes. L'authenticité de a*ixn nonam (contre W.) est confirmée par n3") norOI (iv, 1 1).
Avec un bon sens religieux, le roi insiste surtout que la contrition des habitants ait une influence pratique sur le changement de leur mauvaise conduite, consistant dans des actes iniques de rapacité et de violence (cf. Isaïe, lviii, 5-7).
9. Même en accomplissant tous ces ordres à la lettre, dit jen terminant la proclamation royale : oc Dieu slutb^ peut-être pitié de nous et arrêtera le cours de son courroux par trop justifié, de sorte que notre perte n'aura pas lieu. y> Le roi craint que le repentir après la sentence promulguée n'ait plus aucune efficacité; c'est un sentiment délicat qui, tout en désirant le salut, ne l'impose pas à la divinité comme un échange de services réciproques. )f^^^ 'tD^ "^^IN (cf- Amos, v, 15) exprime en même temps le désir que le résultat soit atteint.
10. Ce que le roi espéra arriva : Dieu se laissa fléchir et la sentence fut rapportée. Mais le narrateur avertit formellement que le revirement de la disposition divine envers les Ninivites
vient, non de l'apparat extérieur du repentir, de la mortification et la prière, mais du changement complet des actes, l'abandon des crimes de lèse-humanité. Leur idolâtrie ne subit aucun blâme; ce faux culte n'est imputé comme péché qu'à Israël seul.